Grand Paris : l’inquiétude des architectes

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I JDD 24/10/09

Christian de Portzamparc et Antoine Grumbach répondent à Jean Nouvel après sa violente critique du "Grand Paris de Christian Blanc".

C’est une charge forte qu’a lancée Jean Nouvel cette semaine. "Le projet du Grand Paris est menacé de s’enliser dans la confusion", écrit le célèbre architecte dans une tribune publiée dans Le Monde mercredi… avant de réclamer sur France Inter le départ de Christian Blanc (Nouveau Centre), secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale. Le lauréat du prix Pritzker 2008 (l’équivalent du Nobel pour les architectes), qui a participé avec neuf autres équipes à la réflexion sur l’avenir de la métropole parisienne, considère que le "grand espoir" suscité par Nicolas Sarkozy est resté lettre morte.

"Où en sommes-nous? Nulle part", tempête-t-il, reprochant à Christian Blanc d’avoir transformé le beau rêve en un décevant tracé de "métro enterré" pour 2025. Quant au projet de loi sur le Grand Paris, qui doit être prochainement soumis au vote des parlementaires, il le juge "conflictuel", n’ayant "rien à voir" avec le travail des architectes. Il prône donc la création en "urgence" d’un "atelier du Grand Paris où l’Etat, la région, la Ville de Paris et les collectivités locales désigneront des représentants qui […] identifieront les propositions à retenir en vérifiant leur compatibilité et leur faisabilité." Jean Nouvel espère maintenant une "réaction du président de la République, une prise de conscience", précise-t-il au JDD. Christian Blanc, lui, ne souhaite pas réagir à cette attaque. "Ce n’est pas un émotif. Il reste calme et serein", assure son entourage.

"Le Grand Paris se résume pour l’instant à un métro automatique"

La sortie de Jean Nouvel embarrasse certains de ses confrères. "C’est une bonne chose que Jean Nouvel se soit exprimé, même s’il va un peu vite en besogne. Nous n’en sommes pas encore à demander que le secrétaire d’Etat soit démis de ses fonctions", confie Christian de Portzamparc. L’autre lauréat français du prix Pritzker (1994) préside l’association –créée début octobre– des dix architectes qui ont pris part à la consultation internationale. S’il n’est pas loin de partager le constat de Nouvel, de regretter lui aussi le "piétinement" du Grand Paris, il se montre plus diplomate.

'Il est vrai que jusqu’ici notre travail n’a pas été exploité. Le Grand Paris se résume pour l’instant à un métro automatique. Christian Blanc n’est pas très… communicatif. Pour autant, dire que tout est de sa faute est exagéré." De sa voix douce, Christian de Portzamparc tente de recoller les morceaux. Il pointe les "crispations entre les ministères, la région, Paris, les collectivités locales" exacerbées, selon lui, par l’approche des élections régionales. "Les architectes eux-mêmes ont fait un peu de langue de bois pour ne pas casser un processus en route", dit-il. Il se veut toutefois optimiste: "Christian Blanc s’est enfermé dans une logique industrielle d’ancien patron de la RATP. Il dit: 'Je veux mon train, le temps presse.' A vouloir faire seul et trop vite, on peut faire des bêtises. Je veux croire qu’il va réagir."

De son côté, Antoine Grumbach, l’architecte qui propose de penser le futur Grand Paris jusqu’au Havre, le long de la Seine, juge sévèrement la démarche de Jean Nouvel. "Il se met un peu trop facilement en colère. Si l’association des dix équipes d’architectes explose, il en portera la responsabilité." D’autant que Nouvel n’est pas tendre avec son "Paris-Rouen-Le Havre", qui a pourtant retenu l’attention du président de la République. "Jean Nouvel n’a pas compris mon projet, le seul qui prend en compte une réflexion macro-économique et géostratégique. Ses propositions sont très bonnes, mais n’abordent pas la question de la métropole. Il n’est pas urbaniste", souligne celui qui a reçu le Grand Prix national d’urbanisme en 1992.

Antoine Grumbach reconnaît des "erreurs de communication" et de la "précipitation" de la part du secrétaire d’Etat: "Il a laissé penser que le Grand Paris s’arrêtait à son métro automatique, alors que ce n’est que la première pierre. Parallèlement à son grand huit, il aurait fallu lancer d’autres chantiers. Je soutiens son projet de loi, mais il aurait dû l’appeler 'loi du Grand Paris 1'". Il concède "l’urgence" de la situation. Et met en garde contre une "politisation du débat""le Grand Paris doit être une grande ambition pour la France". Sur ce point, au moins, tout le monde est d’accord. dans laquelle s’enferrerait Jean Nouvel.  Car "le Grand Paris doit être une grande ambition pour la France". Sur ce point, au moins, tout le monde est d’accord.

Publié dans Actualité Grand Paris

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