Le Grand Paris : pour quoi faire ?

Publié le par Association Grand Paris

TRIBUNE I LE MONDE I 04/08/09
Chroniques d'Abonnés
par PATRICK MARTIN GENIER., Maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris

Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, la réflexion sur la création d'un "Grand Paris" s'est intensifiée. Un secrétaire d'Etat au "Grand Paris", ex-rocardien, a même été nommé, lequel a travaillé dans des conditions de confidentialité pour le moins étonnante... Le projet de "Grand Paris" serait ainsi dévoilé à la rentrée.


De fortes réserves au projet de "Grand Paris"

Le moins que l'on puisse dire est que ce projet suscite déjà de fortes réserves, voir une opposition, avant même d'avoir été présenté tant aux élus de la région parisienne qu'aux électeurs, lesquels pourraient d'ailleurs avoir à se prononcer implicitement sur ce projet lors des prochaines élections régionales de 2010.

Il est vrai que le temps où le général de Gaulle pouvait se payer le luxe de survoler la région parisienne avec le préfet Delouvrier pour déterminer les zones d'implantation des villes nouvelles est révolu, quoique... C'est ainsi que le Premier ministre a récemment expliqué que la plus large concertation aurait lieu pour la création de la future entité censée incarner ce " Grand Paris". Pourtant, il faudra bien un jour décider et cela se fera probablement par la voie législative, vu qu'il serait étonnant qu'il existe un jour un consensus sur ce point.

Car de quoi s'agit-il exactement ? Différents projets ont ainsi été exposés au public, mais ceux-ci concernaient essentiellement des grands projets d'urbanisme qui pourtant ne constituent pas la priorité, même s'ils doivent être intégrés dans une réflexion d'ensemble. Plus récemment, la question du "Grand Paris" a été abordée par rapport aux transports en commun, question cruciale certes, mais qui pourrait très bien être étudiée dans le cadre institutionnel actuel, puisqu'il existe un syndicat des transports en commun pour l'Ile-de-France.

Quelle délimitation géographique et quel projet de vie en commun ?

En réalité, une intercommunalité se définit avant tout par rapport à un projet de vie entre plusieurs communes et ce pour plusieurs dizaines d'années. Vivre ensemble oui, mais dans quel ensemble géographique et pour quoi faire ?

Toute intercommunalité, tout établissement public ne peut éluder la question de sa délimitation géographique. Jusqu'où le "Grand Paris" -terme au demeurant susceptible d'effrayer les aspirants à l'adhésion- doit-il étendre ses ramifications ? Compte-tenu des questions à régler, de la nécessité d'éviter de créer une super-structure technocratique sans contrôle démocratique, les frontières pourraient ainsi être plus resserées qu'envisagées. La cohérence du territoire francilien, avec ses contraintes, devra commander les frontères du "Grand Paris".

Ainsi, cette future entité devrait prendre en compte l'histoire de l'aménagement du territoire de l'Ile-de-France depuis les années 1970, c'est-à-dire la création des Villes nouvelles qui pourraient constituer les limites de la future entité, c'est-à-dire Cergy-Pontoise au nord-ouest, Saint-Quentin-en-Yvelines au sud-ouest, Melun-Sénart au sud-est ; l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle pourrait constituer la limite nord-est du futur "Grand-Paris".

S'agissant des projets qui devraient être étudiés en commun et qui feraient l'objet d'un transfert de compétences à la future entité, figureraient nécessairement : l'aménagement du territoire francilien avec la détermination d'un plan local d'urbanisme, la protection de l'environnement et l'écologie urbaine, le logement, la solidarité, les affaires économiques. Les transports constitueraient également une action prioritaire, mais cette question pourrait faire l'objet de la création d'un syndicat mixte spécifique entre le futur "Grand Paris", le syndicat des transports en commun, la ville et le département de Paris, la RATP et la SNCF.

Quel financement ?

Mais une question essentielle resterait à traiter : celle du financement. On sait que l'une des incitations les plus fortes à la création de l'intercommunalité a trait aux avantages financiers qui en découlent. L'Etat sera-t-il capable, vu l'état des finances publiques, de mettre la main à la poche en versant des dotations substantielles au futur "Grand Paris" ? Par ailleurs, la fiscalité directe jouera également un rôle essentiel. Le président de la République a récemment annoncé la suppression de la taxe professionnelle. Si tel devait être le cas, alors que les communautés urbaines vivent essentiellement de la taxe professionnelle unique, une telle réforme signerait la fin de l'intercommunalité active et volontaire ; cela pourrait même renvoyer le projet de création d'un "Grand Paris" aux calendes grecques.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article