Collectivités : "La réforme Sarkozy est populiste et politicienne"

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE MONDE 20/10/09

icolas Sarkozy s'est défendu, mardi 20 octobre, de diminuer le pouvoir de la gauche dans les territoires, lors de la présentation de sa réforme des collectivités territoriales. Dans un discours prononcé à Saint-Dizier (Haute-Marne), le chef de l'Etat a estimé que les socialistes lui faisaient un "procès d'intention". "Comme si la droite et la gauche n'avaient pas vocation, l'une comme l'autre, à diriger les collectivités locales", a-t-il ajouté. (Lire l'article : Réforme des collectivités territoriales : M. Sarkozy veut rassurer)

Le chef de l'Etat a appelé la gauche à voter sa réforme, prenant exemple sur l'attitude "bipartisane" que cherche à incarner Barack Obama aux Etats-Unis. Mais les socialistes sont fermement opposés à la volonté affichée de Nicolas Sarkozy d'assouplir le "millefeuille territorial". (Lire : Les principaux points de la réforme)

Contacté par Le Monde.fr, Claudy Lebreton, président (PS) de l'Assemblée des départements de France, dénonce une réforme "populiste", sur le thème "les élus coûtent cher". "L'objectif de Sarkozy c'est de faire passer les socialistes pour des ringards, des conservateurs, mais aujourd'hui, il s'en prend profondément aux libertés locales", souligne-t-il. 

Jean-Louis Bianco (PS), député et président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence, a lui aussi critiqué, sur RMC, "une réforme stupide, illisible, impraticable". "Il parle du millefeuille, de la complexité de nos collectivités locales, mais il en rajoute deux couches : les métropoles qui vont être d'immenses machins [et] les pôles métropolitains", assène-t-il. Pour Claudy Lebreton, la réforme Sarkozy conduit nécessairement à une "fusion entre les départements et les régions". Et risque d'affaiblir la gauche dans les territoires.

"PERMETTRE À LA DROITE DE REGAGNER LES ÉLECTIONS LOCALES"

Car les socialistes craignent que cette réforme ne serve de prétexte à déshabiller les pouvoirs locaux, très majoritairement tenus par la gauche. La plupart des grandes villes, plus de la moitié des départements et 20 régions métropolitaines sur 22 sont dirigés par le PS et ses alliés.

L'annonce de cette réforme intervient alors que les socialistes dénoncent déjà un redécoupage électoral plutôt favorable à l'UMP. (Lire l'article : La gauche aura besoin de plus de voix que la droite pour obtenir une majorité de députés). La refonte des collectivités ne serait donc que la deuxième phase du "bouclier électoral", selon l'expression de Jean-Marc Ayrault, patron des députés PS.

Une analyse partagée par François Rebsamen, pour qui "ce projet de loi vise véritablement à réduire le nombre de collectivités gérées majoritairement par la gauche". Claudy Lebreton souligne que cette réforme, ajoutée au redécoupage électoral, est "une réforme politicienne, pour permettre à la droite de regagner les élections locales". Il souligne que le mode de scrutin choisi pour l'élection du conseiller territorial est profondément injuste pour la gauche : "C'est comme si, dans un 400 mètres, le coureur de droite n'avait pas de haies, et celui de gauches, si."

Le président de l'ADF a bon espoir de pouvoir convaincre les Français des aspects négatifs de cette réforme. "Sur le terrain, les élus de centre droit sont, eux aussi, inquiets, et ils sont nombreux à être vent debout contre la réforme", assure-t-il, plaidant lui aussi pour "dépasser les clivages partisans sur la question". Ce qui fait au moins un point d'accord avec Nicolas Sarkozy.

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