Les élus digèrent mal le Grand Paris

Publié le par Grand Paris

PRESSE
LIBERATION Politiques 26/02/2009


SIBYLLE VINCENDON

Dans le Grand Paris, c’est déjà le grand énervement. La proposition du comité Balladur de créer une nouvelle collectivité fusionnant Paris et les trois départements de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et des Hauts-de-Seine, exaspère à des degrés variables nombre d’élus, de gauche comme de droite. Rien ne passe : ni le périmètre de la future structure (144 communes et 6 millions d’habitants) ni le transfert de compétences (action sociale et urbanisme essentiellement) ni la suppression des groupements de communes existants. Encore moins le télescopage avec le travail patiemment tricoté par les élus qui se sont engagés dans le syndicat d’étude Paris-Métropole.

«Demeurés». Parmi eux, les élus de la capitale ne décolèrent pas. Pierre Mansat, adjoint (PCF) aux relations avec les collectivités territoriales, résume «la logique qui sous-tend ce projet : les élus d’Ile-de-France sont nuls, ils n’ont jamais su s’organiser, on va s’occuper d’eux». Il ajoute : «On nous prend pour des demeurés.» Même sentiment chez Patrick Braouezec, président (app. PCF) de la communauté d’agglomération Plaine-Commune : «Pour la Nouvelle-Calédonie, on fait un référendum. Pour l’Ile-de-France, on s’assoit sur les élus et les populations.» Il souligne que les intercommunalités de la région «n’ont pas été auditionnées».

Moins radical, l’UMP François Kosciusko-Morizet, maire de Sèvres et vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine, remarque quand même qu’il «n’y avait pas un seul élu d’Ile-de-France dans le comité Balladur». Il note : «Les Hauts-de-Seine forment un département d’un million et demi d’habitants qui a un poids et une personnalité bien supérieurs à la plupart des départements de province et eux, on ne les supprime pas.»

Sur le périmètre de la future collectivité, il a des doutes : «Le Grand Paris sans Versailles-Vélizy, Saclay ou Roissy, c’est curieux.» De plus, poursuit-il, «on peut s’interroger sur le travail de M. Blanc [secrétaire d’Etat au Développement de la Région capitale, ndlr]. Là, je ne vois pas très bien ce qu’il devient.» Pierre Mansat ne comprend pas non plus comment le Grand Paris peut tourner le dos à «quelques zones d’une pertinence absolue quand on parle de métropole, comme les plateformes aéroportuaires ou Saclay».

Très polémique aussi, le transfert de compétences. Celles de l’urbanisme en particulier. Le rapport Balladur donne au Grand Paris la charge «d’établir les plans locaux d’urbanisme», ce qui relève aujourd’hui des communes. «Que restera-t-il pour les maires ?» s’interrogent les élus. Les intercommunalités supprimées, l’assemblée du Grand Paris élue sans lien avec le scrutin municipal, tout cela «renvoie les communes à leur immense solitude», dit Pierre Mansat. «Les villes ne seraient pas représentées dans le Grand Paris, ajoute Patrick Braouezec. Elles seront justes bonnes à faire l’état-civil et l’école primaire.» François Kosciusko-Morizet se dit aussi «surpris par cette construction intellectuelle qui nie la proximité».

«Paradoxe». Rare voix discordante, le sénateur (UMP) de Seine-Saint-Denis Philippe Dallier, jubilait hier de voir reprises par le comité Balladur la plupart des propositions qu’il avait élaborées dans son rapport d’avril 2008 sur le Grand Paris, très controversé à l’époque. «Le paradoxe, dit-il, c’est que tout le monde est d’accord sur les constats, mais quand on veut trouver des solutions, personne ne veut rien lâcher.» Il résume cette attitude par une formule : «Touche pas à mon château fort, touche pas à mon coffre-fort.» Voilà qui ne va pas ramener le calme.


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