Une chambre d'étudiant pour Kafka

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LES ECHOS I 30/07/09


C'est un devoir de vacances auquel des millions de parents de par le monde s'adonnent avant chaque rentrée de septembre : le contrat de location du studio de leur enfant étudiant. En France, il s'avère particulièrement « gratiné ». La liste des documents à fournir pour justifier de son honorabilité est si longue qu'on se demande parfois si on postule à la location d'un appartement à 500 euros par mois ou à l'achat d'une centrale nucléaire. Qu'on en juge : fiche personnelle de renseignements pour l'étudiant et ses deux parents caution, copie recto-verso de la carte d'identité de tout ce petit monde, quittance EDF récente, les trois derniers bulletins de salaire avec attestation d'employeur certifiant que vous n'êtes pas démissionnaire, en période d'essai ou en préavis de licenciement, dernier avis annuel d'imposition, avis de taxe foncière, RIB et chèque annulé, attestation bancaire selon laquelle votre compte fonctionne convenablement (que, à vrai dire, votre banque vous donnera même si vous êtes dans le rouge), carte d'étudiant de votre enfant. Ouf, vous n'avez rien oublié, à part peut-être le certificat de moralité de votre poisson rouge !

De surcroît, vous devrez rédiger à la main, sous peine de nullité selon la loi, un texte de 400 mots vous portant garant. Pourquoi cette exigence calligraphique rappelant l'école primaire, en une ère où des contrats bien plus conséquents sortent d'imprimantes ordinaires ? L'esprit s'égare en conjectures.

Bien entendu, ce dossier, chargé de calmer les inquiétudes légitimes du propriétaire (qui sait qu'un mauvais payeur est très difficile à expulser et espère se prémunir par ces garanties sans fin) tient plus de l'exorcisme que d'une évaluation rationnelle. Il exige certains renseignements superflus, que vous pouvez d'ailleurs refuser de donner (mais vous le voulez cet appart, oui ou non ?), mais ne permet pas d'évaluer rigoureusement votre solvabilité. Pour cela, nonob-
stant la protection de la vie privée, il faudrait des données sur vos emprunts, voire votre santé ou votre style de vie. Dans ce monde incertain, il serait judicieux d'exiger une attestation selon laquelle les cautions n'ont pas de problèmes de couple, ne couvent aucune maladie grave, ne hantent pas les casinos ni ne pratiquent le deltaplane. Chut ! Cela va « leur » donner des idées pour l'année prochaine.

Les Echos

Publié dans Logement - Immobilier

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