[93] Polémique sur les effectifs policiers en Seine-Saint-Denis

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE MONDE 29/09/09

Ls policiers sont-ils assez nombreux en Seine-Saint-Denis ? Après la fusillade en plein jour, à Saint-Ouen, qui a fait deux morts samedi 26 septembre, vraisemblablement dans le cadre d'un trafic de drogue, des élus de gauche mettent en avant le manque d'effectifs policiers dans un département décrit comme le plus criminogène de France.

"A l'évidence, il n'y a pas assez d'effectifs,déplore Jacqueline Rouillon, maire PCF de Saint-Ouen. Quand les habitants appellent le commissariat, on leur répond qu'il n'y pas assez de policiers, ou pas de véhiculesdisponibles".

L'édile, qui devait être reçue mardi 29 septembre par le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, estime à "120 ou 130" le nombre de policiers dans sa commune de 45 000 habitants. Elle juge que la police "n'est pas présente" dans la rue, alors que la situation s'est dégradée avec les trafics de drogue.

"OPACITÉ TOTALE"

"Si vous demandez à la police la carte des trafics, on vous la dresse avec une précision extraordinaire, mais sur les effectifs, c'est l'opacité totale", s'indigne Bruno Le Roux. Le député PS qui assure avoir relancé en vain depuis un an le ministère sur cette question, réclame une mission d'information parlementaire sur les effectifs policiers.

Il est vrai que le sujet est devenu tabou, du fait de la révision générale des politiques publiques. La RGPP devrait se traduire par la réduction nationale de plus de 4 000 policiers, ce qui risque d'annuler l'augmentation de 5,6 % des effectifs globaux entre 1989 et 2009. Les chiffres sont"stratégiques", avance-t-on au ministère où l'on craint d'apparaître en opposition avec un discours de fermeté sur la sécurité. "Il n'y a jamais eu autant d'effectifs en Seine Saint-Denis, c'est historique", défend l'entourage du ministre.

Avec 4 823 policiers en sécurité publique, hors police judiciaire, le département est sans doute l'un des mieux lotis de France. La répartition des policiers se fait selon dix critères dont le nombre d'habitants, la superficie, les chiffres de la délinquance. Avec près de 1,5 million d'habitants en 2008 sur 236 km2, la Seine Saint-Denis arrive au premier rang des atteintes volontaires à l'intégrité physique : 18,6 faits constatés pour 1 000 habitants en 2008, selon l'Observatoire national de la délinquance (OND) contre une moyenne nationale de 7,3 faits.

A population quasi équivalente, les Hauts-de-Seine arrivent juste derrière avec 4 791 fonctionnaires de police. Sauf que la délinquance y est bien moins élevée : 8,1 atteintes volontaires à l'intégrité physique pour 1 000 habitants. Le Val-de-Marne (1,3 million d'habitants) compte pour sa part 3 381 fonctionnaires.

Paris, absorbait jusqu'ici une grande partie des moyens policiers. Mais les trois départements de la petite couronne font désormais partie de la grande police d'agglomération pilotée par la préfecture de police de Paris. Et cette nouvelle organisation, qui abolit la frontière du périphérique, devrait libérer des effectifs.

Le paradoxe, en Seine-Saint-Denis, est que ce département concentre les dernières expérimentations policières : création, en 2008, des premières Unités territoriales de quartier (UTEQ), de la première compagnie de sécurisation, du premier "groupe cité" de la police judiciaire chargé de lutter contre les trafics… Malgré cela, sur le terrain, habitants et élus ne ressentent pas la différence.

Isabelle Mandraud 

Publié dans 93 - Seine Saint Denis

Commenter cet article