Peage urbain : les réticences parisiennes

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Enquête

Péage urbain : les réticences parisiennes

LE MONDE | 16.01.07 | 15h10 • Mis à jour le 16.01.07 | 15h10


le Plan de déplacements de Paris qui sera débattu par les élus parisiens les 12 et 13 février, porte sur l'hypothèse d'une fermeture, au moins partielle, de la voie Georges-Pompidou, l'aménagement d'une voie réservée (aux bus, taxis et voitures propres) sur le boulevard périphérique ou encore la limitation de la circulation automobile dans le centre de Paris. Mais nulle référence directe à l'instauration d'un "péage urbain".

Londres, Oslo, Stockholm, Singapour, ont limité, par ce moyen, l'accès à leur centre-ville. Milan devrait faire de même en mars 2007. A Paris, le sujet suscite, pour l'instant, de fortes oppositions. La proposition du premier ministre, Dominique de Villepin, le 13 novembre 2006, de "soumettre à la concertation" l'instauration d'un péage urbain à Paris a provoqué une opposition unanime, y compris à l'UMP.


Françoise de Panafieu, candidate de la droite pour les prochaines élections municipales dans la capitale, a estimé qu'"un péage aux portes de Paris n'était pas possible". Jean-Paul Huchon, président (PS) de la région Ile-de-France, s'est prononcé "résolument contre" jugeant qu'il s'agissait "d'une échappatoire de l'Etat" et "d'un aveu d'impuissance" sur le financement des transports en commun. Quant au maire de Paris, Bertrand Delanoë (PS), il a estimé qu'un tel dispositif mécontenterait les élus des communes voisines "de droite comme de gauche".


Huit jours après les déclarations du premier ministre, la direction régionale de l'équipement d'Ile-de-France (Dreif), a pourtant publié, dans le cadre de l'élaboration du nouveau schéma directeur, une contribution sur les déplacements en Ile- de-France, dans laquelle elle prend parti pour l'instauration d'un péage pour l'accès à la capitale. Pour Francis Rol Tanguy, directeur de la Dreif, cette question "ne doit plus rester taboue". Objectif pour la Dreif : réduire la circulation automobile et collecter des ressources pour accélérer le déploiement des transports collectifs.


"TECHNIQUEMENT SIMPLE"


L'ancien directeur de cabinet de Jean-Claude Gayssot avance deux scénarios : l'instauration, comme à Londres, d'un péage pour l'accès à l'hyper-centre ou bien d'un accès payant aux autoroutes franciliennes, dans la zone de la deuxième couronne délimitée par la A86. Le dispositif ne s'appliquerait, alors, qu'aux voies rapides. " Ce système est techniquement simple à mettre en place grâce au réseau de fibre optique déjà existant", assure M. Rol Tanguy. Ce péage, qui pourrait être étendu à tous les véhicules ou réservé aux poids lourds, générerait, selon la Dreif, une recette annuelle de 300 millions d'euros.


L'adjoint (Verts) chargé des transports à la Mairie de Paris, Denis Baupin, qui a toujours exprimé son hostilité à l'instauration d'un péage pour l'accès au centre de Paris ne rejette pas le scénario d'une taxation sur les axes autoroutiers, en priorité pour les poids lourds. "Je suis opposé au péage du type londonien que je trouve discriminatoire", déclare M. Baupin, qui se dit "favorable" aux autoroutes à péage autour de Paris "qui permettent de dégager des recettes pour les transports collectifs".


En France, il existe déjà des infrastructures payantes en milieu urbain : le tunnel du Prado-Carénage pour la traversée du Vieux-Port de Marseille, la transversale est-ouest du périphérique lyonnais, l'autoroute A 14, entre la Défense (Hauts-de-Seine) et Orgeval (Yvelines), ou encore le futur tunnel de la A86, le plus gros d'Europe, entre Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) et Versailles (Yvelines), dont la mise en service est prévue en octobre.


Autre difficulté : la législation. Si la mise en place d'un péage sur un axe routier est légalement possible, ce n'est pas le cas pour le péage de centre-ville. Lors du débat sur le transfert de la gestion des routes nationales aux départements, en 2003, le député (UMP) de Lyon, Christian Philip, soutenu par une majorité de députés de son parti mais également du PS, avait proposé de donner aux collectivités territoriales la possibilité d'instituer, dans les communes de plus de 100 000 habitants, une tarification des déplacements en ville. Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, avait, au nom du "maintien du pouvoir d'achat", retiré son amendement. "A cette époque, l'idée d'un péage urbain à la française n'était pas encore mûre", souligne M. Philip.


Quatre ans plus tard, la réflexion a évolué. Les résultats des expériences étrangères, qui ont permis une diminution de la circulation et l'amélioration des transports en commun, renforcent la détermination des élus favorables au péage. Pour ne pas être accusés de vouloir pratiquer une forme de discrimination par l'argent, certains défenseurs du péage de zone, en ville, proposent la création d'une carte "intermodale" qui serait obligatoirement acquittée par tous les citadins, qu'ils soient usagers des transports collectifs ou automobilistes. Objectif : inciter ces derniers à choisir les transports en commun. La recette, estimée sur une ville comme Lyon à 150 millions d'euros par an, servirait à renforcer l'offre du transport public.


"Nous sommes favorables à l'application rapide du péage urbain dans Paris", déclare Jean Sivardière, président de la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut), qui estime que "l'automobiliste doit payer ce qu'il coûte à la collectivité".


"Après le stationnement payant, le péage urbain n'est que la deuxième étape dans la gestion de la circulation en milieu urbain", rappelle Yves Crozet, qui dirige le master transport et logistique industrielle et commerciale de Lyon-II. "Ce n'est pas tant le problème de la pollution qui va nous obliger à instaurer des péages dans les villes, assure-t-il, mais l'obligation, sous peine d'asphyxie urbaine, de canaliser les déplacements." Avec le péage urbain, poursuit M. Crozet, l'infrastructure routière, l'un des derniers bastions du secteur non marchand, appliquerait, comme l'eau ou l'électricité, le principe de l'utilisateur payeur.


Dominique Buffier

Article paru dans l'édition du 17.01.07.

Publié dans Actualité Grand Paris

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