Le Grand Paris met le feu à l'Ile de France

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I PARIS MATCH 07/10/09 I Sylvie Santini

A cinq mois des régionales, Jean-Paul Huchon, président PS de la région Ile-de-France, menacé par deux candidates, l'UMP Valérie Pécresse et la Verte Cécile Duflot, est aussi atteint dans ses prérogatives par le projet de loi Grand Paris qui donne les pleins pouvoirs à l'Etat.

Je ne suis pas très polémique d'habitude, mais là »... Estomaqué, Jean-Paul Huchon. Tourneboulé par ce tour de passe-passe qui permet à une « société du Grand Paris » de forger une nouvelle double boucle de métro autour de la capitale, dite le Grand Huit, et de préempter le foncier dans le périmètre des quarante gares envisagées sur le trajet. Le projet de loi, signé Christian Blanc, secrétaire d'Etat à la région Capitale, a été validé, « durci » même, selon Huchon, par l'Elysée, malgré une vaine tentative de François Fillon, la semaine précédente, de l'amender dans un sens plus conciliant pour les collectivités territoriales.

Un vrai casus belli pour le président de région : « Ce projet a tout faux ! C'est un déni de démocratie et un recul sur les lois de la décentralisation, à contre-courant du chemin emprunté par tous les pays d'Europe, qui donnent, au contraire, de plus en plus de pouvoirs aux régions. C'est en outre un simple précipité, très ­réducteur, de l'am bition que portait le projet présidentiel du Grand Paris – ni les architectes ni les urbanistes n'ont voix au chapitre ; c'est enfin sans aucun rapport avec ce que les Franciliens attendent ! »

Selon lui, ce que veulent les habitants, c'est « un réseau plus fiable en matière de sécurité, un RER et une ligne 13 qui marchent normalement ». Ils attendent aussi une liaison « de banlieue à banlieue ». Et de brandir l'Arc express, le projet de métro circulaire porté par la région, qui, lui, aurait l'avantage de « desservir des zones urbanisées et habitées », et non les « champs de patates » que représentent encore, selon Huchon, les pôles de développement du Grand Huit : Saclay, Orly, Roissy ou Le Bourget. Il fonctionnerait, en outre, dès 2017, et non en 2035, comme celui de Christian Blanc. « De toute façon, mon réseau est lancé, la région peut le financer, il se fera. »

HUCHON PART EN GUERRE : « NON À UNE RECENTRALISATION ARCHAÏQUE ET RÉGALIENNE ! »

Quelques jours plus tôt, autre agression caractérisée aux yeux des élus franciliens, un amendement a transféré les actifs du Stif (Syndicat des transports d'Ile-de-France) à la RATP. Manière de redorer le bilan de la Régie, déficitaire, et – avance Huchon – de « la rendre attractive pour une privatisation »... Un « hold-up ordinaire », qui prive la région de ses capacités d'emprunt, selon son président sortant.

Huchon part en guerre. Contre « cette recentralisation archaïque, napoléonienne et régalienne ». Et il ne se sent « pas tout seul ». Bertrand Delanoë est « très remonté », dit-il. Les conseils généraux, de gauche comme de droite, sont contre, les maires de l'association Paris métropole aussi, selon lui, « et même le Medef, qui voudrait que le schéma directeur de la région soit enfin adopté ». Jean-Paul Huchon va jusqu'à lancer une accusation de collusion d'intérêts : « Tant d'acharnement à s'approprier l'espace, seule vraie richesse territoriale, ne peut que recouvrir des visées spéculatives permettant à de grands groupes, habitués des commandes publiques, d’accroître encore leurs bénéfices. » Du pur Besancenot dans la bouche de ce représentant de la gauche tempérée...

« De toute façon, il y aura des avanies, le projet ne passera pas avant les régionales. Et si ma majorité est reconduite, il sera difficile d'imposer une loi aussi agressive. » Sera-t-elle reconduite ? L'Ile-de-France, joyau des vingt régions détenues par la gauche, est aussi l'une des plus menacées. Paradoxe : en réduisant les pouvoirs de son président sortant, l'Elysée rogne également les ailes de celle qui défendra les couleurs de l'UMP dans la campagne...


LE GRAND PARIS MET LE FEU À L’ILE-DE-FRANCE

 

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