Les députés déchirés par le redécoupage

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LIBERATION 06/10/09 I Par LILIAN ALEMAGNA

Circonscriptions. L’Assemblée va examiner la semaine prochaine le projet contesté d’Alain Marleix

L’opération charcutage électoral du secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Alain Marleix, est en passe d’être bouclée. Après dix mois de travaux et moult retouches, l’ordonnance devant entériner les nouvelles circonscriptions électorales pour les législatives de 2012 doit être ratifiée la semaine prochaine par les députés. Et vu l’ambiance d’hier lors de l’audition de Marleix devant la commission des lois de l’Assemblée, les noms d’oiseaux lancés par des députés lésés risquent de fuser. Qu’ils viennent des bancs PS, mais aussi de la majorité…

Pourquoi ce projet ?

Alain Marleix ne cesse de se justifier : il était devenu urgent de«remédier aux écarts démographiques» entre des circonscriptions législatives datant de 1986. Le Conseil constitutionnel menaçait d’ailleurs d’invalider les résultats des élections de 2012 si rien n’était modifié. Sur ce point, pas d’opposition au PS. On déplore simplement que «ce chantier difficile […]ait été mis en œuvre par l’expert électoral de l’UMP et non par une commission indépendante», a fustigé hier Bruno Le Roux (Seine-Saint-Denis), principal pourfendeur du projet au sein du groupe socialiste. Au final, 33 circonscriptions sont amenées à disparaître, 33 autres doivent être créées dont 11 pour les Français établis à l’étranger. Les circonscriptions de 22 autres départements seront modifiées.

redécoupage partisan ?

C’est la critique majeure des socialistes : le redécoupage avantagerait l’UMP. Si on applique les résultats des législatives de 2007 à la carte Marleix, «un seul groupe y gagne, c’est l’UMP avec + 20 députés !» a lancé Le Roux en commission des lois. Chiffres «sans aucun fondement» pour Alain Marleix, nombre de députés ayant été élus au premier tour en 2007. Mais les socialistes n’en démordent pas. Selon eux, avant le redécoupage, il fallait déjà 50,4% à la gauche pour avoir la majorité dans l’hémicycle. «Demain il faudra 51,4% !» s’est exclamé Le Roux.

manque de cohérence ?

C’est le point qui dérange une bonne part des députés. Y compris dans les rangs de la majorité : l’absence de «bon sens»dans les coups de ciseaux pratiqués. Elu dans l’Ain, l’UMP Etienne Blanc s’est plaint hier au secrétaire d’Etat de disposer d’une circonscription s’étalant avec la nouvelle carte de «150 km de long sur 2 km de large». Rire général dans la salle avant la réponse d’Alain Marleix : «Le député est un député de la nation, pas un gestionnaire de pays. Il faut bien que la population soit casée sur un territoire.» Pas sûr que cela convainque le député de l’Ain d’approuver ce nouveau redécoupage. Tout comme certains au Nouveau Centre, à l’image du député de Loire-Atlantique, Michel Hunault, qui, hier, a déjà donné rendez-vous au secrétaire d’Etat devant le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel pour trancher le «bon sens» et une certaine égalité dans ce redécoupage.

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