"Grand Pari(s) : la critique est aisée, mais elle n'est pas facile !" par W. Mitrofanoff

Publié le par Association Grand Paris

TRIBUNE LIBRE
LE MONITEUR 04/05/2009

Wladimir Mitrofanoff


Avant et ailleurs, il a fallu quelques autocrates éclairés pour bâtir Saint-Pétersbourg, la volonté de George Washington, confiant dans son avenir, pour édifier la capitale d'une nouvelle nation ou de Juscelino Kubitschek pour transplanter celle du Brésil. Aujourd'hui, Paris, une cité plusieurs fois millénaire, ne peut rêver d'être un nouveau Brasilia du XXI° siècle.

Aussi nous n'avons pas vu, à la Cité de l'Architecture, l'équivalent des plans d'Alexandre Leblond, de Pierre Charles Lenfant, de Lucio Costa et Oscar Niemeyer ou ceux de Ildefons Cerda (pour Barcelone) de Henri Prost (pour Casablanca), de Le Corbusier.
Pas de grand frisson donc devant les analyses académiques, les allégeances obligées à l'après Kyoto et le catalogue des bonnes recettes dont la grande majorité vaut pour toutes les villes du monde.
Pas étonnant donc que sur ces bases consensuelles se soit développé un travail salué comme une première dans un milieu plus habitué à la confrontation et au chacun pour soi.
De crainte d'une sortie de piste valant mise à l'écart pour la suite, aucun des architectes n'a endossé les habits du baron Haussmann et aucune proposition ne s'est exposée à des commentaires critiques.
D'une manière unanime, au-delà de l'échange de politesses, tous les protagonistes se sont auto félicités donnant ainsi par l'écrit et le verbe plus de poids à ces travaux et à leurs conclusions fragmentaires.
Qui condamnerait des orientations générales que les urbanistes et architectes s'efforcent, depuis longtemps déjà, de mettre en pratique dans tous les pays du monde : raccourcir les déplacements en rapprochant les lieux de travail des lieux de résidence, privilégier les transports en communs (reste encore à débattre de leur nature), densifier la ville pour éviter l'étalement urbain, construire de nouveaux logements, tendre à la mixité sociale, donner une grande place à la nature, requalifier les cours d'eau, ne pas oublier la dimension culturelle, abandonner le zonage, économiser les énergies etc.
Comment douter devant tant d'optimisme et la croyance affichée dans une démarche rationnelle s'appuyant sur des outils d'analyse et de recherche, ignorant les crises et les tensions du monde actuel ou les mutations spontanées qui échappent à tout contrôle ?
Rendons grâce aussi aux illustrateurs et informaticiens d'avoir abondamment empaqueté les bâtiments de nébuleuses vertes ou d'avoir imaginé nos avenues - trams "terrasses de bistros" marronniers - sorties d'une bande dessinée sentant bon le lilas. D'une manière générale le chapitre "vive la nature" a été largement exploité et écrit avec les crayons verts des agences.
Dans ce vaste magasin d'idées reçues, la plantation d'un million d'arbres autour de Roissy, la surélévation d'un garage, des fleurs aux balcons ou l'aménagement d'une promenade trouvent une place de choix.
Au milieu de ces confettis, il faut alors saluer et soutenir, ainsi que l'a fait le Président Sarkozy, la proposition de l'équipe d'Antoine Grumbach, la seule qui comporte une vision d'avenir, cassant le développement radioconcentrique, et allant chercher au Havre une façade maritime pour la nouvelle métropole.

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