Rapport Balladur : Paris perdu

Publié le par Grand Paris

PRESSE
LIBERATION 06/03/2009 

Analyse

SIBYLLE VINCENDON

Face à la fronde des élus locaux, Nicolas Sarkozy ajourne le projet de Grand Paris.

Douche écossaise sur le Grand Paris. Le rapport Balladur, rendu public la semaine dernière prévoyait la création par la loi d’une collectivité spécifique fusionnant à la hussarde les quatre départements centraux. Mais, en recevant hier les membres du comité venus lui présenter leur rapport sur la réforme territoriale (lire ci-contre), Nicolas Sarkozy a temporisé. Pas de mesures autoritaires : «Il faut nous donner un peu plus de temps» , a expliqué le Président, évoquant une «concertation spécifique». «Un enterrement de première classe» , a résumé Elisabeth Guigou, secrétaire nationale du PS à la réforme de l’Etat.

Un bol d’air frais en tout cas pour nombre d’élus de la région parisienne. La perspective d’une organisation décidée d’en haut sans tenir compte de l’avis des collectivités locales a fait hurler les élus qui se sont engagés depuis plusieurs années dans la démarche de Paris Métropole. Aujourd’hui syndicat mixte d’études, ce regroupement était au départ un club informel monté à l’initiative de Pierre Mansat, adjoint (PCF) au maire de Paris chargé des relations avec les collectivités territoriales, en compagnie de quelques pionniers, dont certains de droite.

«Matrice». De l’attitude de Nicolas Sarkozy hier, Pierre Mansat dit qu’elle est l’application «du principe de réalité» : «Il n’y a pas de réforme possible sans les acteurs des collectivités locales.» Ceux-ci ne sont regroupés pour l’instant que «dans la matrice qu’est Paris Métropole». Ebauche d’une future collectivité du Grand Paris qui naissait dans la lenteur et la prudence, le syndicat mixte d’études semblait, la semaine dernière, sérieusement menacé par une éventuelle création du conseil du Grand Paris modèle Balladur. Philippe Laurent, maire (divers droite) de Sceaux (Hauts-de-Seine) et membre fondateur de Paris Métropole, l’exprime autrement : «Si des lois nationales, votées par des parlementaires de province qui n’en ont rien à faire de Paris, organisent nos affaires, on est mal.»

Les représentants de l’UMP des Hauts-de-Seine, dont le président du conseil général Patrick Devedjian, semblent raisonner de la même façon. Alors que 74 collectivités ont déjà adhéré à Paris Métropole, ils refusaient jusqu’à présent de le faire. Et voilà qu’hier matin, ils rejoignaient eux aussi le syndicat d’études. Ont-ils senti qu’il valait mieux être en formation groupée quand souffle le vent du boulet ?

Hara-kiri. François Kosciusko-Morizet, vice-président (UMP) du conseil général des Hauts-de-Seine, s’en défend : «Le processus d’adhésion, nous l’avions souhaité dès novembre.» Il leur fallait une modification des statuts permettant de sortir facilement en cas de litige. N’empêche, dans le Grand Paris de Balladur, les Hauts-de-Seine (le département de Nicolas Sarkozy) étaient priés de se faire hara-kiri. Face à ce genre d’injonction, l’union peut être «utile», concède Kosciusko-Morizet, qui ne pense pas que du bien du chapitre Grand Paris du rapport : «Vouloir mettre au panier les communautés d’agglomération en région parisienne, ce serait complètement bête».

Dans ce concert d’élus soulagés, seul le sénateur (UMP) de Seine-Saint-Denis Philippe Dallier, émet un autre son de cloche. Il milite pour la fusion des départements qu’il a expliquée en avril 2008 dans un rapport qui avait fait du bruit. Le comité Balladur avait repris ses propositions en grande partie. Dallier «reste persuadé de la volonté du président de la République sur le Grand Paris». «Il y aura des lois cadre pour la province, poursuit-il. Et il en viendra une en temps et en heure pour le Grand Paris.»

Publié dans Région Ile de France

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