Une gouvernance efficace et collective, par Laurent Batsch

Publié le par Association Grand Paris

TRIBUNE LIBRE I LE MONDE 02/10/09

Seule une autonomie renforcée des établissements peut concilier la démocratie locale et l'efficacité stratégique, et élever la qualité de l'une et de l'autre.

L'autonomie stratégique exige une gouvernance efficace, tandis que la démocratie locale repose sur la collégialité des décisions. Pourquoi faudrait-il opposer les deux démarches, comme si la démocratie paralysait la décision, et comme si la bonne gestion supposait l'autocratisme ? Croit-on que l'efficience organisationnelle à l'université puisse se définir par le renforcement du pouvoir du chef d'établissement ? Et peut-on ignorer que l'activité académique met en jeu des compétences spécifiques qui échappent à des oukases hiérarchiques ? Dans aucune organisation, un processus de décision ne fait l'économie du temps de l'élaboration collective. Quel changement organisationnel important s'opère sans prendre appui sur l'explication et la conviction ?

Certes, la démocratie sert volontiers d'étendard aux conservateurs pour que rien ne change. Ce n'est pas une raison pour négliger le nécessaire équilibre des pouvoirs. L'efficience de la gouvernance d'un côté et la collégialité des décisions de l'autre doivent progresser ensemble. Et l'autonomie est leur socle commun.

Avec l'autonomie, en effet, il devrait être permis à chaque communauté universitaire de concevoir des évolutions pour elle-même et d'expérimenter des solutions propres. L'autonomie des universités n'est pas un nouveau "régime national", elle doit aller jusqu'à la possibilité de différencier les modes de gouvernance, de sorte que la pratique de chaque établissement serve aux autres. L'autonomie, par définition, ouvre sur la différenciation, en même temps qu'elle permet au système d'évoluer par expérimentation. Aucune proposition évoquée ici n'a la prétention de s'inscrire dans un projet national. Simplement, il est permis d'imaginer un autre mode d'organisation universitaire (inspiré éventuellement de pratiques éprouvées ailleurs) et de souhaiter une autonomie étendue jusqu'au choix de la gouvernance.

Injection de cadres

Il n'est pas de bonne gouvernance sans l'appui de compétences. Les délibérations des instances élues doivent être portées par un appareil administratif et technique de haut niveau. La plupart des universités sont en grand besoin d'encadrement opérationnel. Une injection massive de cadres s'impose, par redéploiement des administrations centrales et des autres établissements publics.

Un conseil d'administration (CA) ayant une vocation stratégique ne devrait pas dépasser une vingtaine de membres. Les personnalités extérieures, auxquelles la loi sur l'autonomie des universités (LRU) a donné une représentation significative, devraient participer à l'élection du président : il n'y a pas de responsabilité plus éminente pour le membre d'un CA que d'en élire le président. Priver les personnalités extérieures de cette responsabilité, c'est d'emblée les mettre en position de relégation.

Allons plus loin : le CA pourrait élire son président parmi les personnalités extérieures, et désigner parmi les enseignants-chercheurs un recteur exerçant la direction exécutive.

Un grand conseil, où les parties prenantes de l'établissement auraient voix au chapitre, traiterait des questions d'intérêt général concernant la communauté de travail et éclairerait le CA : ce "chapitre" pourrait compter une soixantaine de membres, enseignants-chercheurs, étudiants, agents.

A côté de ces deux assemblées pourraient se maintenir le conseil scientifique et se créer un conseil de la formation prenant la succession de l'actuel conseil des études et de la vie universitaire (CEVU). Au sein d'une direction collégiale, la gestion des carrières des enseignants-chercheurs serait confiée à un doyen du corps professoral, élu à cette fin. Il aurait en charge d'élaborer et de garantir les règles de définition de service avec chaque individu, d'élaborer les contrats individuels et d'animer les instances d'évaluation.

Des assemblées représentatives de chaque discipline scientifique, assez larges pour restituer une vision d'ensemble de l'évolution de chaque champ disciplinaire, seraient également instituées. Ce dispositif n'est pas bouleversant, et l'esprit qui l'anime compte autant que son architecture. Son ambition est de combiner un pilotage stratégique plus efficace et une collégialité académique mieux affirmée. La conduite d'une stratégie d'établissement exige une organisation réactive et concentrée, et une structure de décision rapide. Mais la responsabilité académique ne se délègue pas et ne se dilue pas.

Une gouvernance rénovée peut contribuer à harmoniser démocratie locale, efficacité fonctionnelle et développement stratégique. Et donner à nos établissements davantage d'énergie collective, dans une compétition internationale très exigeante.


 

Laurent Batsch est président de l'université Paris-Dauphine. 
 

Commenter cet article