«Le locataire parisien subit de plus en plus son loyer» selon l'Adil

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE
LE FIGARO 18/02/2009

Propos recueillis par Aurélie Pagny

INTERVIEW - Le loyer des Parisiens représente 34% de leurs revenus, selon une enquête de l'Adil 75 (Association départementale d'information sur le logement). Pour sa directrice, Martine Rullier, une prime au bailleur qui remettrait en location un logement vacant serait une solution.

 

Lefigaro.fr : Selon l'étude de l'Adil 75 (1), la part du loyer moyen dans le revenu des ménages s'élève à 34 %. Que vous inspire ce résultat ?
Martine Rullier : La part du budget consacrée au logement a augmenté depuis de nombreuses années, surtout dans les grandes villes. Entre 1984 et 2006, la part moyenne du loyer dans le budget des ménages français est passée de 10 à 20 %. Le nouvel indice de révision des loyers (IRL), uniquement indexé sur les prix à la consommation, n'a pas eu l'effet modérateur espéré. L'évolution du dernier indice disponible (troisième trimestre 2008) accuse, en effet, une augmentation des loyers de 2,83 %. A Paris, le budget logement pèse plus lourdement sur le revenu des ménages car le marché locatif est tendu. Le locataire parisien subit son loyer. Pour que les loyers baissent, il est nécessaire que le marché se fluidifie, qu'il y ait plus de logements à louer.

Qui subit le plus le coût élevé des loyers ?
L'étude fait ressortir les difficultés financières rencontrées par les personnes âgées, qui pour la plupart, doivent assumer une charge de loyer plus importante que leurs revenus. C'est une situation très inquiétante. Les seniors sont confrontés à une baisse de leurs revenus à l'âge de la retraite. Ils doivent en outre faire face à des charges financières de logement inchangées. Les personnes âgées préfèrent en effet se maintenir dans leur logement et refusent d'être logées dans un foyer. Ainsi, 46 % des personnes âgées ont un loyer qui dépasse leur budget mensuel. Et 17% acquittent un loyer qui dépasse 45 % de leurs revenus. Il faudrait revoir les règles d'attribution des logements sociaux pour que les personnes âgées puissent en bénéficier plus facilement. Actuellement, elles ne sont pas prioritaires et passent après les familles ou les ménages monoparentaux.

Dans un marché locatif parisien tendu, les locataires ont-ils des alternatives ?
Dans un tel contexte, il est difficile de changer pour un logement locatif moins cher dans le secteur privé. L'accession à la propriété peut apparaître également difficile. La part du budget consacré au logement en location empêche souvent les locataires de constituer un apport personnel en prévision d'un achat. Cependant, pour favoriser l'accession à la propriété, la Ville de Paris a mis en place le Prêt Paris Logement à 0 % qui peut se cumuler avec le Prêt à taux zéro de l'Etat. Il existe également des solutions alternatives comme la colocation. Mais cette formule doit être davantage réglementée en précisant les droits et devoirs du bailleur et des colocataires. Autre solution, la mise à disposition de logements privés au parc social sous forme d'usufruit. Cette mesure permet à un bailleur privé de placer son épargne dans la construction de logements affectés temporairement au secteur social et loués aux conditions du parc HLM. Une possibilité encore peu connue des propriétaires du secteur privé. On pourrait également envisager une prime au bailleur pour la remise en location des logements vacants. Enfin, pour sécuriser et solvabiliser le marché locatif, il faudrait revoir les aides personnelles au logement qui n'ont pas été revalorisées depuis 2001. Mais également promouvoir le dispositif de la garantie des risques locatifs qui est très peu connue des bailleurs privés.

(1) L'enquête a été menée de juillet à novembre 2008 auprès de 650 particuliers qui ont consulté l'Association départementale d'information sur le logement de Paris (Adil 75), ou les mairies d'arrondissement.

Publié dans Logement - Immobilier

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