Christian de Portzamparc : "La métropole implique de nouveaux modes de pensée"

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE MONITEUR  Propos recueillis par Nathalie Moutarde | 21/10/2009 | 15:42 | Profession

Questions au président de l'Association des dix architectes du Grand Paris, suite à l'adoption du projet de loi sur l'avenir de l'agglomération parisienne.

Le Moniteur : Que pensez-vous du projet de loi sur le Grand Paris ?

Christian de Portzamparc : Nous avons surtout, pour le moment, indiqué à Christian Blanc, rencontré à plusieurs reprises, que le Grand Paris ne pouvait se résumer à un projet de transport, même si les transports sont fondateurs de la ville. Pleinement d'accord avec nous sur ce point, le secrétaire d'Etat a proposé que le préambule de la loi explique que ce premier texte ouvre une démarche d'urbanisme d'ensemble. Il nous semble important que l'avant-propos annonce cet état d'esprit. Ce projet de loi constitue un premier pas.
Les choses auraient pu se dérouler autrement, s'organiser en débat les uns avec les autres. Mais l'urgence a conduit chacun à travailler en parallèle. Sur la question du métro automatique par exemple, Christian Blanc est plutôt favorable à un métro souterrain, qui évite les expropriations, alors que les architectes défendent l'idée d'un métro aérien. Après discussion, Christian Blanc nous a assuré que, là où ce sera possible, le métro sera aérien. Cette démarche peut apparaître comme n'étant pas encore sûre. Mais l'idée qui a dominé, même chez les plus sceptiques d'entre nous, c'est de se dire qu'il fallait poursuivre et avancer, même si ce n'est pas parfait, parce que l'immobilisme, face à la question cruciale de la métropole, est un danger.

LM : La création de l'association répond-elle à cette volonté de poursuivre le processus engagé avec la consultation internationale sur le Grand Pari(s) ?

CdP : L'association résulte de notre volonté de faire avancer les choses. La consultation internationale a déclenché un mouvement chez tous les acteurs concernés, et notamment chez les élus. Ces derniers savent que la question de la métropole est une question importante, impliquant de nouveaux modes de pensée. Certains ont conscience que cette grande région métropolitaine ne doit pas seulement être prise comme une addition de villes et de villages mais comme un ensemble. La consultation a permis, pour certains, de raisonner le fait métropolitain comme un tout. Elle a aussi permis de créer une sorte de lieu où a pu se mener une réflexion sur l'aménagement en oubliant les chapelles politiciennes. Nous ne voulons pas que la dynamique créée s'éteigne. Il y va de l'avenir du Grand Paris.
La création de l'association répond aussi à une demande de Christian Blanc. Il a souhaité que nous nous regroupions pour continuer le processus d'élaboration et de réflexion auquel pourraient être associés l'Apur et l'IAU. Christian Blanc veut avancer vite mais en même temps dialoguer.

LM : L'association préfigure-t-elle l'atelier international du Grand Paris ?

CdP : Elle constitue une première étape, indépendante toutefois. L'atelier international viendra dans un second temps en intégrant les élus.

LM : Quels sont les projets de l'Association des architectes ?

CdP : Aujourd'hui, nous en sommes à un stade embryonnaire. L'association n'a pas été facile à créer car nous ne sommes pas tous sur des positions semblables. Il y a des divergences entre nous. Nous pensons cependant devoir parler presque d'une seule voix pour organiser les suites souhaitables.
Nous sommes par ailleurs confrontés à la difficulté de savoir comment passer à l'opérationnel. Nous sommes en train d'examiner tous les aspects juridiques de cette question. L'Etat ne peut nous confier que des missions d'ordre général, dans le cadre de consultations « recherche et développement ». Dès lors qu'il s'agit de projets localisés, les villes concernées doivent lancer des appels d'offres. Ce projet de Grand Paris se fera avec les élus. Mais le projet de loi constitue une complication. Certains maires s'insurgent, ne veulent pas se voir imposer une gare, un métro... De notre côté, nous voudrions éviter que cet enjeu majeur de l'aménagement devienne l'otage d'un débat électoral. La question de la métropole ne renvoie en rien à un débat droite-gauche. Le projet du Grand Paris, c'est permettre de vivre mieux, faire en sorte que cette métropole ne soit pas ségrégationniste, s'approcher des critères de la métropole de l'après-Kyoto... et garder en tête que la vie économique de la France et de l'Europe a besoin que cette métropole soit productive. Et il faut aller vite.

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