Devedjian: "La Défense, future rivale de la City"

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE
JDD 27/06/09

Propos recueillis par Bertrand GRECO

Patrick Devedjian, ministre chargé du Plan de relance et président de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (Epad), accueille Nicolas Sarkozy mardi à la Défense, où il devrait faire des "annonces fortes". L'idée est de faire du quartier, actuel plus grand pôle d'affaires européen en termes de surface, un centre économique incontournable, explique le ministre au JDD.

Quel est le sens de ce déplacement présidentiel?
Dans le cadre du Grand Paris, la Défense tient une place de choix. C'est un pôle économique considérable, historiquement le premier grand quartier d'affaires du monde et le premier d'Europe en nombre de m². En même temps, la Défense est confrontée à une crise de croissance. De nombreux débats sont ouverts: l'extension du périmètre, le rajeunissement nécessaire de certaines tours -qui ne correspondent pas du tout aux normes écologiques et technologiques d'aujourd'hui-, l'amélioration des transports, les liens avec les aéroports, les gares, le port de Gennevilliers... Nicolas Sarkozy a été à l'origine du plan de renouveau de la Défense, en 2007, qui avait généré le droit de reconstruire 500 000 m² supplémentaires. Je poursuis cette tâche.

Annoncera-t-il l'aménagement d'un millions de m² supplémentaires, comme cela se dit?
C'est le Medef qui le dit, je ne crois pas que le Président de la République ait pris le Medef comme porte-parole! Ceci dit, oui, il fera des annonces fortes. Je lui ai proposé -et il a repris cette idée- de faire de la Défense une grande cité financière, rivale de la City de Londres. Aujourd'hui, on voit bien que la City est en grande difficulté, c'est une opportunité historique pour la France de renforcer son attractivité financière. Avec la Société Générale, on va déjà avoir la plus grande salle des marchés du monde, qui sera livrée l'année prochaine. Nous souhaitons que l'université Dauphine vienne s'installer à la Défense, dans les bâtiments du pôle Léonard de Vinci. On pourrait progressivement rassembler tous les grands acteurs financiers français et européens et créer des synergies entre eux.

Sur les transports, quelles sont les lacunes de la Défense?
Actuellement, 250 000 personnes viennent quotidiennement y travailler. Les lignes sont à saturation. Nous voulons donc Eole, qui se prolongerait dans les Yvelines. Le fameux métro automatique [de Christian Blanc] passera aussi par la Défense, ce qui nous permettra d'avoir une liaison directe et rapide avec la Seine-Saint-Denis, et surtout avec l'aéroport de Roissy. Je viens aussi d'engager des discussions intéressantes pour installer une hélistation à proximité, pour la clientèle d'affaires internationale.

Le Président rendra-t-il des arbitrages concernant l'enfouissement de la RN13 qui relie Paris à la Défense, via Neuilly?
L'enfouissement de la RN13 est très important pour la Défense et pour Paris. Mais il faut continuer à travailler, notamment sur le financement, qui pourrait se faire grâce à des droits à construire sur Neuilly. Il faut aussi reconfigurer la Porte Maillot; cela ne peut se faire qu'en coopération avec Paris.

La crise économique ne touche-t-elle pas la Défense de plein fouet?
La Défense souffre de la crise, comme tout le monde. Cependant, le taux d'occupation du site n'a pas faibli. Et l'attractivité reste forte. Trois tours viennent de faire l'objet d'une location longue durée par le groupe Suez-GDF. Il est vrai qu'on constate une réduction des ventes. Mais les locations restent stables, même si certains loyers baissent.

Dans ce contexte, parler de "renouveau de la Défense", est-ce encore crédible?
Le renouveau de la Défense, c'est d'abord répondre aux problèmes des tours obsolètes, en termes d'économie d'énergie ou de productivité économique (câblage, très haut débit...). Pour bien faire, ces tours devraient être remplacées par d'autres. Or, ça coûte très cher de démolir une tour, pour la remplacer par une autre. On a donc institué une règle pour inciter les propriétaires: si vous détruisez une tour à la Défense, on vous donne 40% de droits à construire supplémentaires, au lieu de vous les vendre. Celui qui possède une tour de 80 000 m² peut ainsi la raser pour construire à la place une tour de 126 000 m². C'est rentable pour lui et cela stimule le renouveau.

De nouvelles tours doivent-elles sortir de terre prochainement?
Quatre tours sont en construction ou en démolition-reconstruction: la salle des marchés de la Société Générale dans l'immeuble Basalte (43 000 m²), les tours Athéna, Prétorium (10 000 m² de bureaux) et First (86 000 m²). Elles seront livrées cette année ou l'année prochaine.

La tour Signal de Jean Nouvel est-elle menacée par les défections des investisseurs?
Les investisseurs espagnols ont eu des problèmes graves. Jean Nouvel est en train de reconfigurer son tour de table. Il se débrouille pas mal. Le projet est retardé, mais pas compromis.

Vous venez de confier une mission d'étude à une agence d'architectes, visant à "valoriser le territoire de la Défense" et "conforter son image à travers le monde". Qu'en attendez-vous concrètement?
On veut changer beaucoup de choses à la Défense, à commencer par la signalétique et les itinéraires. S'il y a une critique unanime, c'est qu'on se perd à la Défense. Même les chauffeurs de taxi ne s'y retrouvent pas, certains refusent de s'y rendre! On est en train de reconfigurer tout cela, par exemple en attribuant des noms aux rues, aux places et aux quartiers, comme dans une ville normale, au lieu des chiffres abstraits et souvent incohérents. Par ailleurs, des ouvrages ont vieilli et demandent à être modernisés; ce qui nécessite une grande étude. Enfin, nous avons des espaces très importants sous la dalle qui ne sont pas utilisés. C'est un grand gâchis. Nous réfléchissons sur leur devenir possible. Comme vous le voyez, les projets sur la Défense ne manquent pas!

Publié dans Economie - Commerce

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