Une crise des banlieues peut en cacher une autre

Publié le par Grand Paris

L'analyse de Luc Bronner sur la crise des banlieues illutre parfaitement la nécessité d'un plan d'aménagement global de la banlieue parisienne pour lui redonner plus d'urbanité et l'intégrer pleinement à l'agglomération parisienne en matière de transports en communs, d'emploi et de solidarités.


Antonio Duarte

TRIBUNE LIBRE

LE MONDE | 14.07.08
Par Luc BRONNER

Depuis vingt-cinq ans, la crise sociale s'incarne à travers ses banlieues populaires et quelques dizaines de villes comme Clichy-sous-Bois, Argenteuil, Vaulx-en-Velin ou Vénissieux, entrées dans l'imaginaire collectif après des émeutes ou des épisodes de violences. Autant de territoires qui symbolisent les tensions sociales, politiques, voire ethniques, de la société française. Autant de "quartiers sensibles" pour lesquels rien n'indique, malheureusement, une sortie rapide du marasme.

 

Mais cette crise des banlieues en masque une autre : celle qui se prépare, en silence, dans la "grande banlieue" pavillonnaire, au milieu des champs, dans les lotissements "low cost" qui ont poussé comme des champignons à distance des grandes agglomérations. Avec la hausse de l'immobilier, ces espaces, qui illustrent la tendance historique à l'"étalement urbain", ont servi de refuge aux classes populaires et moyennes soucieuses d'accéder à la propriété individuelle. La conjonction des crises pétrolière et immobilière laisse craindre une profonde fragilisation de ces territoires.

1) Les gains réalisés sur le prix du foncier, donc de l'immobilier, risquent de disparaître à cause de l'explosion des coûts de transport dans des territoires où le recours à la voiture est indispensable. D'où des difficultés économiques évidentes pour les familles.

2) Dans le contexte actuel, ces territoires perdent ainsi une bonne part de leur attractivité, ce qui les place en première ligne face à une éventuelle baisse de l'immobilier. D'où un risque de diminution amplifiée des prix.

3) Comme ils sont endettés sur une longue durée (vingt-cinq ou trente ans), ces ménages remboursent essentiellement, les premières années, les intérêts de l'emprunt et seulement une part réduite du capital. D'où une fragilité exacerbée face à l'évolution du marché immobilier.

Ce dernier aspect est une véritable bombe à retardement dans l'hypothèse d'une baisse significative de l'immobilier. Soit parce que ces familles pourraient être amenées à revendre leur bien à perte, avec des conséquences néfastes en termes d'endettement. Soit parce qu'elles subiraient une forme d'"assignation à résidence" : le temps de rembourser une partie suffisante du capital ou d'espérer une remontée de l'immobilier, elles se verraient interdire tout projet de mobilité.

Le piège se referme donc sur ces catégories sociales, engluées dans leur parcours résidentiel, ramenées à ce qui définit le mieux les classes populaires (l'absence de choix) et les classes moyennes (la peur de la relégation dans la strate sociale inférieure). On peut certes se rassurer en estimant que les effets de cette crise des banlieues lointaines seront probablement moins spectaculaires que dans les "grands ensembles", où les tensions sociales se télescopent avec les problèmes d'éducation, d'immigration et de jeunesse. Pas de voitures brûlées, donc. Ni d'épisodes de violences collectives.

La colère risque plutôt de trouver un débouché électoral. Car il est un enseignement du séisme du premier tour de la présidentielle de 2002 sans doute oublié trop rapidement. Dans leur analyse sur le vote Le Pen, des chercheurs, comme Jérôme Fourquet ou Hervé Le Bras, avaient mis en évidence l'importance des zones périurbaines dans la progression du Front national. Lequel avait obtenu d'excellents résultats dans les territoires compris entre 20 et 50 km des centres-villes. Une population que Nicolas Sarkozy avait réussi à arracher au vote protestataire en 2007. Une population qui pourrait être tentée d'exprimer à nouveau, sous une forme ou sous une autre, son ressentiment face à l'effritement de ses rêves de propriétaire et à l'impuissance du politique. Rendez-vous dès 2009 avec les élections européennes...

 

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Florandeau 16/07/2008 13:43

Bravo, cet articl est tout simplement pafait. Il reflete à merveille ma pensée sur la grande arnaque que constitue l'accession à la propriété d'un pavillon en trés grande banlieu( le plus souvent non derservie par les transport en commun) à l'aune d'un pétrole cher puis d'un monde sans pétrole.Je suis un partisan de la ville dense, des investissements massifs dans les transports en commun lourds et semi-lourds et un antibagnole convaincu..... mais ça on n'aura bientôt plus le choix dans quelques temps. Alors tout ce qu'il nous reste à faire c'est d'anticiper cette disparition programmée de la mobilté automobile et tout ce que celà implique en terme de lacalisation de l'habitat, des commerces ( la fin des hypermarhés périurbains?), des activités et des transports.Quand à la baisse des prix de l'immobillier je pense qu'elle va toucher tous les biens ( hors maisons secondaires et de vacances, quoique ...) non déservis par les transport en commun lourd et qu'au contraire les prix de l'immobillier vont continuer à monter pour les adresses bien déservies. Cette analyse est valable aussi bien pour les villes : différentiel entre une grande banlieue pavillonnaire non relié au TC, et une proche banlieue actuellment pas trés reluisante mais bien deservie en TC; que pour les campagnes : différentiel entre le village isolé de tout où la route a permis une artificielle croissance pavillonnaire de faux ruraux, et le village desservi par une gare TER actuellement sous exploitée.