De l'utilité du « corps des Ponts » par T. Duclaux

Publié le par Association Grand Paris

TRIBUNE LIBRE

LES ECHOS 25/05/09

THIERRY DUCLAUX

Thierry Duclaux, président de l'Association des ingénieurs des Ponts et Chaussées, directeur général de VNF.


Au royaume de la Révision générale des politiques publiques, la RGPP, la machine à fusionner les corps tourne à plein régime. A tel point qu'au sein de l'administration, plus personne ne semble se poser la question de savoir comment réussir une fusion à haut niveau. Il serait pourtant urgent de réfléchir à l'art et à la manière de réussir le rapprochement prévu entre le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées et celui du Génie rural, des eaux et des forêts. Il est facile aux équipes d'audit, appelées par Bercy, de redessiner crayon levé les contours de ces corps. Il est en revanche plus difficile d'en connaître les objectifs précis. La réforme oui, mais dans la clarté de l'ambition et dans le dialogue.

Les ingénieurs des Ponts et Chaussées, qu'ils exercent dans le public ou dans le privé, n'attendent que cela. Or il semblerait que la fusion précède la vision. Il est temps cependant d'y remédier en respectant quelques principes de base. Il fautun corps bien formé, avec une gestion de carrière ouverte sur ses voisins comme sur le monde... Regardons les expériences du secteur privé. Des méthodes existent pour intégrer dans un même ensemble des cultures différentes, pour empêcher la perte des connaissances accumulées, etpour créer des savoirs plus riches et partagés.

Encore faut-il que l'Etat définisse de quel type de compétence il a besoin. Serait-il prêt à renoncer à des corps d'ingénieurs d'élite capable de gérer, en équité, la complexité ? Ce n'est pas qu'une affaire d'expertise à haut niveau, il en va de la vie démocratique du pays. Car derrière la complexité, il y a la décision politique. Et c'est pourquoi derrière la complexité, il faut l'éclairage impartial de l'ingénieur d'Etat, seul à même de garantir la neutralité des analyses devant lescitoyens. Que l'on pense aux avenirs possibles, il y a quinze ans, pour la zone de l'aéroport de Roissy. Chaque lobby était l'arme au pied avec sa propre solution ! C'est notre expertise qui a permis de trouver le compromis optimum pour l'intérêt collectif. Aujourd'hui, le trafic a doublé, à 60 millions de passagers, sans troisième aéroport et sans nuisances supplémentaires. En pilotant cette opération dans le cadre d'un Epic, le corps des Ponts a permis au pouvoir politique de garder la main sur les choix essentiels. A l'heure où les autorités indépendantes en tout genre ont tendance à s'émanciper du pouvoir central, c'est un exemple à méditer. Il serait paradoxal, au moment où la puissance publique réinvestit le territoire, qu'elle se prive de l'autorité naturelle des Ponts.

Dans cet esprit, l'administration doit réfléchir aux orientations possibles. Il importe, en particulier, de cultiver les compétences sans tomber dans le piège de la spécialisation. Il faut probablement permettre le passage de la fonction publique d'Etat à la fonction publique territoriale. Gérer les ressources humaines de ce « nouveau corps » en s'inscrivant dans le long terme pour construire une société durable est un vrai défi. Le moindre n'étant pas de tenir compte de l'immense défi de la formation : un « corpsard » à bac plus sept ne peut être noyé dans la banalisation des filières. N'en doutons pas, il y a encore beaucoup d'autres pistes constructives et accessibles.

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