Henri Guaino approuve la proposition de financement du Grand Paris par l'emprunt national

Publié le par Association Grand Paris

Henri GAINO approuve dans son entretien au parisien, la proposition de l'Association Grand Paris de financer les grands projets d'aménagement du Grand Paris par l'emprunt national souscrit par les franciliens.
Cela permettra de sécuriser le financement du métro et des projets urbains et permettre de tenir le calendrier annoncé par le Chef de l'Etat.
Antonio Duarte


PRESSE I LE PARISIEN I  13.07.2009

Henri Guaino : «Face à la crise, rien n’est résolu»

« Plume » de Nicolas Sarkozy, le conseiller spécial met en perspective la politique du président de la République, pourfend la bureaucratie et célèbre le volontarisme. Entretien réalisé par: Olivier Baccuzat, Béatrice Houchard et Henri Vernet avec la collaboration d’Elisabeth Kastler-Le Scour.

L’entretien devait se dérouler dans son bureau de l’Elysée. Au dernier moment, Henri Guaino a préféré venir à Saint-Ouen, dans les locaux du « Parisien » - « Aujourd’hui en France ». Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, sa plume, a passé près de deux heures à parler de la crise, de l’Europe, de la dette, de l’Union pour la Méditerranée ou de la banlieue. Avec une prédilection pour le discours qui était déjà le sien quand il travaillait avec Philippe Séguin : le volontarisme politique et la République. A 52 ans, Guaino conseille, influence, agit. En gardant son indépendance et son libre arbitre. Et il aime ça.

On dit que Nicolas Sarkozy a changé. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Henri Guaino.
La fonction de président de la République change forcément ceux qui l’exercent. Elle crée un autre rapport au pays, aux Français, à l’histoire, à l’identité de la nation. C’est une charge écrasante.
Le président est le dernier recours, l’ultime responsable. Vous changez forcément quand, après avoir envoyé des soldats en Afghanistan, vous allez vous recueillir devant les cercueils de ceux qui sont tombés.

Comment se traduit chez lui ce changement ?
Davantage de gravité et un plus grand souci de rassembler…

La France risque-t-elle actuellement, plus qu’en d’autres périodes, d’être divisée ?
La France est un pays très divers qui a toujours été obsédé par son unité. La clé de voûte de cette unité, ce sont les valeurs de la République, la même école, le même hôpital, la même Sécurité sociale, la même justice, les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous, sans distinction de fortunes, d’origines, de religions. Ces valeurs, depuis trente ans, nous les avons laissées s’affaiblir. L’histoire nous a enseigné ce que ce genre de crise peut engendrer quand la République est faible : le populisme, la xénophobie, la haine de l’autre.

Dominique de Villepin a parlé de « climat prérévolutionnaire »…
Le risque, ce n’est pas la révolution, c’est la désintégration sociale, c’est que le sentiment d’injustice, la souffrance, l’exclusion suscitent une violence qui pourrait ruiner la cohésion nationale, dresser les Français les uns contre les autres.

C’est ce que vous avez ressenti l’autre soir quand la voiture de police dans laquelle vous vous trouviez a été caillassée à Montfermeil ?
Le plus inquiétant est que ce type d’incident soit devenu une banalité dans certains quartiers. La République c’est un régime d’autorité et de générosité. On a laissé se déliter l’une et l’autre. A force d’insister davantage sur le droit à la différence que sur l’égalité des droits et des devoirs, on a créé une situation désastreuse que la crise contribue à aggraver. Il y a dans les banlieues une jeunesse formidable pleine d’énergie, d’intelligence, et l’on est en train d’en perdre une partie qu’on n’a pas réussi à éduquer, à former, à socialiser. C’est notre avenir à tous qui est en jeu à travers cette jeunesse qu’on perd.

Ou qu’on a déjà perdue ?
Il ne faut pas baisser les bras. C’est l’affaire de tous. Mais la volonté politique est cruciale. Le responsable politique qui dit : « Je n’y peux rien » devrait songer à changer de métier. Tout faire pour ramener ces jeunes dans la République, les éduquer, les former, casser les logiques de groupes, de bandes, de tribus qui reposent sur la peur de l’autre et la loi du plus fort c’est un impératif moral. Le plus difficile, ce n’est pas d’imaginer des solutions, c’est de les mettre en oeuvre, d’y consacrer les moyens nécessaires. Si chacun s’enferme dans son monde, si chacun considère que les problèmes des autres n’ont aucune importance, on va à la catastrophe.

Qui dit que ça n’a pas d’importance ?
Personne ne le dit, mais tout se passe comme si ça n’en avait pas. De réunion interministérielle en réunion interministérielle, de bureaucratie en bureaucratie, les projets les plus ambitieux se trouvent broyés. Regardez l’énergie que doit déployer Fadela Amara tous les jours contre l’inertie des mentalités, des comportements. A ceux qui veulent que ça change on oppose souvent le manque d’argent, les déficits… Mais il faut faire attention, car la machine à exclure est aussi une machine à produire massivement des dépenses publiques improductives. Un enfant de 11 ans déscolarisé, un jeune de 16 ans pas sociabilisé, pas éduqué, pas formé, risquent d’être toute leur vie à la charge de la société.

La volonté politique peut-elle l’emporter sur la bureaucratie ?
C’est un combat toujours recommencé. La politique, c’est la volonté humaine. La bureaucratie, c’est la force d’inertie des habitudes, des procédures, des routines.

On dit souvent que la France est un pays qu’on ne peut pas réformer parce que les Français n’aimeraient pas le changement…
On n’a jamais fait autant de réformes depuis celles des années 1958-1959. Les Français veulent bien changer, mais ils veulent comprendre pourquoi et ils veulent que les réformes soient justes, que les efforts soient partagés, qu’il y ait une espérance et pas seulement des sacrifices. Aujourd’hui, la difficulté du changement tient à l’accumulation des erreurs du passé.

Quelles erreurs ?
Les trois dernières décennies ont été dominées par l’idéologie de l’impuissance publique, par une forme de renoncement politique, intellectuel, moral. Regardez l’abaissement de l’Etat, de son autorité, l’école, où l’on a mis l’élève au centre au lieu d’y mettre le savoir, l’urbanisme qui a enfermé les quartiers dans le zonage, la dévalorisation de l’effort, du travail, du mérite au profit de l’assistanat et de l’égalitarisme, le laxisme face au communautarisme. A l’arrivée, on a une société éclatée qui tourne le dos à l’idée de nation et de république, poussant les gens qui se sentent tout seuls face au monde à s’enfermer dans des solidarités de proximité, ethniques, religieuses, corporatistes.

Quel peut être le rôle de l’Europe face à la crise ?
On a longtemps laissé l’Europe dériver vers une entreprise de dépolitisation totale de la société et de l’économie qui s’est traduite par une invasion bureaucratique. Pendant la crise bancaire, Nicolas Sarkozy a réuni en tant que président de l’Union européenne les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro à Paris, ce qui n’était jamais arrivé. Ils se sont mis autour d’une table, ils ont travaillé, débattu, décidé ensemble en bousculant les règles et les procédures. C’est la préfiguration de ce que devrait être une Europe dans laquelle on aurait remis de la volonté et de la responsabilité politiques.

C’est un peu retombé après la présidence française…
C’est un combat qui n’est pas encore gagné. Mais l’Europe ne pourra pas affronter le monde de demain si elle ne remet pas en cause les pratiques, les procédures, les comportements et les idées sur lesquels elle s’est fondée depuis une vingtaine d’années.

L’Europe pouvait-elle trouver davantage de réponses communes à la crise ?
Le sauvetage du secteur bancaire a été bien coordonné. Mais on aurait pu faire mieux pour le sauvetage du secteur automobile ou pour la coordination des politiques de relance. Maintenant, le défi, c’est la régulation du capitalisme financier et de la mondialisation et la préparation de l’après-crise.

Malgré toutes les explications, le plan de relance a généré de l’incompréhension dans l’opinion, notamment chez les gens qui perdent leur emploi…
Je comprends ce sentiment d’injustice chez ceux qui payent les conséquences des erreurs commises par d’autres. La relance a sauvé beaucoup d’emplois, mais elle ne pouvait pas les sauver tous. Le sauvetage des banques aussi. Ne pas le faire aurait été irresponsable. Si les banques s’étaient écroulées, les dépôts des Français auraient été perdus et l’économie se serait effondrée. Et ce sauvetage ne coûte rien au contribuable ; au contraire, il fait rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat parce que les banques lui versent des intérêts. Au total, il n’y a pas de quoi se glorifier, mais la France s’en tire un peu mieux que les autres.

Le risque de répétition d’une telle crise est-il écarté ?
Rien n’est résolu. Les banques américaines n’ont pas nettoyé leurs bilans et, si elles remboursent trop rapidement l’argent que le gouvernement américain leur a prêté, le moindre doute concernant leur solvabilité peut créer une situation semblable à celle de l’automne dernier. Mais le risque le plus grand est qu’on n’aille pas assez loin dans la régulation et que la finance mondiale renoue avec les comportements qui nous ont conduits au bord de la catastrophe.

Est-ce le cas de Natixis en France ?
Non car, quoi qu’il arrive, l’Etat ne laissera aucune banque en France faire faillite. Mais on ne sait pas exactement ce qu’il y a dans les bilans.

Cela veut-il dire que les comptes des banques ne sont pas sincères ?
Les banques ne truquent pas leurs comptes.Mais elles ont développé des produits si complexes que personne ne sait réellement ce qu’ils valent ni le risque qu’ils font courir à la banque. Les nouvelles règles ne seront efficaces que si elles conduisent à réduire cette opacité et cette complexité.

Comment ?
Il faut imposer la transparence, poser des règles qui interdisent aux banques de financer la spéculation, qui les contraignent à assumer les risques qu’elles prennent, qui excluent des modes de rémunération qui conduisent les opérateurs financiers à prendre des risques inconsidérés avec l’argent des autres. C’est d’abord une question de volonté politique commune des membres du G 20 face aux groupes de pression qui veulent que tout recommence comme avant.

A vous entendre, l’Etat n’est pas en faillite, contrairement à ce qu’a dit François Fillon ?
Il a raison de dire que l’Etat est trop endetté. Mais la France dans sa globalité n’est pas en faillite parce que les ménages épargnent beaucoup.

Mais les caisses publiques sont vides, Nicolas Sarkozy lui-même l’a déclaré…
C’est une image pour décrire l’état désolant de nos finances publiques. Mais, au bout du compte, l’Etat c’est nous et l’on retrouve dans les comptes de l’Etat non seulement la mauvaise gestion des deniers publics mais aussi les difficultés de l’économie et de la société.

Il n’empêche que les déficits publics atteignent des sommets…
Il faut mettre à part les déficits liés à la crise. Ce qui est préoccupant, ce sont les déficits structurels, ceux qui ne disparaîtront pas avec la fin de la récession. Si l’on veut en sortir, il faut bien comprendre que la comptabilité de l’Etat n’est pas celle d’une entreprise. Quand une entreprise emprunte pour construire une usine, on ne dit pas qu’elle est en déficit. Dans la comptabilité publique, tout emprunt est appelé déficit. Il faut donc distinguer le bon et le mauvais déficit : quand on emprunte pour consommer, on fait de la mauvaise dette ; quand on emprunte pour investir, on fait de la bonne dette.

La dette, ce n’est donc pas si grave ?
Si. Mais, pour réduire les déficits structurels, il faut à la fois faire des économies de gestion et investir pour remédier aux causes de nos difficultés. Ce qui creuse le plus les mauvais déficits, c’est l’exclusion, le chômage, le manque de compétitivité, d’innovation…

Comment peut-on échapper à une hausse des impôts ?
La hausse des impôts ne ferait que retarder la sortie de crise et creuser un peu plus les déficits. Ce n’est donc pas une solution. La seule solution est de faire en sorte que les dépenses d’avenir prennent progressivement le pas sur les dépenses du passé : il vaut mieux investir pour créer des emplois que de subventionner des chômeurs.
On a mis trop de personnes à la charge d’un nombre de plus en plus réduit de travailleurs et de producteurs. C’est une impasse, il faut en sortir.

Les socialistes, rejoints par Bayrou ou Villepin, s’inquiètent de la situation…
Qu’ont-ils fait pour régler les problèmes de la France ? Que proposent-ils?

Vous pensez que le grand emprunt rencontrera un gros succès ?
L’emprunt, c’est la seule façon aujourd’hui de financer nos dépenses d’avenir. Si nous n’investissons pas maintenant, nous allons rater l’entrée dans le nouveau modèle et le nouveau cycle de croissance. On mettrait trente ans à s’en remettre. Mais, entre l’emprunt sur les marchés et le grand emprunt national auprès des épargnants, le choix n’est pas fait. Le grand emprunt national est plus mobilisateur, mais il faudra voir ce qu’il coûte au moment de le lancer. Accepter de payer un surcoût trop élevé, ce serait gaspiller l’argent des Français.

Un récent sondage indiquait que les Français sont peu intéressés…
Dix-sept pour cent des Français prêts à souscrire, c’est beaucoup ! Mais demander aux gens s’ils sont prêts à souscrire alors qu’on ne connaît ni le montant, ni la durée, ni le taux, ni même la date, c’est absurde.

S’il s’adresse aux épargnants, est-ce que cela peut être un geste civique ?
Bien sûr. Mais il faut quand même que les conditions soient attrayantes sans ruiner les finances publiques.

Faut-il rendre l’emprunt obligatoire pour certains contribuables ?
Non. Comment peut-on vouloir la confiance et en même temps faire un tel acte de défiance ?

Quels projets pourraient être financés par l’emprunt ?
C’est l’objet du débat lancé par le président de la République. Notre avenir, c’est notre affaire à tous. Mais il ne faut exclure aucun domaine de ce débat. Il y a bien sûr la recherche, l’innovation, l’université, mais il y a aussi le patrimoine, le social, l’humain…

L’emprunt pourrait financer le Grand Paris ?
C’est dans sa logique même.

EDF qui annonce une hausse de ses tarifs après avoir lancé un emprunt public, cela vous choque ?
Oui. Mais ce n’est pas EDF toute seule qui décide des hausses des tarifs et, s’il est nécessaire que les tarifs reflètent les coûts de production, il serait anormal de faire payer au consommateur français des erreurs d’investissement à l’étranger.

Il y a un an naissait l’Union pour la Méditerranée, dont vous avez été l’inspirateur ? Quel bilan tirez-vous de cette première année ?
Tous ceux qui sont enfermés dans leurs habitudes de pensée et de comportement, tous ceux que la moindre idée neuve dérange ou terrifie avaient prédit que le sommet du 13 juillet serait un échec, que la première réunion des ministres des Affaires étrangères en novembre signerait la fin de l’aventure, que l’UPM ne survivrait pas à la crise de Gaza. Eh bien, elle est toujours vivante ! Les réunions diplomatiques et politiques ont repris, une multitude de projets sont lancés dans l’énergie, l’eau, l’écologie, la recherche, la sécurité civile, l’éducation ; bientôt, nous parlerons ensemble de l’alimentation, des migrations. L’objectif est qu’à la fin de la coprésidence française en juillet 2008, l’UPM soit inscrite de façon irréversible dans l’histoire.

Etes-vous devenu un sarkozyste inconditionnel ?
La valeur de mon engagement au côté de Nicolas Sarkozy vient de ce qu’il est le fruit d’un libre arbitre. Vous connaissez le mot de Malraux : « Seul l’esclave dit toujours oui. »

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