Pour un New Deal écologique par R. Lion

Publié le par Grand Paris

TRIBUNE LIBRE
LIBERATION 28/04/09

Robert Lion président de Greenpeace.

On parle encore, soixante-quinze ans après, de la manière dont le New Deal amorça, pour les Etats-Unis, la sortie de la «Grande Dépression». Que dira-t-on dans quelques décennies de ce qui aura été fait par nos gouvernements pour juguler la crise économique des années 2008-2009 ?

Un mot fera surface : «relance». Ah oui ! Ils voulaient relancer leur vieux modèle économique sans voir l’évidence : ce modèle allait conduire à de nouvelles impasses. Car relance rimait avec croissance, c’est-à-dire avec la religion dominante de ce début de siècle.

Plus grave, ils n’avaient en tête, parlant de «la crise», que des dérèglements de la finance et les ravages douloureux qu’elle avait entraînés sur l’activité et sur l’emploi. Nous voyons bien, dira-t-on avec le recul, que cette crise-là n’était qu’une face de l’effondrement d’un système. Rappelons-nous : début 2008, on ne parlait que des «émeutes de la faim», nées pour une bonne part de la spéculation sur les produits alimentaires. Quelques mois plus tard, les économies avaient pris le choc d’un pétrole à près de 150 dollars [115 euros] le baril. On commençait à mesurer l’ampleur d’une autre crise : les effets sur la santé de l’environnement et d’une alimentation dévoyée. Puis 2009, c’était encore l’an de Copenhague, qui restera aussi fameux que Kyoto ; et nous savons bien, pensera-t-on en 2050, que rien n’était plus dramatique que le dérèglement du climat. Rien n’aurait dû être fait sans prendre en compte cette priorité.

Ils voyaient mal, les gouvernants de 2008 et 2009, que ces «crises» étaient liées. Ils avaient, ici ou là, des sensibilités écologiques, comme en France avec le Grenelle de l’environnement. Mais face à la déroute financière, les belles intentions et les beaux discours étaient restés à la porte des débats.

Pourtant, l’opportunité est là d’amorcer la reconstruction d’un autre modèle économique et social. Les décisions de Londres sont pertinentes, si elles sont effectivement appliquées. Elles ont un air de gouvernance globale, après des mois d’actions nationales dispersées et souvent contradictoires. Mais elles visent à assainir à la marge un schéma économique et financier qui a montré ses limites et qui est à l’origine des autres grandes crises de notre temps, toutes liées entre elles. Le G20 a replâtré le modèle d’hier. Il n’a rien initié de neuf.

Concrètement, deux séries d’orientations doivent être prises.

D’abord, des mesures réalistes, telles que l’obligation faite aux banques de prendre progressivement en compte l’empreinte écologique des entreprises et des projets qu’elles financent ; ou bien la promotion de règles comptables intégrant les externalités écologiques et sociales ; ou l’orientation de la fiscalité vers l’affichage d’un «signal prix» sur les activités polluantes ; également une réorientation de notre agriculture, surtout vers le bio - ce qui est particulièrement nécessaire en France, pays agricole où la demande de produits bio ne peut être satisfaite que par l’importation ; et bien entendu, l’inclusion dans la «relance» d’une amélioration vigoureuse de l’efficacité énergétique dans le domaine du bâti, le rattrapage de notre retard sur les industries de l’éolien ou du solaire, l’accélération des infrastructures ferroviaires prévues par le Grenelle de l’environnement pour 2020 ; etc.

Ensuite, une vision, qui donne un sens positif, celui du développement durable, à la relance, qui ouvre des horizons et des espoirs, dans une période dépressive à tous égards. On a aperçu, sur ce registre, des signes positifs dans les discours et les premières décisions de Barak Obama ou dans le modèle de «croissance verte» adopté par la Corée du Sud. Pour le reste, on s’est satisfait d’un coup de chapeau à l’écologie, sans application concrète et sans mise en perspective.

La «sortie de crise» sera une affaire de long terme. Elle prendra, tôt ou tard, les couleurs du développement durable, dans sa dimension mondiale. Une sortie du rouge par le vert. Elle visera à réduire les inégalités qui mettent le monde en tension et à rétablir une harmonie entre la planète et les hommes, c’est-à-dire à mieux assurer notre survie. La crise économique nous donne une occasion sans précédent de faire un bond en ce sens. Pour le moment, nous n’avons pas su la saisir. Il est urgent de remettre l’ouvrage sur le métier.

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