Sans-abri : les associations impatientes et désabusées

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE MONDE | 05.08.09

La formule est un peu naïve mais elle exprime la lassitude de celui à qui l'on a fait beaucoup de promesses. "Est-ce que l'on peut vous faire confiance ?" C'est une des questions posées par un sans-abri, hébergé au centre d'urgence Emmaüs L'Observatoire, situé dans le 14e arrondissement de Paris, au nouveau secrétaire d'Etat chargé du logement et de l'urbanisme, Benoist Apparu.


Mardi 4 août, pour son premier déplacement officiel sur le thème de l'accueil et de l'hébergement des sans-abri, M. Apparu a enchaîné les rencontres avec les associations. En une journée, il a visité six centres d'hébergements, avant d'accompagner en soirée une maraude du Samu social. La veille, il avait commencé sa tournée par la visite de trois structures gérées par la Croix-Rouge et Emmaüs. "Il faut en finir avec une gestion hivernale de ce dossier", a-t-il expliqué. Avant de s'accorder une semaine de vacances, le jeune secrétaire d'Etat a voulu montrer aux acteurs impliqués dans l'accueil des sans-abri qu'il est conscient que la précarité et l'exclusion sont toujours d'actualité en été.

Si chaque année, les périodes de grand froid focalisent l'attention sur les SDF - ils seraient 100 000 en France selon les dernières estimations -, leur situation ne s'améliore pas avec les beaux jours. Se nourrir, se loger, se laver... leurs besoins ne changent pas et les structures ouvertes pendant la trêve estivale ne désemplissent pas.

De son passage dans le cabinet de Catherine Vautrin, ministre délégué à la cohésion sociale et à la parité entre 2005 et 2007, Benoist Apparu a acquis une connaissance du milieu mais il admet ne pas être un spécialiste de ses questions. Avec son débit de mitraillette et son style direct, il va droit au but. "Concrètement comment ça se passe ? Quelles sont les conditions d'entrée dans votre centre, combien de personnes en sortent ? Et le suivi ?..." Au fil des visites, les mêmes questions qui amènent quelques réflexions.

Pour répondre aux besoins de jeunes en instance de réinsertion, dont les dettes constituées d'amendes de la SNCF ou de la RATP ponctionnent les premiers revenus, M. Apparu est favorable à une possibilité d'étalement des remboursements "comme celui qu'on peut négocier avec le fisc".

Selon Aurélie Coudé, directrice adjointe du centre Gutenberg, spécialisé dans la réinsertion des jeunes de 18 à 24 ans, certains jeunes se retrouvent avec des contraventions dont le total dépasse parfois les 10 000 euros et leur premier salaire fait l'objet d'une saisie qui va jusqu'à la moitié de son montant.

Autre problème, les lenteurs administratives qui bloquent les dossiers et peuvent fortement pénaliser les personnes en grande difficulté. "Un SDF ne peut pas attendre quatre mois pour savoir s'il a droit à une retraite, estime Benoist Apparu. Nous devons réfléchir à une réponse administrative accélérée, une sorte de guichet unique pour les associations", analyse le secrétaire d'Etat.

A côté de la résolution de "tous ces petits problèmes qui vont compliquer la vie d'un centre d'hébergements et de leurs pensionnaires ", des dossiers de plus grande ampleur attendent M. Apparu. "Nous ne supportons plus d'être dans la gestion de crise chaque hiver", explique Maryse Lépée, présidente de l'association des Cités du Secours catholique. Le système est à bout de souffle, et souffre de ne pas être piloté. Il nous faut établir un schéma, territoire par territoire, de ce qui existe et de nos besoins."

"C'est ce que nous allons faire d'ici l'hiver, lui promet M. Apparu. Aujourd'hui, pour la première fois, il y a un consensus entre les associations et l'Etat sur la nécessité de remettre à plat toute la politique en faveur des sans-abri."

Reste maintenant à concrétiser les engagements. Les acteurs de terrain ont souvent été échaudés par les belles paroles vite oubliées. En janvier 2008, le premier ministre, François Fillon, avait annoncé 100 mesures faisant de la lutte contre le mal-logement un "chantier national prioritaire".

Selon le collectif des associations unies pour une nouvelle politique du logement, qui établit régulièrement un "baromètre" des engagements du gouvernement en faveur des personnes sans abri ou mal logés, seules 45 mesures avaient été prises au printemps 2009.

Catherine Rollot

Publié dans Logement - Immobilier

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