La centralisation fait son grand retour

Publié le par Association Grand Paris

presse i liberation 06/10/09 I Par ALAIN AUFFRAY

Les élus locaux, mis à l’écart par Christian Blanc, s’opposent au droit de préemption par l’Etat.

Christian Blanc ne se lasse pas de décrire la capitale comme«l’une des quatre villes monde de la planète», aux côtés de New York, Londres et Tokyo. Une façon de poser comme une évidence que pour faire entrer cette métropole «dans l’après-Kyoto», il faut déroger au droit commun, au risque de heurter les élus locaux. Lesquels accusent l’exécutif de piétiner sans vergogne les acquis de la décentralisation.

Henri Guaino, théoricien du Grand Paris, auteur de nombreux discours sur le sujet et conseiller spécial du chef de l’Etat, avait anticipé cette critique. Tout en se déclarant partisan d’une large concertation, Nicolas Sarkozy a indiqué à plusieurs reprises qu’il ne laisserait pas «le projet s’enliser».

Le nouveau réseau de transport avec ses 40 gares est censé être réalisé dans un délai extraordinairement court de dix ans. Dans l’exposé des motifs de son projet de loi, le secrétaire d’Etat assure que «les défis actuels justifient les mesures d’urgence et d’exception». Il faut, écrit-il, «viser l’efficacité», à l’image de «ce que font les Britanniques pour la réalisation des JO de Londres».

A gauche, l’entreprise est violemment critiquée. Le président (PS) de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, dénonçait hier «une vision napoléonienne de l’urbanisme». A ses yeux, le Grand Paris se résume à «une opération aussi brutale de préemption sur 35 000 hectares». Candidat à sa propre succession, il se demandait si ce projet de loi qui «massacre les compétences des collectivités territoriales» ne vise pas, au fond, à«confier les chantiers aux majors du BTP».

Pierre Mansat, adjoint (PCF) au maire de Paris, est plus nuancé. Certes, il voit lui aussi dans ce projet «une atteinte à la décentralisation». Mais il note que, dans la dernière mouture du texte, «le droit de préemption s’exerce à travers le préfet, pas à travers la Société du Grand Paris, ce qui est un peu plus républicain».

Sur la question du droit de préemption, les élus de la majorité ne sont pas moins chatouilleux. Après avoir salué «un projet magnifique d’une grande ambition», le député-maire (UMP) de Meaux, Jean-François Copé, a rappelé que les maires entendaient rester «responsables de leur territoire». Il a prévenu que la question du droit de préemption serait certainement objet de débats et d’amendements. Le député-maire (UMP) de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), Henri Plagnol, a déjà fait savoir qu’il ne pouvait «voter en l’état» ce projet de loi qui impose, selon lui, la «densification forcée» des villes de proche banlieue.

Hier soir, François Fillon a entrepris de rassurer les élus locaux. Dans une lettre adressée aux présidents des conseils généraux d’Ile-de-France, à Jean-Paul Huchon et au maire (PS) de Paris Bertrand Delanoë, il garantit que le projet «ne se fera pas contre les élus mais bien en étroite collaboration avec eux». Il promet notamment que «les contrats de développement territoriaux, signés entre l’Etat et les collectivités concernées, seront à l’origine de tous les projets de développement urbains du Grand Paris». Les élus ne demandent qu’à le croire. Pour eux, le débat sur le Grand Paris ne fait que commencer.

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