Un Sarkozy très urbain présente le Grand Paris

Publié le par Grand Paris

PRESSE
LIBERATION 30/04/09

SIBYLLE VINCENDON

Aménagement . Le Président a multiplié amabilités et cadeaux aux élus franciliens.

On gâte tout le monde et on ne fâche personne. Hier, en inaugurant l’exposition du Grand Paris à la Cité de l’architecture et du patrimoine, Nicolas Sarkozy a adopté la position du père Noël. Son discours a été un catalogue de cadeaux. Et son ton, l’amabilité même. Rien à voir avec la menace d’une communauté urbaine obligatoire qu’il brandissait en père Fouettard en juin 2007.


Pendant les mois qui ont suivi, le Président a été aux abonnés absents. Ne fournissant aucune réponse financière aux projets de transports collectifs de la région Ile-de-France. Et faisant traîner nombre de participations de l’Etat à divers budgets des collectivités. Son secrétaire d’Etat à la Région Capitale, Christian Blanc, adoptait la même attitude. Résultat, en face, les élus, de gauche en particulier mais pas seulement, étaient sur les nerfs. Fin 2008, quand le rapport Balladur commandé par le chef de l’Etat a préconisé la fusion-disparition des quatre départements centraux, l’exaspération a atteint son comble.

Déjantées. Et voilà qu’hier, tout s’arrange. La hotte du Président déborde de présents pour les élus locaux. Un méga réseau de transports à 35 milliards d’euros, de nouvelles gares TGV à l’ouest, une liaison grande vitesse vers Le Havre. Et la construction de 70 000 logements par an (on en fait 40 000 au maximum aujourd’hui).


Cadeaux aussi pour les équipes d’architectes qui ont planché lors de la consultation du Grand Paris exposée à la Cité. «Ce qui me frappe, a dit Nicolas Sarkozy à propos de leurs idées, c’est qu’elles ne sont pas antagonistes mais qu’elles se complètent». Du coup, il n’écarte que les plus déjantées, comme la Super Sorbonne dans une immense tour en plein Paris. Le reste, il garde : le branchement sur Le Havre «port du Grand Paris», pour tirer «le centre de gravité de l’économie européenne vers le sud»; les «jardins suspendus sur les toits», la «reconquête des berges», l'«agriculture de proximité» et la «nouvelle forêt d’un million d’arbres dans le cône de bruit de Roissy» pour rafraîchir le climat.

Plus généralement, il fait siennes les prémices de toutes les équipes. Deux en particulier : la fin du zonage - «il faut en finir avec les zones d’activités, les zones industrielles, les zones commerciales, les zones résidentielles et même les zones de loisirs» - au profit d’un «processus de transformation». Du baume au cœur pour les archis mais une révolution culturelle pour la technocratie des Ponts et Chaussées qui fabrique la ville depuis cinquante ans.


Main tendue. Encore plus décoiffant : Nicolas Sarkozy entend déréglementer l’urbanisme pour dégager 200 km2 de terrains gelés par de multiples interdictions. Les résultats de la consultation sont intelligents : le chef de l’Etat les reprend. Judicieux.

De surcroît, il a soigné l’expression en évitant de parler de ce qui agace. Le financement des 35 milliards pour les transports ? «L’augmentation de la fréquentation des transports en commun mieux adaptés générera des rentrées supplémentaires.» Il compte aussi sur «la valorisation du foncier», en clair la taxation des plus-values dégagées par les infrastructures. Mais pas un mot sur l’augmentation du versement transports payé par les entreprises et évoqué la veille à l’Elysée. Rien non plus sur la participation de l’Etat aux investissements les plus urgents. Et silence radio sur le pilotage de ces gigantesques travaux. L’entourage du Président avait pourtant parlé de la création d’un établissement public, qui entamerait le monopole du Syndicat des transports d’Ile-de-France présidé par la région.


Quant à la gouvernance à la brutale, façon Balladur, «nos successeurs réfléchiront à la meilleure». Main tendue, en revanche, à Bertrand Delanoë et au syndicat Paris Métropole et une longue insistance sur la coopération avec les collectivités locales.


Les réactions donnaient acte hier de tant de bonne volonté. Dans un communiqué, Bertrand Delanoë l’a saluée, mais il a aussi dressé une longue liste des dossiers en souffrance. Dont les logements sociaux et la solidarité financière. L’entourage du maire se disait «vigilant» sur la suite. Jean-Paul Huchon, lui, veut voir «combien sur les 35 milliards d’euros», le gouvernement «met sur la table». François Lamy, député-maire PS de Saclay, a résumé le sentiment général : «Au-delà du lyrisme, on verra au cas par cas».

Publié dans Actualité Grand Paris

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