Logement : 2009, l’année où Paris a lâché prise

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LIBERATION 12/09/09

Immobilier. Un an après le reste du pays, les prix des maisons et des appartements d’Ile-de-France ont baissé de 9%.

Par TONINO SERAFINI


En immobilier, aucune forteresse n’est à l’abri des aléas économiques. Pas même Paris ou plus largement, l’Ile-de-France. Dans la région capitale, les prix avaient plus que doublé depuis l’an 2000 (+ 138% en moyenne). Aujourd’hui, le retour de manivelle est assez violent: selon les chiffres publiés hier par la Chambre des notaires, les tarifs de l’immobilier ont chuté en moyenne de 9% en région parisienne au deuxième trimestre 2009 comparé à la même période en 2008. Avec un an de retard, l’Ile-de-France se met donc au diapason de l’Hexagone où le recul des prix (toujours selon les notaires) est en moyenne de 9,3%. Le phénomène est planétaire : dans les capitales mondiales où les marchés du logement sont sous tension, les prix de la pierre subissent aussi d’inévitables réajustements après des cycles de hausse excessifs.

PURGE. Aucun territoire de la région parisienne n’échappe à la purge. La capitale, où le marché est pourtant réputé très solide, vire dans le rouge avec ses appartements en baisse de 7,8%. «Paris avait résisté jusqu’à présent. Paris ne résiste plus. Avant, tout se vendait à n’importe quel prix. Ce n’est plus le cas aujourd’hui», a résumé hier Me Thierry Delesalle, responsable de la conjoncture immobilière.

Aux confins de la capitale, dans les départements de la petite couronne (Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne), les tarifs des maisons dévissent (-13%) alors que le marché des appartements résiste un peu mieux mais s’affaisse quand même (-7,1%). Enfin, en grande couronne (Essonne, Seine-et-Marne, Val-d’Oise, Yvelines), la baisse affecte à des niveaux similaires les maisons (-10,8%) et les appartements (-9,3%).

Ce recul sensible des prix, «le plus important depuis 1995», a souligné Me Jean-François Humbert, le président de la Chambre des notaires, survient logiquement après un véritable effondrement du nombre de transactions à partir du troisième trimestre 2008 en Ile-de-France. Une chute qui s’est encore accentuée début 2009. Ces chiffres sur le volume des ventes, en clair sur le nombre d’appartements et de maisons effectivement vendus, témoignent de l’ampleur de la crise.

Au cours du premier trimestre 2009, le nombre de transactions a chuté de 38,7% à Paris et de près de 42% en petite et grande couronne ! Autrement dit, face à des prix devenus inabordables et à une situation économique incertaine, les acheteurs ont déserté le marché, d’autant que l’immobilier les engage dans des emprunts au long cours d’une durée moyenne d’une vingtaine d’années. Au plan national, le nombre de transactions qui s’élevait à plus de 800 000 par an dans l’ancien sur la période 2002-2007 a chuté à 600 000 en tendance annuelle aujourd’hui.

Pompiers. Cette crise touche l’immobilier ancien, mais aussi le neuf. Selon un sondage, les Français pensent que cette crise va durer (lire ci-contre). Les promoteurs ont frôlé la Berezina: dépôts de bilans, dégringolade du chiffre d’affaires, résultats d’exploitation dans le rouge. Il y avait le feu dans leur maison et les pouvoirs publics ont joué aux pompiers pour sauver l’emploi dans le bâtiment (1,4 million de salariés).

Mercredi, Alain Dinin, le PDG de Nexity, un des plus gros promoteurs français, a reconnu que trois mesures avaient permis de sauver le secteur du neuf et la profession: rachat de 30 000 logements par les HLM, doublement du prêt à taux zéro (PTZ) pour aider les primo-accédants, et dispositif fiscal Sellier-Carrez, qui fait repartir les ventes de logements aux investisseurs (ceux qui achètent pour louer). Sans surprise, Alain Dinin a plaidé pour qu’ils «soient maintenus». Près de 90 000 logements neufs devraient être vendus cette année contre 127 000 en 2007, époque de l’euphorie immobilière.

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