Grand Paris : la rocade souterraine de Christian Blanc est contestée par les architectes

Publié le par Grand Paris

PRESSE

LE MONDE | 16.03.09 |

La bataille du rail pour le futur Grand Paris est engagée. Christian Blanc, secrétaire d'Etat à la région capitale, devrait présenter, dans quelques semaines, son projet phare : une rocade de métro souterrain de 140 kilomètres en grande couronne, dont Le Monde s'est procuré le tracé. Les architectes Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Roland Castro ou David Mangin, qui sont également chargés par Nicolas Sarkozy de proposer des scénarios de développement pour la métropole francilienne, prônent quant à eux la multiplication de métros aériens, de tramways et de bus à circulation rapide.

"Les citoyens devraient être désormais à moins d'une demie heure d'un point du Grand Paris à l'autre", a proclamé Jean Nouvel, jeudi 12 mars, lors d'un séminaire de présentation des travaux des dix équipes pluridisciplinaires qui ont participé à la "consultation internationale pour l'avenir du Paris métropolitain", lancée par le chef de l'Etat.

D'ici 2030, le réseau existant de transports en commun (métros, trains et RER) d'Ile-de-France va supporter plus de la moitié du surcroît de trafic de voyageurs. L'urgence, selon les architectes, n'est donc pas de construire de nouvelles infrastructures lourdes qui prendront du temps. A leurs yeux, il faut, en priorité, accélérer les fréquences, augmenter les cadences et développer les dessertes le long des axes déjà tracés.

"UNE HÉRÉSIE"

La bataille a démarré, les 6 et 7 mars, au coeur de la forêt de Clairefontaine (Yvelines), au centre d'entraînement de l'équipe de France de football. M. Blanc avait réuni les architectes en séminaire pour leur exposer son projet de rocade de métro souterrain : située en moyenne à une dizaine de kilomètres de Paris, longue d'environ 140 kilomètres, elle comporterait une soixantaine de stations tous les 2 à 3 kilomètres. Coût estimé : 14 milliards d'euros. Soit presque deux fois le montant - environ huit milliards - investi tous les dix ans pour les transports en Ile-de-France.

La rocade imaginée par M. Blanc desservirait les futurs grands pôles économiques de la région. "Blanc nous a expliqué qu'en passant en souterrain, il éviterait les procédures d'enquête publique qui allongent les délais de réalisation. Il éviterait aussi les grèves puisque son métro automatique serait sans conducteur", résume l'un des participants au séminaire. Les architectes présents ont tous dénoncé l'enfouissement de la rocade. "On n'enterre pas les gens pour les faire voyager", a affirmé en substance Jean Nouvel. "C'est une hérésie de vouloir faire des métros en tunnel quand on peut se déplacer à l'air libre", a renchéri l'urbaniste Michel Cantal-Dupart.

Les urbanistes ont plaidé, à l'inverse, pour la création de nouveaux transports de surface. "Pour se sentir appartenir à une métropole, il faut pouvoir la découvrir quand on la traverse", résume l'urbaniste Jean-Marie Duthilleul.

Les architectes ont également contesté le tracé de M. Blanc. Si les deux tronçons à l'ouest et au sud de l'Ile-de-France de la rocade leur paraissent justifiés, en revanche, certains, comme M. de Porzamparc, jugent coûteux et inutile de passer par des zones peu habitées.

A chaque architecte son projet. Christian de Portzamparc défend l'idée d'un "annulaire rapide de 35 km et de 22 stations au-dessus du périphérique". L'équipe de l'architecte Yves Lion, associé à David Mangin et François Leclercq, milite pour des métros aériens le long de l'autoroute A86. Roland Castro propose trois nouvelles lignes de tramways autour de Paris. M. Duthilleul a dessiné de nouvelles connexions du métro parisien au RER et au TGV, afin que "la station Châtelet ne soit plus le point de passage quasi obligatoire pour aller d'un point à l'autre de la région".

Toujours pour optimiser la circulation sur les axes existants, les architectes imaginent des "autoroutes apaisées" sur lesquelles le trafic serait régulé à l'aide de nouveaux péages ; avec des files dédiées au covoiturage, aux deux roues ou aux taxis. Tous considèrent que le transport routier a un bel avenir. Sur ce point, au moins, ils sont d'accord avec M. Blanc.

Béatrice Jérôme

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le grand yak 16/03/2009 22:07

Je trouve le projet de Christian Blanc intéressant. Certes cela semble couter cher mais comme on dit, il faut savoir se donner les moyens de ses ambitions. Il y a sûrement du bon et du moins bon.Et sur ce point, le lobbying intense de chaque architecte, que Le Monde qualifie pour certains pompeusement "d'urbanistes", en faveur de leur propre projet est révélateur de la bataille de chapelles qui se joue.Ainsi, je me permettrais de critiquer certains points:>> Voyager à l'air libre et à la lumière est sûrement quelque chose d'essentiel et en tant qu'utilisateur assidu du RER A, je plains les gens faisant La Défense/Paris. Mais vouloir construire des métro au dessus du périph ou au bord de l'A86 n'est pas un spectacle réjouissant pour les usagers. Passer devant les tours des lilas ne fait pas rêver tout le monde. L'environnement urbain est déjà visuellement pollué, pourquoi rajouter des infrastructures là où c'est déjà suréquipé, affreux et pollué? (même si je conçois que l'air du métro soit aussi vicié que celui du périph)>> Pourquoi vouloir absolument faire des ceintures périphériques aux portes de paris? Le tramway qui remplace le bus PC, pourquoi pas mais ni plus ni moins. Le problème ce n'est pas de contourner Paris, c'est de faire en sorte pour tous les banlieusard des petites et grandes couronnes de ne pas aller jusqu'à Paris. Par exemple, quelqu'un habitant dans le Val de Marne pourrait aisément aller à Orly sans passer par Paris (ce qui est aujourd'hui le plus rapide si on excèpte la voiture). L'enjeu, ce sont les liaisons banlieue à banlieue. C'est là que vivent une grande majorité des habitants.>> "les autoroutes apaisées": pur délire. Rien de mieux qu'un péage pour ralentir une circulation qui n'est déjà pas fluide. Quelle est la prochaine étape? faire payer l'A86 et la Francilienne?