Voitures électriques et développement durable

Publié le par Association Grand Paris

TRIBUNE LIBRE I LES ECHOS 28/09/09

JEFFREY D. SACHS EST PROFESSEUR D'ECONOMIE ET DIRECTEUR DE L'INSTITUT DE LA TERRE À L'UNIVERSITE DE COLUMBIA

La clef de la maîtrise des changements climatiques se trouve dans les innovations technologiques. L'un des projets les plus prometteurs est la nouvelle génération de voitures électriques. Dans les premiers temps de l'histoire de l'automobile à la fin du XIXe siècle, des véhicules très différents étaient dans la course : moteurs à vapeur, avec batterie, ou à combustion interne. Les moteurs à combustion interne qui fonctionnent à l'essence ou au diesel ont gagné la course avec le succès du Modèle T, sorti des chaînes de montage en 1908. Cent ans plus tard, la course reprend de plus belle. Et l'ère de la voiture électrique commence. La Toyota Prius, véhicule hybride électrique apparu pour la toute première fois en 1997, a marqué une première étape importante. En reliant un petit générateur et une batterie rechargeable au système de frein d'une voiture standard, l'hybride améliore le moteur traditionnel avec l'appui d'un moteur fonctionnant avec une batterie. Les performances sont suffisamment améliorées pour rendre l'hybride commercialement viable ; et les véhicules à économie d'essence deviendront commercialement encore plus viables lorsque les consommateurs devront payer pour l'oxyde de carbone émis par leurs véhicules. De nombreuses innovations sont sur le point d'aboutir, à commencer par le nouveau véhicule hybride à branchement électrique de General Motors, la Chevy Volt, fin 2010. La Prius est un véhicule à combustion interne classique avec un petit moteur, alors que la Volt sera un véritable véhicule électrique avec un moteur à côté. Larry Burns, l'ancien patron visionnaire du département recherche et développement de GM, voit dans la voiture électrique bien plus que la simple possibilité d'économiser l'essence. Selon Burns, l'ère du véhicule électrique modifiera le réseau énergétique, ainsi que les habitudes de conduite et contribuera à améliorer la qualité générale de la vie en zones urbaines, un mode de vie qui concernera la grande majorité des populations. Il y aura différents types de véhicules électriques : les hybrides à branchement électrique, les véhicules tout batterie et ceux fonctionnant à pile à combustible à l'hydrogène faisant appel à une source extérieure d'hydrogène. Ces véhicules différents seront capables de puiser dans un nombre infini de ressources énergétiques. Le solaire, le vent ou le nucléaire, autant de sources d'énergie n'émettant aucun CO2, peuvent alimenter le réseau qui permettra de recharger les batteries. De même, ces sources d'énergie renouvelable peuvent être utilisées pour séparer l'eau en hydrogène et en ion hydroxyle, puis utiliser l'hydrogène pour faire fonctionner les piles à combustible à hydrogène. Par ailleurs, la capacité de stockage de l'ensemble des véhicules jouera un rôle important dans la stabilisation du réseau électrique. Non seulement les véhicules fonctionnant avec une batterie utiliseront le réseau pour se recharger, mais, lorsqu'ils seront à l'arrêt, au parking, ils pourront en redonner au réseau aux heures de forte demande. La flotte des automobiles en circulation fera partie intégrante du réseau global de distribution et sera géré de façon efficace et à distance pour optimiser les flux depuis et vers le réseau. Enfin, les véhicules électriques vont permettre l'avènement d'une toute nouvelle génération de véhicules « intelligents », dans lesquels les systèmes de détection et la communication entre véhicules permettront d'éviter les collisions, de réguler la circulation et de gérer le véhicule à distance. L'intégration d'une technologie de l'information et le système de propulsion du véhicule permettront le développement de nouveaux standards de sécurité, de confort et d'entretien. Voilà peut-être des idées visionnaires mais qui sont tout à fait à notre portée technologique. La mise en oeuvre de ces concepts demandera de nouvelles formes de partenariat entre le public et le privé. Les constructeurs automobiles, les sociétés de services publiques, les fournisseurs Internet et les services de l'équipement doivent chacun contribuer à la mise au point d'un système intégré. Tous ces secteurs devront trouver de nouveaux moyens de se défier et de coopérer entre eux. Le secteur public devra avancer des fonds supplémentaires pour permettre la commercialisation de la nouvelle génération de véhicules, et ce, à travers des investissements de R&D, des fonds récoltés auprès des consommateurs et le soutien pour des infrastructures complémentaires. La nouvelle ère du véhicule électrique incarne parfaitement les opportunités extraordinaires que nous pourrons saisir au fur et à mesure que nous délaisserons les énergies fossiles non renouvelables pour des technologies renouvelables. Nos négociateurs du climat ne parviennent pas à s'accorder parce qu'ils ne voient le challenge climatique qu'en termes négatifs : qui va payer pour réduire l'utilisation des énergies fossiles ? Pourtant, la vision automobile de Burns nous rappelle que la transition vers le développement durable peut ouvrir la voie à de réelles avancées pour la qualité de vie. Mais ce n'est pas seulement vrai pour les voitures. Cela l'est aussi pour les systèmes énergétiques, les conceptions d'immeubles, la planification urbaine et la chaîne alimentaire (la production et le transport des denrées alimentaires représentent un sixième des émissions totales de gaz à effet de serre.) Nous devons envisager le défi climatique comme l'opportunité d'organiser un « brainstorming » mondial et un moyen de développer la coopération sur de nombreuses avancées technologiques pour parvenir à un développement durable. En associant les recherches technologiques innovantes à de nouvelles formes de partenariats entre le public et le privé, nous pouvons accélérer la transition du monde vers des technologies renouvelables qui bénéficieront aux riches comme aux pauvres, établissant ainsi une base pour des accords internationaux sur les changements climatiques qui semblaient impossibles jusqu'à maintenant.


Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate, 2009. 

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