« La Corée compte déjà une cinquantaine d'écocités »

Publié le par Association Grand Paris

SASKIA SASSEN PROFESSEUR À L'UNIVERSITE DE COLUMBIA DE NEW YORK

  Existe-t-il un modèle idéal en termes d'urbanisation durable ?

Il n'existe pas de modèle unique. La conversion au développement durable des grandes villes présente plus de défis pour celle des villes de taille moyenne, mais certaines mégapoles présentent de bonnes caractéristiques pour être converties : Londres, par exemple, du fait de son peu d'immeubles de grande hauteur, de son extrême densité en lieux de travail et de la multiplicité des voies d'accès à la ville, qui facilite les transports en commun. De même, Mexico a l'avantage d'être composée de pôles multiples, tous d'une hauteur moyenne. Par ailleurs, outre cette dimension urbanistique, il faut développer l'usage de matériaux de construction plus naturels ou innovants.

Certaines recherches actuellement menées sont issues de la biologie, notamment pour l'adjonction dans les murs de bactéries assurant une meilleure isolation. Enfin, l'urbanisation durable, c'est aussi favoriser l'approvisionnement régional des villes en énergie, nourriture, etc.
Et le modèle à fuir ?

Celui à base de gratte-ciel, incarné par Dubaï et par Shanghai, les deux villes qui ont constitué le modèle à la mode jusqu'à la crise. Au-delà d'une certaine hauteur, outre que l'ingénierie de construction devient très chère, les immeubles nécessitent de nombreux systèmes rendant leur fonctionnement artificiel, tout comme ceux que leur base trop large prive d'une ouverture suffisante sur l'extérieur. Une simulation de la Nasa a montré qu'une ville en hauteur confrontée à une défaillance du système de distribution électrique n'était plus viable passé le cinquième jour de panne… Par ailleurs, une ville en hauteur offre moins de surface de bâtiments pour développer l'énergie solaire.
Les projets d'éco-cités semblent se multiplier…

Aujourd'hui, il n'y en a ni aux Etats-Unis ni dans la majorité des pays de l'Europe. En revanche, la Corée, par exemple, compte déjà une cinquantaine d'éco-cités. Dans le golfe Persique, Abu Dhabi est conscient des dangers du modèle de Dubaï et prend le contre-pied en développant un prototype d'éco-cité. Cela dit, la crise a remis en question certains projets, notamment en Chine, où celui d'une éco-cité sur l'île au large de Shanghai est à l'arrêt faute de financement.
PROPOS RECUEILLIS PAR MYRIAM CHAUVOT, Les Echos 05/11/09
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