Paris Métropole doit s'étoffer pour dessiner le XXIe siècle francilien, par Bertrand Delanoë

Publié le par Grand Paris

TRIBUNE LIBRE

LE MONDE

Par Bertrand DELANOE, Maire de Paris


L’avenir de la métropole parisienne est au cœur de l’actualité. Loin de toute considération abstraite ou politicienne, cet enjeu appelle des réponses originales aux vrais besoins des citoyens. Aujourd'hui de quoi nous parlent-ils ? De leurs difficultés à se loger, à se déplacer, ils nous interpellent aussi sur leur qualité de vie et sur leur environnement urbain. Quant aux entreprises, elles le savent depuis longtemps : le territoire parisien, plus étroit que les autres grandes métropoles mondiales, implique de renforcer les liens entre les pôles de développement économique de petite et de grande couronne. Les collectivités locales enfin, et notamment les communes, appellent à juste titre à une véritable solidarité financière au sein de l’espace métropolitain. Précisément. Conscients de l’ampleur de ces défis, de nombreux élus franciliens, de droite comme de gauche, se sont engagés depuis trois ans dans une démarche inédite. Impliquant près de deux cents collectivités (communes, inter-communalités, conseils généraux mais aussi la Région Ile de France), Paris Métropole dessine les contours d’une gouvernance innovante : elle est le lieu où, démocratiquement, s’inventent de nouveaux rapports entre collectivités, selon une logique de projets, assumant de rechercher une voie qui ne se réduise pas aux schémas institutionnels classiques.


Faut-il aujourd’hui aller plus loin ? Clairement, je réponds oui. A ce stade, Paris Métropole n’est pas un aboutissement, mais un socle, dont nous devons partir pour dessiner des  perspectives volontaristes. Il faut imaginer collectivement les conditions d’une étape nouvelle, à partir de notre vision commune du XXIème siècle francilien. Et en déduire un instrument fédérateur qui coordonne, impulse et renforce ainsi les dynamiques nécessaires autour des vrais enjeux stratégiques.


Bien loin d’une telle approche, la proposition récente de la commission Balladur est passée à côté du sujet : son périmètre restaure mécaniquement l’ancien département de la Seine, là où  l’attractivité de notre métropole implique évidemment d’y intégrer des sites aussi décisifs que Saclay, les villes nouvelles ou les zones aéroportuaires. De plus, cette fusion des quatre départements centraux au sein d’un « Grand Paris », serait synonyme d’impuissance pour cette institution mastodonte. Car il faut être clair : des politiques comme l’insertion, le handicap ou les personnes âgées, actuellement gérés à l’échelle pertinente des départements, ne se traitent certainement pas à 6 millions d’habitants ! Dissoudre conseils généraux et intercommunalités éloignerait dangereusement le citoyen du lieu de décision, nuisant à la qualité même du service rendu. Le souci d’efficacité suggère un autre modèle. Plutôt que de transférer de telles missions de proximité à un échelon métropolitain, nous proposons de concentrer l’intervention de Paris Métropole sur ce qui est mal, voire pas géré, pour en faire le lieu de règlement légitime de carences que chacun identifie. Concrètement, cela signifie que Paris Métropole puisse, progressivement, hériter de compétences reconnues dans des domaines où le besoin de cohérence est profond.


Dès ce stade, je veux donc évoquer les missions qui pourraient lui être attribuées. D’abord, la politique du logement, ce qui intègre bien entendu le combat contre l’habitat insalubre. Impossible de citer ici tous les textes législatifs qui, sur ce sujet, ont abouti à un enchevêtrement des niveaux de décision rendant l’action publique particulièrement difficile. C’est pourquoi, le financement et la répartition des logements sociaux devraient désormais se concevoir à l’échelle adaptée de Paris Métropole.


De même, l'attractivité économique, le renforcement des réseaux universitaires et de recherche constituent des priorités essentielles et invitent à des décisions qu’il faut concevoir et mettre en œuvre ensemble, dans un cadre de juste dimension. Bien entendu, la réussite d’une telle entreprise ne peut se concevoir sans l’apport de la dynamique régionale. C’est précisément pour cette raison que la Région est au cœur de la gouvernance de Paris Métropole.


Autre prérogative que notre structure pourrait prendre en charge : la solidarité financière. Le dispositif actuel se limite, pour l’essentiel à un Fonds régional mis en place par l’Etat et qui porte sur un montant spectaculairement insuffisant (177 millions d’euros). Curieusement, le rapport sur le « Grand Paris » n’en parle pas. Or, penser l’avenir de notre espace commun, c’est aussi définir les conditions d’un partage des moyens financiers, source évidente de solidarité et de réduction des inégalités sociales et territoriales.

L’enjeu de l’urbanisme implique, lui aussi, une mise en synergie actuellement introuvable. La récente consultation d’architectes internationaux a pourtant confirmé l’importance stratégique de ce sujet. L’organisation physique du territoire, l’évolution de l’espace, de ses formes, de ses équilibres, désignent autant de défis qui influent directement sur la vie de chaque habitant. Il faut donc un acteur central, Paris Métropole, pour mettre les initiatives en cohérence et extirper notre métropole d’une conception trop étriquée. Quant à la question des déplacements, c’est le STIF (Syndicats des Transports d’Ile de France) qui, sous l’autorité de la Région en assume l’organisation. C’est un vrai progrès, que nous pouvons sans doute renforcer : à cet effet, Paris Métropole pourrait, par exemple, contribuer à mobiliser des investissements structurants directement liés aux besoins en transports au cœur de notre agglomération.


Pour élaborer cet espace opérationnel qui permette de comprendre, de décider et d’agir collectivement, sachons tirer les enseignements de ce qui se passe à l’étranger. Car toutes les grandes métropoles mondiales sont confrontées à une gestion complexe de leur territoire. A chaque fois, elles tentent d’y répondre avec pragmatisme, en inventant des outils souples et adaptés à leur histoire. C'est le cas du "Grand Londres" qui s'appuie sur plusieurs agences spécialisées, pour agir sur un espace de 8 millions d'habitants. C'est également le cas de l'Allemagne qui a conçu des méthodes de projet originales, les IBA (Internationale Bauaustellung), pour penser les reconversions urbaines : une approche flexible, qui privilégie un traitement ciblé de chaque dossier, sur un périmètre donné. 

Nous nous inspirons directement de telles pratiques : un instrument adapté à la dimension et à la nature de chaque enjeu.


Paris Métropole est en marche. Je souhaite que dans leur diversité, ses acteurs démontrent, au cours des prochains mois, leur volonté d’accélérer le processus engagé, en portant un projet dont la force, nullement imposée « d’en haut », découlera d’abord de leur légitimité.

Paris Métropole est le symbole d’un territoire qui se saisit de son propre destin. Loin de tout mécano anachronique, partons plutôt du réel, assumons une vision audacieuse et posons des actes, ensemble.

 

Bertrand Delanoë.

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