Métropole francilienne : osons le meilleur

Publié le par Grand Paris

Jean-Paul HUCHON tente de convaincre que le SDRIF élaboré sous la houlette de la Région IDF mérite d'être adopté, dans le bras de fer qui l'oppose désormais à l'Etat, tout en étant un peu à court d'arguments solides !...

[TRIBUNE LIBRE]


LE FIGARO - Publié le 04 août 2007


Par Jean-Paul Huchon, Président de la Région Ile-de-France.


Le sort de la métropole francilienne à l'horizon 2030 ne peut se résumer au devenir d'un pôle, fût-il le premier quartier d'affaires européen à la Défense, ou au taux de logement social d'un département, fût-il celui, ô combien crucial, de la Seine-Saint-Denis. Non, le projet d'aménagement du territoire régional ne peut être vendu par lot à l'encan : il est global ou il n'est pas.


Que peut-on comprendre des priorités de transport si l'on néglige pollutions et gaz à effet de serre ? Rien ! Que peut bien signifier le choix de la densification si l'on fait fi des réalités urbaines ? Pas grand-chose ! Que nous disent les chiffres de construction de logements s'ils ne sont pas corrélés à ceux de l'emploi ? Encore moins !


Prenons au hasard... l'exemple de la Seine-Saint-Denis. C'est le département francilien dont l'emploi a le plus progressé durant la période 2000-2005 : + 7 %, le département qui a capté 19 % de la construction de bureaux en Ile-de-France depuis 2000 contre 12 % à Paris, ou 10 % en Essonne, et c'est aussi le département qui affiche le taux de création d'entreprises le plus élevé en Ile-de-France.


Là comme dans toute la Région, il nous faut doubler le rythme de construction de logements. Pourquoi ? Parce que le développement de l'emploi s'y fera à un rythme bien supérieur, et aussi parce que là se trouve un gisement insoupçonné : le nord et l'est du coeur d'agglomération concentrent aujourd'hui les potentialités foncières et les espaces urbains en mutation les plus vastes de la région parisienne.


À condition bien sûr d'y soutenir ce développement économique et les transports collectifs. À condition aussi de ne plus y concentrer le logement social - de tous les départements, c'est celui où l'effort fixé par le projet régional est le plus faible - tout en veillant à le répartir autrement entre communes populaires et communes résidentielles. Parce qu'il n'y a pas que des cités dortoirs dans le « 93 »...


De cet exemple, pris parmi beaucoup d'autres, on comprend qu'il nous faut réparer les erreurs du passé : l'urbanisation déconnectée des réseaux de transport, les pôles d'emplois sans âme toujours plus éloignés des espaces de vie, les frontières administratives et autres « barrières d'octroi » sans rapport avec les réalités vécues. Et, plus difficile encore, préparer l'avenir ! Avec une question simple mais tellement complexe à mettre en oeuvre : comment adapter la civilisation urbaine européenne à l'heure des réseaux, des mutations productives et du changement climatique !


Aujourd'hui, chaque métropole européenne développe des projets urbains phares, de Thames Gateway à Londres au 22@ à Barcelone en passant par le projet Stadshavens de Rotterdam. Et l'Ile-de-France ne fait pas exception : des Batignolles au plateau de Saclay en passant par le pôle du Bourget, les docks de Saint-Ouen ou encore Seine-Amont-Orly, la Région déborde de projets... Mais peu de métropoles européennes ou mondiales ont l'opportunité que nous avons saisie de faire émerger un projet d'ensemble pour construire une métropole socialement et économiquement performante tout en étant résolument écologique.


L'Ile-de-France de 2030 que le conseil régional propose, et avec lui les grandes collectivités franciliennes, les acteurs de l'aménagement, les urbanistes, les citoyens aussi, est une métropole d'un seul tenant associant Paris, la banlieue et les villes nouvelles, organisée en cinq faisceaux à partir des grands axes de transports et de nos pôles économiques internationaux. C'est une agglomération nécessairement dense car là est notre héritage, mais aussi la clef de notre avenir : les déplacements y sont simplifiés, les capacités d'innovation et de création y sont démultipliées, les grands services publics y sont accessibles. C'est une ville à vivre avec sa ceinture verte, ses nouveaux quartiers écologiques, ses corridors verts, en symbiose avec les vastes espaces forestiers et agricoles franciliens. C'est, enfin, une communauté solidaire où élever ses enfants, accueillir de futurs Franciliens venus du monde entier ou, tout simplement, bien vieillir.


Ce que je défends là, c'est un pari métropolitain qui rompt avec des décennies de logiques cloisonnées et de ségrégation territoriale, qui engage une véritable révolution des transports régionaux et de l'urbanisme et qui exige aussi des évolutions institutionnelles et fiscales.


Bien sûr, ce projet impose des arbitrages locaux pour lesquels il faut convaincre. Certainement, ce projet contrecarre des logiques de fiefs toujours dangereuses à affronter. Forcément, ce projet est coûteux et exige un investissement public sans précédent. Vous l'aurez compris, une véritable bataille politique est engagée autour de l'aménagement de la région parisienne.


Après plus de deux années de débats et de négociations, nous sommes enfin près d'aboutir et, surtout, de passer à l'action. Nous, c'est-à-dire le conseil régional, Paris, une majorité de conseils généraux, la plupart des grandes villes d'Ile-de-France et nombre d'acteurs et d'urbanistes. Alors, quelles que soient les tentations autoritaires ou les grandes et les petites manoeuvres préélectorales, nous restons ouverts à toutes les propositions de bonne volonté, mais nous ne laisserons pas mettre en péril le devenir métropolitain dont nous avons collectivement la responsabilité. L'avenir de l'Ile-de-France vaut mieux que de médiocres préparatifs d'artillerie pour une élection municipale où on tenterait sans succès d'opposer Paris à la Région ou pour une élection régionale encore bien lointaine.


Publié dans Région Ile de France

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