Hébergement des sans-abri : le nouveau plan manque d'une ambition globale, par Nicole Maestracci

Publié le par Association Grand Paris

Ainsi les hivers se suivent et se ressemblent. Comme chaque année, les citoyens, relayés par les médias, vont se souvenir qu'il y a toujours autant de personnes sans abri sur les trottoirs ou dans les interstices de nos villes : des jeunes toujours plus nombreux, des familles, des personnes âgées, des personnes sans papiers qui fuient la guerre ou la misère, des malades, des travailleurs trop pauvres pour accéder au logement. L'émotion et la compassion seront au rendez-vous éphémère de l'actualité.

"Je veux que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement est une obligation humaine. Si on n'est plus choqué quand quelqu'un n'a pas de toit et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société qui s'en trouvera remis en cause." Le candidat Nicolas Sarkozy s'exprimait ainsi le 18 décembre 2006, à Charleville-Mézières. Et pourtant, rien n'a vraiment changé. Depuis deux ans, le gouvernement paraît avancer avec des semelles de plomb.

Comme chaque année, une circulaire organise selon l'intensité du froid l'ouverture d'abris ponctuels supplémentaires pour accueillir quelques jours, quelques nuits, ceux qui ne savent ou aller. Avec le retour inévitable à la rue en ligne de mire.

Sur le front du logement, la situation n'est guère plus brillante. La loi sur le droit au logement opposable (DALO) peine à être mise en oeuvre. Faute d'accompagnement, de nombreuses personnes ne parviennent même pas à faire valoir leurs droits. Et même parmi les ménages qui ont été désignés prioritaires par la commission de médiation, ils sont plus de 7 000 à ne pas avoir été relogés. Là aussi, faute de priorité politique affirmée, les préfets n'ont pas mobilisé toutes les possibilités que la loi mettait à leur disposition.

Pourtant, en novembre 2007, à la suite de l'installation des tentes par les enfants de Don Quichotte, une conférence de consensus montrait que la résolution de ces problèmes est à notre portée. L'ensemble des associations de solidarité y proposait des solutions jugées par tous réalistes et reprises notamment dans un rapport du député Etienne Pinte. Enfin, en janvier 2008, le premier ministre annonçait qu'il s'agissait d'un "chantier prioritaire".

Benoist Apparu, secrétaire d'Etat au logement, vient d'annoncer une réforme de l'hébergement d'urgence. Nous y avons travaillé. Une partie de nos propositions ont été reprises et nous voulons encore y croire. Mais, d'une part, nous savons que, pour réussir, une telle réforme doit pouvoir s'appuyer sur l'ensemble des ministères et sur un consensus des élus locaux. D'autre part, certaines réponses apportées ne sont pas les bonnes : on ne répond pas à une demande de professionnalisation et de renforcement des compétences de l'accueil des sans abri par la mobilisation de 2.000 jeunes volontaires....

Ce que nous voulons est pourtant simple, à partir d'un diagnostic aujourd'hui partagé :

- Evaluer les besoins réels sur chaque territoire en tenant compte de ce que disent et veulent les personnes concernées. Il ne sert à rien de créer des places d'hébergement où les sans-abri ne veulent pas aller.

- Assurer un accueil inconditionnel de ceux qui le demandent,et aller au-devant des personnes à la rue et leur proposer des solutions sans attendre qu'elles formulent une demande. Les personnes qui vont le plus mal ne demandent plus rien.

- Proposer, chaque fois que c'est possible, d'abord un logement : c'est une condition indispensable, sinon suffisante, à toute insertion sociale, ce qui implique un effort de construction de logement accessible aux revenus les plus modestes.

- Offrir à tous un chez-soi, pas un lit de camp dans un dortoir, mais un lieu privé, avec une clé, pour se poser, le temps qu'il faut, et trouver en face de soi un travailleur social qui accompagne, qui identifie les problèmes et propose des solutions durables.

- Mobiliser, pour assurer un accompagnement social global aux personnes en grande difficulté, toutes les compétences nécessaires : médicales, sociales, professionnelles, juridiques. Il vaut inverser la logique qui veut que pour les personnes les plus en difficulté, on développe les plus faibles moyens et les politiques publiques les plus pauvres.

- Assurer la continuité de la prise en charge en désignant un référent coordinateur, évitant aux personnes en grande difficulté sociale de toujours devoir raconter son histoire, encore et encore, pour justifier son appel aux services sociaux.

- Admettre le droit au recommencement : le parcours d'insertion est souvent chaotique, fait de ruptures, de retours en arrière et de renoncement.

Tout cela suppose de fixer une ambition et des objectifs réalistes de résultats, dont les représentants de l'Etat sur chaque territoire devront être garants comme ils le sont dans d'autres domaines plus médiatisés comme la délinquance ou l'immigration clandestine. On le voit bien, pour les acteurs de l'action sociale que nous sommes, il ne s'agit pas d'une demande de moyens supplémentaires, même si nous savons qu'une telle réforme ne se fera pas sans moyens, au moins dans les premières années. S'occuper des personnes les plus en difficulté a certes un coût à court terme pour la collectivité. Mais le coût budgétaire et surtout social de la non-intervention est sans commune mesure.

Avant tout, ce que nous demandons, c'est une ambition politique, et celle-ci ne peut reposer sur un seul ministre. Un pays qui laisse une partie de sa population vivre dans des conditions humiliantes et indignes est un pays qui n'a pas d'avenir. Comme le disait très justement le président de la République en 2006, c'est tout l'équilibre d'une société qui est en cause. p


Nicole Maestracci est présidente de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars).

LE MONDE 12/11/09

Commenter cet article