L. Lafon : "La Région n'a pas sorti un seul projet..."

Publié le par Grand Paris

PRESSE
Le Journal du Dimanche 
Dimanche 15 Juin 2008
Propos recueillis par Hervé GUENOT


Laurent Lafon, maire (Nouveau Centre) de Vincennes, président du groupe Centre à la région Île-de-France et membre du secrétariat de la Conférence métropolitaine, explique comment il aborde les prochaines assises de la Métropole. Il plaide pour que les élus élaborent d'abord "une méthode" et précise pour le JDD ses trois priorités pour l'Ile-de-France.

Les Assises de la Métropole se tiennent dans le cadre de la Conférence métropolitaine le 25 juin à La Plaine-Saint-Denis. De quoi se compose la Conférence métropolitaine et quelle est sa fonction?
La conférence métropolitaine a été lancée avant même que le Grand Paris ne soit l'objet de débats publics. Les élus de première couronne, de toutes tendances, souhaitaient disposer d'un lieu de dialogue. Pourquoi cette instance? Parce que nous avons constaté, nous, élus, que certaines politiques publiques dans l'agglomération parisienne ne sont pas menées avec assez d'efficacité: transports, logements, développement économique, disparités sociales et territoriales. Sur ces quatre sujets, nous sommes confrontés à des problématiques spécifiques, d'où la nécessité d'entamer ce dialogue entre nous. C'est l'émergence du fait métropolitain qui soutend la conférence métropolitaine aujourd'hui. Nous souhaitons lui donner une visibilité plus grande à travers ces assises de la métropole. Tous les maires sont invités, les responsables associatifs et économiques aussi, de même que le secrétaire d'Etat au développement de la région capitale, Christian Blanc. Pour que l'Etat puisse également nous écouter.

Une partie de la droite francilienne a traîné les pieds pour participer à cette conférence métropolitaine. Est-ce parce que c'était au départ une idée du maire de Paris?
Je ne peux répondre à la place de ceux qui n'étaient pas là au départ: moi, j'y étais. Je constate que les positions évoluent... Tant mieux. Sur ce dossier du Grand Paris ou de Paris Métropole, nous ne pouvons pas rester au simple stade des prises de position à travers les médias. Il est temps désormais de discuter entre nous. C'est pourquoi le secrétariat de la conférence métropolitaine invite tous les élus à participer à ces assises.

"Le Grand Paris n'a pas vocation à tout faire"

Quels thèmes aimeriez-vous voir aborder lors de ces assises? Mode de gouvernance? Solidarité Est-Ouest?
Il faut éviter certains écueils. Le Grand Paris n'a pas vocation à tout faire. Certaines politiques publiques, gérées par les communes, sont efficaces grâce à leur proximité. Pas question de transférer la gestion des cimetières ou la gestion des théâtres locaux. Mais il y a quatre dossiers à traiter au niveau du Grand Paris: les transports, le logement, le développement économique et un autre, transversal: les disparités sociales, fiscales. Car un territoire ne peut se développer si ces disparités ne sont pas davantage maîtrisées. Et réduites.

Qu'attendez-vous comme décisions concrètes de ces assises?
Les dossiers sont complexes, nous avons donc besoin d'une méthode de travail. J'attends qu'on élabore cette méthode. Comment avancer? L'Etat a défini son calendrier. A nous maintenant de travailler parallèlement pour définir notre vision du Grand Paris. Les assises doivent nous permettre de définir le cadre et le calendrier de travail des prochains mois. Si nous voulons que nos propositions soient prises en compte, c'est maintenant qu'il fait les élaborer. Demain, il sera trop tard.

Quelle est votre position sur le Grand Paris? Faut-il supprimer les départements? Aller vers une communauté urbaine?
Pour l'heure, la structure institutionnelle du Grand Paris n'est pas la question essentielle. En posant aujourd'hui la question de la structure, on risque de polariser le débat sur les institutions existantes. Alors qu'il faut créer une structure spécifique pour l'agglomération parisienne. Travaillons d'abord sur les politiques publiques (transports, logement) et sur la question essentielle du financement. Et la structure découlera de ces champs de réflexion. Cela étant, la création d'une agglomération parisienne ne s'oppose pas aux départements ou à la région, de même les villes de seconde couronne ont intérêt à ce que toute la région soit tirée par une métropole active.

Quel rôle alors pour la région?
En tant que conseiller régional, je regrette que la région ait une position défensive sur ce sujet majeur. Elle aurait au contraire avantage à ce que le coeur central soit mieux structuré. Que je sache, la région Rhône-Alpes a bénéficié du dynamisme de l'agglomération lyonnaise. Avec le Grand Paris, la région Ile-de-France sera tirée vers le haut. Mais il faut reconnaître que, quelles que soient les alternances politiques, la région n'a pas été en mesure de porter des politiques fortes depuis 1976. Malgré tous les contrats de plans, la région n'a pas sorti un seul projet véritablement structurant en matière de transport. Même remarque sur le logement. La région n'a pas répondu aux problèmes du coeur central de l'agglomération: il faut bien en tirer les conclusions.

"La crédibilité est le premier défi du Grand Paris"

Certains estiment que Christian Blanc joue le rôle d'un superpréfet, chargé de mettre sous tutelle une région Ile-de-France et une capitale qui votent à gauche. Bref, le gouvernement voudrait récupérer par l'administratif un pouvoir perdu dans les urnes. Qu'en pensez-vous?
Je pense que la nomination de Christian Blanc est une bonne chose pour l'Ile-de-France, d'abord parce que l'homme a des qualités indéniables. C'est aussi la preuve que l'Etat a un intérêt particulier à voir se structurer l'agglomération parisienne. Des élus locaux en régions seraient ravis qu'un secrétaire d'Etat soit nommé pour aider au développement de leur territoire. Pourquoi n'en serait-il pas de même en Île-de-France? Je crois qu'il est logique que l'Etat ait un rôle à jouer en Île-de-France, notamment dans les financements.

Quelles sont, selon vous, les priorités absolues en Ile-de-France?
Trois priorités. D'abord les transports. La situation actuelle ne peut durer: le retard s'accumule. Le constat est connu, et nous avons des projets pour débloquer la situation. Mais on butte sur deux écueils: la question du financement et la complexité des procédures. Un vaste débat doit être engagé pour proposer des pistes concrètes pour le financement: emprunt public, fiscalité, partenariat, toutes les options doivent être évaluées. Ensuite, c'est la question du logement pour laquelle il faudra une intervention publique forte. Comment agir et avec quels moyens? Enfin, il faut réduire les fortes disparités sociales et fiscales qui déséquilibrent l'Ile-de-France et fragilisent sa situation sociale: tout le monde sait que les émeutes de banlieue peuvent se reproduire. Agir pour le développement de tous, c'est un véritable enjeu.

Sur ces dossiers, il y a une urgence. Comment gérer cette urgence?
Il y a urgence, c'est vrai. Mais la difficulté vient de la dichotomie entre l'urgence à trouver des solutions aux problèmes quotidiens des Franciliens et les politiques de long terme à mettre en oeuvre pour améliorer le dynamisme et l'attractivité de l'Ile-de-France. C'est cette dichotomie qui crée une tension supplémentaire. D'où encore la nécessité de ces assises de la conférence métropolitaine.

On parle beaucoup de transports collectifs - RER A, ligne 13, Tangentielle Nord. Cette fébrilité des pouvoirs publics ne cache-t-elle pas une inquiétude après des années d'inertie?
Cela illustre, encore une fois, que la gouvernance du territoire métropolitain n'est pas satisfaisante. Il y a un an, l'Etat et la région élaboraient le contrat de projets 2007-2013 pour définir les financements publics alloués par l'Etat, la région et les départements. Nous avons fait des demandes précises en matière de transports. Nous ne parvenions pas à débloquer les financements. Puis, tout d'un coup, en raison d'un emballement médiatique et d'une pression des usagers, on promet une pluie de milliards sur l'Ile-de-France. Cela ne donne pas une image de sérieux et de crédibilité. La crédibilité, c'est finalement le premier défi du Grand Paris.

Publié dans Actualité Grand Paris

Commenter cet article