Le Grand Paris, modèle Delanoë, par Philippe Subra

Publié le par Grand Paris

TRIBUNE LIBRE

Philippe Subra (Institut français de géopolitique, université Paris-VIII) est coauteur de "Nouvelle géopolitique des régions françaises" (Fayard, 2005).

LE MONDE | 11.03.09

Nicolas Sarkozy a choisi de temporiser. Il vient d'annoncer que le chantier du Grand Paris, finalement, pouvait attendre et qu'une concertation spécifique serait organisée. La suite des événements dira s'il s'agit d'un enterrement de première classe ou d'un vrai changement de méthode.

Il n'est pas inintéressant, en attendant, de revenir sur la gestion de ce dossier par le président de la République et son secrétaire d'Etat, Christian Blanc, et sur ce qui apparaît comme une succession d'erreurs stratégiques et tactiques.

Lorsque Nicolas Sarkozy se prononce en juin 2007 pour la création d'un Grand Paris, sa stratégie est celle du passage en force. L'objectif affiché est de doter l'agglomération d'un nouveau système de gouvernance plus efficace, car il y a là une question d'intérêt national. Mais il s'agit aussi de dynamiter les positions de pouvoir de la gauche en Ile-de-France en affaiblissant le conseil régional et le maire de Paris et en supprimant les conseils généraux de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. Quitte à sacrifier son ancien fief des Hauts-de-Seine.

Fort de sa légitimité et de sa popularité, le président veut aller vite, bousculer les élus en ayant le bénéfice de l'initiative et du mouvement. Le lancement, en janvier 2008, d'une consultation d'une dizaine d'équipes d'architectes et d'urbanistes de renommée internationale a surtout une fonction : se protéger du soupçon d'arrière-pensées politiciennes en feignant de prendre de la hauteur.

Cette stratégie a deux grands défauts. Elle sous-estime les rapports de forces électoraux, la capacité de résistance des élus locaux de gauche et les qualités manoeuvrières de Bertrand Delanoë. Et elle néglige le potentiel de division de la droite francilienne. Au soir des élections locales de mars 2008 qui voient la gauche contrôler six départements franciliens sur huit, il est évident qu'une communauté urbaine, quel que soit son périmètre, ne peut être dirigée que par une majorité de gauche.

"MÉTHODE BLANC"

Aussi longtemps que la droite n'aura pas reconquis Paris, c'est-à-dire au moins jusqu'en 2014. La feuille de route que reçoit M. Blanc, lors de sa nomination quelques jours après ces élections, prend acte de cette réalité. Doté d'une administration de mission, avec à sa tête un expert respecté, Pierre Veltz, ancien directeur de l'Ecole des ponts, il a pour consigne de mettre le projet en attente et de se concentrer sur quelques grands projets d'aménagement - Saclay, la Défense, Marne-la-Vallée, la Plaine de France - et sur des enjeux stratégiques comme les transports. La question de la "gouvernance" de l'agglomération est de fait sous-traitée au comité Balladur sur la réforme territoriale.

Ce faisant, M. Blanc s'interdit d'intervenir dans le débat qui fait rage entre les élus locaux. Pas moins de cinq scénarios sont proposés dont deux se détachent : celui d'une fusion de Paris et des trois départements de la petite couronne, et celui d'un syndicat à l'échelle de l'agglomération telle que la définit l'Insee.

A ce jeu la droite se divise davantage et, surtout, perd l'initiative. MM. Devedjian et Karoutchi cachent à peine leurs réticences. Le premier parce qu'il refuse de perdre la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine, si peu de temps après l'avoir obtenue. Le second pour ne pas affaiblir une région dont il espère conquérir la présidence.

Valérie Pécresse choisit l'option inverse en proposant de donner au conseil régional les compétences d'une communauté urbaine... Quant à la "méthode Blanc", héritée de ses années à la tête d'Air France, elle a pour principal effet de frustrer les élus et de les dresser contre l'Etat.

Le gagnant, au final, paraît être Bertrand Delanoë. Le long travail d'approche mené avec son adjoint communiste Pierre Mansat dans le cadre de la conférence métropolitaine lui a permis de nouer des relations de confiance avec de nombreux élus de banlieue et de créer en juin 2008 un syndicat intercommunal, Paris Métropole, seule institution susceptible d'incarner le Grand Paris.

Affichant à la fois son ouverture à l'idée de réforme, son refus d'une solution imposée aux élus et son accord pour mettre dans le pot commun la richesse de la ville, il se retrouve au centre du jeu. Communistes et élus de droite l'ont bien compris et ont décidé d'adhérer à Paris Métropole. Le projet de Grand Paris est en train de prendre forme et ce sont les élus locaux qui désormais ont la main.

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