L'aménagement du plateau de Saclay attise la rivalité Pécresse-Blanc

Publié le par Grand Paris

PRESSE
LE MONDE | 28.10.08

"Je voudrais qu'on crée une véritable Silicon Valley sur le plateau de Saclay", indiquait en mai 2008 Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat devrait dévoiler dans les prochains jours le plan du gouvernement pour que ce territoire, à cheval sur l'Essonne et les Yvelines, au sud de Paris, puisse rivaliser, à terme, avec les pôles scientifiques et technologiques de Boston, Oxford ou San Francisco. Mais, tandis que les derniers arbitrages doivent être rendus par l'Elysée, le président de la République doit gérer les rivalités entre deux de ses ministres, Valérie Pécresse et Christian Blanc.

Secrétaire d'Etat à la région capitale et élu des Yvelines, M. Blanc considère l'aménagement du plateau de Saclay comme "son" grand projet. Son ambition est de faire en sorte que la concentration de chercheurs dans un rayon de 10 kilomètres carrés autour de Saclay permette, enfin, dit-il de "produire de la richesse" économique. Vingt et un établissements et laboratoires de recherche prestigieux y sont installés dont Polytechnique, HEC, l'Ecole centrale, le Commissariat à l'énergie atomique. Pour attirer les entreprises, loger ou faire venir les salariés, les étudiants et les chercheurs, M. Blanc préconise de nouveaux transports en commun qui relieraient Paris à la zone de Saclay et des programmes de construction sur une partie des terres agricoles du plateau. Il souhaite la création d'un "établissement public" placé sous la tutelle de l'Etat qui piloterait cette nouvelle "opération d'intérêt national". Reste à régler la question cruciale des financements.

Elue des Yvelines elle aussi, et de surcroît candidate à la candidature UMP à la présidence de la région Ile-de-France, Mme Pécresse n'entend pas se laisser voler la vedette par M. Blanc sur ce grand chantier présidentiel ! Parmi les dix pôles d'excellence scientifique auxquels l'opération Campus, pilotée par la ministre de la recherche, prévoit de consacrer 5 milliards d'euros figure la communauté scientifique de Saclay.

"BINÔME"

Mme Pécresse veut éviter que l'enveloppe financière du plan Campus ne soit utilisée au profit de projet d'aménagement du site, au détriment de l'aide à apporter aux établissements de recherche. Elle s'est donc opposée à l'ambition de M. Blanc d'être, selon lui "le patron" de l'ensemble de l'opération Saclay. Après des réunions interministérielles houleuses entre les deux cabinets en fin de semaine dernière, l'Elysée, en lien avec Matignon, a décidé de créer un "binôme de deux chefs de projet".

Au terme d'une lettre de mission signée des deux ministres, Jacques Glowinski, chercheur de l'Inserm et professeur honoraire au Collège de France, est chargé de "l'accompagnement de l'opération Campus". Vincent Pourquery de Boisserin, actuel directeur régional de l'équipement de la région Centre conduira l'aménagement du site. L'Elysée a dû imaginer cette cogestion alors qu'un acteur-clé du dossier a claqué la porte, la semaine dernière. Philippe Lagayette a en effet démissionné de la présidence de la Fondation pour la coopération scientifique de Saclay. Le départ de cet ancien haut fonctionnaire, vice-président chargé de la zone Europe à la banque JP Morgan, est mis sur le compte de graves difficultés relationnelles avec M. Blanc.

Béatrice Jérôme

Publié dans Actualité Grand Paris

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