Guerre de position et doutes sur l'avenir dans la consultation pour le Grand Paris

Publié le par Grand Paris

PRESSE

Compte rendu
LE MONDE | 13.03.09

Grégoire Allix, Frédéric Edelmann et Béatrice Jérôme

Quelle suite pour le Grand Paris ? Les dix architectes chargés par l'Etat de réfléchir à l'avenir de la métropole parisienne ont présenté leurs propositions, jeudi 12 mars, devant le comité de pilotage et le conseil scientifique de la consultation, formés de représentants de l'Etat et des collectivités, d'architectes et d'urbanistes. Sans savoir ce qui adviendra de ces travaux, dans l'écheveau embrouillé des réflexions sur le Grand Paris.

Dans l'amphithéâtre du Palais d'Iéna, chaque architecte a dû se plier à l'impossible exercice de résumer neuf mois de recherches en 35 minutes chrono. "On a l'impression de devenir une sorte de cirque avec différents animaux", a résumé Christian de Portzamparc au micro.

Schémas de transports, pôles de densification, développement durable... Pas de surprise dans l'enchaînement des présentations, jusqu'à l'intervention de Jean Nouvel. C'est un discours politique enflammé qu'a prononcé l'architecte, fustigeant les aménageurs du passé et appelant avec lyrisme à une mobilisation générale pour retrouver à Paris "le génie du lieu". Pour Nouvel, le Grand Paris est "l'occasion, unique dans une vie, de définir l'avenir d'une métropole", dira-t-il au Monde. "Certains aimeraient un grand atelier urbain qui regroupe les dix équipes. Je n'y crois pas. Il faut faire des choix."

"Nouvel est en compétition avec Roland Castro pour diriger la suite des opérations", analyse, amusé, un des dix architectes. "On a beau répéter qu'il n'y aura pas de vainqueur, les équipes se positionnent pour être choisies et réaliser les projets qui sortiront de tout ça", observe aussi Eric Lengereau, l'un des coordinateurs de la consultation. "Il y a de fait une concurrence entre nous. Certaines équipes vont sans doute être tentées de descendre les propositions des autres", redoute Christian de Portzamparc.

AU FOND D'UN TIROIR

Pourtant, "bien malin qui peut prédire la suite des événements", reconnaît Eric Lengereau. De nombreux observateurs craignent que les milliers de pages de la consultation ne finissent au fond d'un tiroir. Une inquiétude nourrie par les désaccords entre Paris, l'Etat et la région, mais aussi par l'hostilité du puissant corps des ingénieurs des Ponts, face à des travaux qui condamnent leurs méthodes d'aménagement. "Il faut que ce soient nous, les architectes, qui prenions le contrôle, sinon rien ne changera", revendique ainsi Roland Castro, qui appelle ses confrères à rallier sa bannière.

Le ministère de la culture réfléchit tardivement à un "laboratoire du Paris métropolitain", qui pourrait "tester" tel ou tel fragment d'idée issu de la consultation. Mais pour l'heure, le comité de pilotage et le conseil scientifique n'ont pas d'autre feuille de route que de se saborder à l'issue de leur dernière réunion, le 27 mars. Et si chacun espère que les deux instances sauront extraire du travail des dix équipes une synthèse utilisable, aucun "secrétariat" n'a été prévu pour l'élaborer.

Face à ce grand flou, tous les regards se tournent vers l'Elysée. Nicolas Sarkozy devait recevoir les dix équipes, vendredi 13 mars en fin d'après-midi, mais aucune annonce n'était attendue à l'issue de cette rencontre. M. Sarkozy devrait en revanche s'exprimer le 29 avril, lors de l'inauguration de l'exposition des dix propositions, à la Cité de l'architecture et du patrimoine. Dans l'entourage du chef de l'Etat, on réfléchit à une "agence, école ou fondation" qui prolongerait les réflexions sur la métropole.

Le chef de l'Etat attend aussi que le secrétaire d'Etat à la région-capitale, Christian Blanc, rende public le "plan stratégique de développement" de l'Ile-de-France qu'il était censé boucler au printemps. Un plan qui ne reprend pas les propositions des architectes.


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