Cités, comment l'Etat envisage d'améliorer la sécurité

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE FIGARO 01/09/09

Jean-Marc Leclerc

L'objectif de la rencontre organisée lundi Place Beauvau était d'identifier les causes du malaise entre une partie de la jeunesse et la police

Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, invente les négociateurs de crise dans les cités. En clair : une «équipe de conciliation», composée d'une personnalité indépendante, d'un psychologue, d'un communicant et d'un haut fonctionnaire. Elle aura pour mission d'intervenir ponctuellement sur le terrain pour «désamorcer des situations susceptibles de s'embraser». L'idée ne manquera pas de faire débat au sein même de la police, car ces sortes de «fédéraux» devront se faire une place aux côtés des acteurs ordinaires de la gestion des violences urbaines que sont les élus, les procureurs, les préfets et les directeurs départementaux de la sécurité publique.

Cette mesure représente, en tout cas, une nouveauté dans le catalogue des propositions gouvernementales pour reprendre pied dans certaines banlieues. Et il y en a d'autres. La réunion lundi Place Beauvau d'une vingtaine d'associations nationales et de quartier autour des chefs de la police, de leur ministre de tutelle, ainsi que de son collègue au Travail et la Solidarité, Xavier Darcos, accompagné pour l'occasion de la secrétaire d'État à la Ville, Fadela Amara, et du haut-commissaire à la jeunesse, Martin Hirsch, s'est en effet soldée par de véritables annonces.

Cinq groupes de travail mêlant policiers, gendarmes et responsables d'associations vont maintenant être constitués, élargis aux élus et aux organisations représentatives de la police. Voilà qui pourrait satisfaire la demande de véritables «états généraux» formulée depuis longtemps par certains syndicats de policiers.

 

Discussion sans tabou

Leurs thèmes : les pratiques policières, le respect réciproque, l'ordre et la loi, l'égalité des chances et le dialogue en situation de crise, pour vaincre les rumeurs souvent à l'origine de heurts, voire d'émeutes. La coordination de ces travaux a été confiée à l'inspecteur général de l'administration Didier Chabrol, ancien préfet. Avec un premier bilan, attendu d'ici à deux mois, qui devra ouvrir sur des mesures «d'application immédiate», prévient Hortefeux.

Le «premier flic de France» ne veut pas voir caricaturer sa démarche. Il renouvelle sa confiance aux membres des forces de l'ordre. En matière de respect, il rappelle que «ce serait rendre un bien mauvais service aux plus jeunes que de tolérer aujourd'hui des comportements insultants à l'égard des agents des services chargés de la sécurité».

Mais il entend, parallèlement, que les policiers et les gendarmes adoptent une attitude «exemplaire», particulièrement dans ces quartiers où la culture anti-institutionnelle s'enracine.

L'objectif de cette rencontre de lundi était d'identifier les causes du malaise entre une partie de la jeunesse et la police. Est-ce un rejet de toute forme d'autorité ou un réel sentiment d'injustice qui anime les plus révoltés ? Les questions ont été traitées sans tabou. Ainsi, les pratiques policières ont été abordées en ce qu'elles peuvent avoir de «discriminantes». L'un des reproches formulés par les jeunes des quartiers est la multiplication des «contrôles au faciès» qui vireraient, selon eux, au harcèlement. Un sociologue de la jeunesse, Olivier Galland, avait été chargé lundi de faire la synthèse des discussions. Les intervenants ont tous salué la «qualité» des débats.

Autre mesure décidée : les Journées de la sécurité intérieure, initiées par Michèle Alliot-Marie sur le modèle de ce qu'elle a connu aux armées, vont se muer en opération «Dialogue avec la jeunesse». Histoire de rompre avec l'image de plus en plus guerrière de la police, avec ces agents à la mode Robocop, comme ceux des Uteq, cette nouvelle police de quartier dont le syndicat de police Alliance réclame une évaluation avant son éventuelle généralisation.

Publié dans Banlieues - Sécurité

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