"Trop d'effort pour les plus modestes"

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE MONDE 09/09/09

Thierry Repentin, sénateur (PS) de Savoie

Vous présidez le Mouvement HLM. Que vous inspire la volonté de Nicolas Sarkozy de bâtir "une France de propriétaires" ?Ce slogan traduit l'expression du rêve de la réussite, comme si l'on ne réussissait qu'en possédant son logement. Dans l'esprit du chef de l'Etat, la France, avec 57 % à 58 % de propriétaires, serait en retard en Europe. Il faut se souvenir que c'est en Albanie et en Turquie que le taux de propriétaires est le plus élevé. A contrario, la Suisse vient en queue de peloton. Finalement, notre pays se situe devant l'Allemagne et la Suède, qui ne sont pas forcément des contre-exemples en matière de politique du logement ou de cohésion sociale.

Pensez-vous que la politique gouvernementale soit efficace ?

Parmi les mesures mises en oeuvre depuis deux ans, il en est une qui avait déjà été utilisée : la déduction des intérêts d'emprunt pour l'achat de la résidence principale. Or ce dispositif avait été aboli par le gouvernement d'Alain Juppé et remplacé par le prêt à taux zéro (PTZ), car les professionnels de l'immobilier considéraient que ce n'était pas un vrai levier à l'acte d'achat. Cette analyse vaut toujours. Il s'agit d'un pur effet d'aubaine qui pèse lourd dans le budget de l'Etat : dans la loi de finances 2009, son coût était estimé à 1,17 milliards d'euros. Il pourrait s'élever à 4,5 milliards en 2013. En outre, cette aide est accordée à tous ceux qui ont décidé d'acheter leur logement depuis mai 2007, quels que soient leurs revenus. Au moment où la ressource budgétaire se fait rare, il serait judicieux de cibler les différents dispositifs d'aide à l'accession à la propriété sur les catégories moyennes et modestes. Parallèlement, il est fondamental que la politique du logement contribue à poursuivre l'effort de construction de logements locatifs abordables.

Les familles à petits revenus peuvent-elles encore acheter leur logement ?

Les ménages consentent des efforts financiers de plus en plus lourds pour devenir propriétaire, ce qui est inquiétant. Nombre d'entre eux se sont éloignés des centres urbains afin de trouver des terrains moins chers où ils font construire de l'habitat individuel qui consomme beaucoup d'espace. Autre conséquence : les trajets domicile-travail s'allongent, ils sont fortement émetteurs de gaz à effet de serre et très coûteux pour la collectivité. Notre modèle d'accession à la propriété doit être revu pour le rendre compatible avec le Grenelle de l'environnement. Il faudrait, par exemple, que l'urbanisation d'une zone soit pensée en fonction des possibilités de desserte par les transports collectifs.

Propos recueillis par Bertrand Bissuel

 

 

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