Grand Paris: Paris métropole, le syndicat qui monte, qui monte

Publié le par Grand Paris

PRESSE
L'EXPRESS

Par Matthieu Deprieck, publié le 17/03/2009

 

Pour décider de l'avenir de la région francilienne, les structures et groupes de travail ne manquent pas. Alors que le comité Balladur a rendu ses propositions (critiquées) et que Christian Blanc tarde à faire des annonces, le syndicat Paris Métropole, mené par la gauche, enregistre le renfort d'élus de droite.

 

Les socialistes d'Ile-de-France doivent se frotter les mains. A l'origine du syndicat Paris Métropole, ils ont enregistré au fil des mois le ralliement de collectivités dirigées par la droite. Dernier signe de ce succès, les propos de Claude Pernès, maire (Nouveau centre) de Rosny-sous-bois, tenus lundi à l'Association des maires d'Ile-de-France (Amif).


Après avoir vertement critiqué le chapitre consacré au Grand Paris dans le rapport Balladur, le président de l'Amif a déclaré: "Nous sommes conscients du rôle que le futur syndicat mixte Paris-Métropole peut jouer (...) C'est un organe de réflexion pluraliste qui doit pouvoir apporter des réponses aux questions posées par nos territoires". Un tel discours dans la bouche d'un élu de droite, quelques mois après le lancement de "Paris métropole", ça prouve que très vite, ce dernier s'est imposé comme un important lieu de discussions.

C'est le 6 novembre dernier que ce groupement a vu le jour. La Conférence métropolitaine, simple organe de réflexion, se transforme alors en "syndicat mixte ouvert". En quoi ?

Le syndicat mixte ouvert permet à des collectivités territoriales (communes, groupements de communes, départements et région) et à des personnes morales (chambres de commerce et d'industrie,...) de se retrouver dans la même structure et d'échanger sur des thématiques préalablement définies. Dans le cas de "Paris métropole", il s'agit d'imaginer le visage du Grand Paris.

Les élus UMP rejoignent "Paris Métropole"

Pour cela, il a fallu définir les limites d'action de ce groupement. Plutôt que s'adapter aux frontières de la région, les membres fondateurs ont choisi de faire entrer les communes et groupements de communes des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, ainsi que les agglomérations des autres départements franciliens. Ce sont potentiellement 174 collectivités qui pourraient être adhérentes. La carte (disponible ici) montre l'étendue de Paris Métropole.

Emmené par les élus de gauche, le syndicat est d'abord observé avec curiosité -c'est un euphémisme- par l'opposition de droite, qui réclame que ce groupement ne soit pas un outil au service de Bertrand Delanoë.

Quelques semaines plus tard, les réserves de l'UMP se cristallisent sur trois points: instaurer une présidence tournante, confirmer la possibilité de quitter librement le syndicat et limiter le budget (auquel chaque membre participe) à un million d'euros. En février dernier, Pierre Mansat, adjoint PCF auprès de Bertrand Delanoë, annonce que les statuts vont être modifiés dans ce sens.

Dans un entretien accordé au Figaro le 10 mars dernier, Roger Karoutchi, président du groupe UMP au conseil régional d'Ile-de-France, assure que ce syndicat "intéresse" le parti présidentiel. Le département des Hauts-de-Seine annonce lui-aussi son souhait de rejoindre "Paris métropole". Les symboles sont forts. Au 74 collectivités d'Ile-de-France devraient s'ajouter d'autres communes. Le pari de l'équipe Delanoë est réussi.

Les raisons du succès

Mais comment le syndicat a-t-il réussi à réunir des élus de bords différents? La modification des statuts n'explique pas tout. La principale raison est à chercher du côté de Christian Blanc et Edouard Balladur. Le premier, secrétaire d'Etat chargé du développement de la Région capitale (le Grand Paris, quoi) n'a toujours pas rendu public les conclusions de ces longs mois de travail, le second a proposé une fusion des départements de la petite couronne francilienne.

Face au vide laissé par Christian Blanc et aux critiques qui visent la proposition de l'ancien Premier ministre, Paris Métropole apparaît comme une solution pour faire avancer des débats qui s'éternisent. Les élus de tous bords n'ont pas d'autres choix que de se mettre autour de la même table pour discuter.

L'autre raison de ce succès relève de la formule même de "Paris métropole". Le système, après modification des statuts, est souple. On y vient pour discuter, moins pour agir. Ce syndicat ne lancera pas de chantiers. Il y a donc peu de risques que l'UMP se retrouve à participer à des projets sur lesquels elle n'est pas d'accord avec la gauche.

Enfin troisième et dernière raison qui découle directement de cette souplesse et qui explique pourquoi les Hauts-de-Seine, département le plus à droite de la région, ont rejoint le groupement: le 92 ne pouvait accepter la proposition Balladur de fusionner Paris et les départements limitrophes. Dans cette optique, le département le plus riche aurait dû partager ses revenus avec la Seine-Saint-Denis. Pour ne pas apparaître immobile sur la question du Grand Paris, les Hauts-de-Seine ont donc pris les devants et annonçaient leur rapprochement avec Paris Métropole. Un coup à trois bandes qui n'éclaircit pas franchement l'avenir du Grand Paris.

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