Le Grand Paris sera d'abord celui de la sécurité

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE
LE MONDE | 16.06.09

Le Grand Paris de la sécurité est prêt. Officiellement, la réforme deviendra effective le 1er octobre, mais le décret est écrit et son architecture est en ce moment présentée aux syndicats de police. Bientôt, la préfecture de police - institution unique propre à Paris, souvent décrite comme un Etat dans l'Etat - va asseoir son autorité sur trois départements de la petite couronne, les Hauts-de-Seine (92), la Seine-Saint-Denis (93), et le Val-de-Marne (94). Toute la sécurité et l'ordre publics de cette zone géographique, où vivent 6,4 millions de personnes, vont être confiés au préfet de police, Michel Gaudin, qui deviendra le patron de 45 000 policiers et pompiers. "Nous avons pas mal de moyens, le moment est venu de les mutualiser", souligne-t-il.

Sous son impulsion, les policiers pourront franchir le périphérique. Les préfets des trois départements de la petite couronne n'agiront plus, en matière de sécurité, que par délégation. Les directions départementales de sécurité publiques vont disparaître, au profit d'une nouvelle organisation territoriale. La préfecture de police se hisse ainsi au niveau des monstres de la sécurité que sont le Metropolitan Police Service dans l'agglomération de Londres, la police métropolitaine de Tokyo, ou celle de New York (NYPD). En France, ce projet recrée, sur le plan de la sécurité et de l'ordre publics, le département de la Seine qui englobait, jusqu'à sa dissolution le 1er janvier 1968, les mêmes frontières.

Avec cette réforme, des lieux aussi symboliques et sensibles que le Stade de France, le quartier de la Défense, les aéroports d'Orly et Roissy, ou bien encore le marché de Rungis, tombent dans l'escarcelle de la préfecture de police. Pour la première fois, en 2009, la sécurité du tournoi de tennis de Roland-Garros a été assurée par ses soins.

Première étape ? Au-delà de ce périmètre, une plus grande coordination va être développée avec la grande couronne. Paris a déjà envoyé des renforts dans le Val-d'Oise, notamment, lors des échauffourées à Villiers-le-Bel en novembre 2007.

La nouvelle police d'agglomération des quatre départements, Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne réunis, ne s'étend que sur 6,5 % du territoire francilien, mais cette zone urbaine représente deux tiers de la population de l'agglomération, 60 % des emplois, 80 % des logements sociaux et 90 % des déplacements régionaux. Elle comprend aussi les deux tiers de la délinquance régionale.

Au cours des quatre premiers mois de 2009, selon la préfecture, moins de la moitié (42,8 %) des personnes mises en cause à Paris par les services de police pour crime et délit étaient originaires de la capitale : 20,2 % vivent en petite couronne et 8,4 % en grande couronne. Et sur 100 manifestants à Paris, 40 résident en petite couronne et 20 en grande couronne. Pour parachever sa démonstration, la préfecture cite ces chiffres : en 2008, la délinquance en petite couronne est 1,4 fois supérieure à celle de Paris intra-muros qui représente 26 % de la délinquance régionale alors que ces proportions étaient exactement inverses en 1972. Enfin, un acte violent sur cinq commis à Paris est le fait d'un habitant de proche banlieue.

A l'échelle de l'agglomération, deux unités de police spécialisées vont être créées. Une brigade anticriminalité (BAC) de nuit regroupera l'ensemble des interventions. Une compagnie de sécurisation de jour englobera les actuelles compagnies de sécurisation de Paris et de Seine-Saint-Denis, les BAC départementales et plusieurs BAC parisiennes. Ces deux entités feront partie de la nouvelle direction de sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP).

Forte de près de 26 000 policiers, elle sera confiée à Alain Gardère, actuel patron de la police urbaine de proximité (PUP) de Paris. Elle comprendra, outre la PUP, les effectifs des directions départementales de sécurité publique (DDSP) qui prendront le nouveau nom de directions territoriales de sécurité de proximité (DTSP). Ce changement n'est pas que sémantique. Il souligne la rupture avec la sécurité publique, qui dépend d'une direction de la police nationale, au profit de la préfecture de police.

Cette dernière marque aussi son autorité dans un autre domaine sensible, celui du renseignement. Si les antennes du renseignement intérieur seront préservées, la partie des anciens RG passés dans le giron de la sécurité publique est, elle, clairement remise en cause et recentralisée. Enfin, les missions de la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC) vont être élargies à tous les événements d'importance.

Pour parvenir à cette réforme qui lui est chère, Michel Gaudin a dû batailler contre la direction générale de la police nationale. Inquiète de la puissance donnée au préfet de police, proche de Nicolas Sarkozy, la ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, minimise elle-même la réforme. Présentant lundi 15 juin, devant 1 500 policiers et gendarmes réunis au Carrousel du Louvre, les grandes lignes de ses projets, la ministre a pris soin de "noyer" la police d'agglomération parisienne avec ses futures petites soeurs de Lyon, Marseille et Lille. En réalité, dans ces villes de province, ces polices d'agglomération ne devraient pas dépasser le cadre du département, mais permettre un redéploiement des forces de police et de gendarmerie et la fusion d'une partie des circonscriptions de police.

Isabelle Mandraud

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