En Ile-de-France, la police judiciaire se spécialise sur les cités pour démanteler réseaux et trafics

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE MONDE 14/09/09

Au commencement, les premiers policiers du "groupe cités" installés en Seine-Saint-Denis ont épluché les plaintes enregistrées dans les commissariats pour mieux cerner leurs cibles, les "caïds". Créé en mai 2008, ce nouveau service, qui comprend douze fonctionnaires recrutés dans les rangs de la police judiciaire (PJ), concentre exclusivement ses missions sur le démantèlement de trafics dans les cités "sensibles". Une démarche qui tranche avec l'accent mis sur la sécurité publique dans les banlieues.

Avec la création, sous l'autorité du préfet de police, Michel Gaudin, de la grande police d'agglomération francilienne inaugurée, lundi 14 septembre, par le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, les "groupes cités" vont désormais s'implanter dans le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine. Le but : "Appliquer nos méthodes de police judiciaire dans les cités, identifier les réseaux et mettre fin aux trafics qui les gangrènent", résume Christian Flaesch, directeur de la PJ de la préfecture de police de Paris.

En Seine-Saint-Denis, les pionniers des "groupes cités" opèrent en civil dans le cadre d'enquêtes préliminaires, en relation avec le GIR (groupement d'intervention régionale), créé par Nicolas Sarkozy en 2002 pour lutter contre l'économie souterraine.

"Nous travaillons systématiquement sur les individus, explique le commissaire divisionnaire Christophe Descoms, chef du service de la police judiciaire de Seine-Saint-Denis. Avant, la PJ essayait de faire des “affaires”, intercepter des quantités de drogue, mais on avait du mal à démanteler complètement les réseaux."

CONSÉQUENCES INATTENDUES

Tout commence par un long travail sur les "caïds". Les enquêteurs n'ont pas recours aux traditionnels "indics" mais utilisent tous les moyens d'investigation à leur disposition : écoutes, filatures, recherches patrimoniales sur l'individu et sa famille. "Ça peut prendre six mois", convient M. Descoms. Chaque enquête est consignée dans un fichier des objectifs centralisé pour éviter les doublons.

Sur les 144 cités recensées en Seine Saint-Denis, le "groupe cités" a sélectionné "les plus chaudes". En un an, ses policiers ont interpellé et déféré huit "équipes", soit 84 trafiquants de drogue. Les prises apparaissent modestes (8,2 kg de cocaïne au total, 20 kg de cannabis, 350 gr de crack, 180 gr d'héroïne…) mais les véhicules et les biens immobiliers saisis ont porté de rudes coups.

Ainsi, dans la cité dite "la 7-7" à Epinay, où cinq individus ont été interpellés et une dizaine d'appartements saisis. Dans la cité Pont Yblon à Dugny, choisie au départ à cause d'un règlement de comptes qui avait fait un blessé par balles, douze personnes ont été déférées devant un juge, sept véhicules et 2,5 kg de cannabis saisis.

Cité Réchoissière à Aubervilliers, un réseau alimentait en cocaïne et en crack le 19e arrondissement de Paris mais, lors de l'interpellation d'une dizaine d'individus, les policiers ont aussi découvert cinq armes de poing, des explosifs, trois détonateurs et des billets provenant d'un hold-up dans le Val-d'Oise.

"Au niveau des plaintes des riverains, on note une différence mais nous manquons encore d'éléments pour dire si la vie des habitants s'est améliorée", relève avec franchise M. Descoms.

Parfois, ces opérations, en déstabilisant les réseaux, ont des conséquences inattendues et dramatiques. En janvier, une tête de réseau ayant été démantelée au Clos Saint-Lazare à Stains, les clients toxicomanes s'étaient rabattus sur la cité voisine des Poètes. Peu habitués à cet afflux, les trafiquants locaux avaient mélangé l'héroïne, provoquant 53 overdoses.

Isabelle Mandraud

Publié dans Banlieues - Sécurité

Commenter cet article