La mise en garde de Fillon aux élus locaux

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE FIGARO 15/10/09 Bruno Jeudy

Jeudi à Matignon, le premier ministre a ouvert la conférence nationale des exécutifs. Crédits photo : Le Figaro

Le premier ministre répond aux accusations de remise en causede la décentralisation.

Le face-à-face entre le premier ministre et les représentants des collectivités territoriales a tourné au dialogue de sourds. À l'issue d'une réunion de trois heures, François Fillon a annoncé que le gouvernement ne reculerait pas sur son projet de modernisation des collectivités locales et surtout de suppression de la taxe professionnelle. Des projets très critiqués à gauche mais aussi à droite. «Le gouvernement sera inflexible sur deux choses : pas d'immobilisme et pas de ­fausse réforme. On ne va pas recréer une nouvelle taxe professionnelle parce que d'amendements en amendements et de suggestions en suggestions, cela nous serait proposé», a averti le premier ministre.

Au passage, il a qualifié cet impôt auquel sont soumises les entreprises de «bricolage monstrueux». Le projet de réforme du millefeuille administratif sera donc bien présenté mercredi prochain en Conseil des ministres et transmis au Sénat avant la fin de l'année.

Entouré de quatre de ses ministres, François Fillon a jugé normal le «débat» suscité par les projets gouvernementaux. Il a résumé la philosophie de sa politique en une question : «Comment doit diminuer la dépense publique dans les dix années qui viennent ?» Avant de lancer cette mise en garde : «Si nous n'y arrivons pas dans un délai raisonnable, les ajustements seront violents.» Car le premier ministre en est convaincu : avec sa réforme, il veut épargner à la France le risque de «déclassement». Il a répondu aux critiques des présidents de région de gauche qui dénoncent, selon la formule de Jean-Paul Huchon, la «destruction des contre-pouvoirs». «Toutes les régions ne sont pas condamnées à être éternellement de gauche», a riposté Fillon, qui a qualifié l'attitude de ses interlocuteurs régionaux «plus politique et plus idéologique que technique». Il a, en revanche, salué «l'esprit constructif» de l'Association des maires de France et des représentants des départements.

Dans la cour de Matignon, le ton était moins courtois. Président de l'Association des départements de France, Claudy Lebreton (PS) s'est montré résigné : «Je suis parti car j'en ai assez entendu. Le président et le gouvernement sont en train de déconstruire la décentralisation.» À Matignon, on dément que les élus aient claqué la porte. Le président de la région (PS) Aquitaine, Alain Rousset, a néanmoins lancé une lourde charge : «L'État s'est vidé les poches, il nous fait les nôtres maintenant.» Dénonçant un texte «meurtrier» pour la décentralisation, Alain Rousset a rappelé que «les collectivités territoriales représentent 75 % des investissements publics et que dans la crise elles ont investi trois fois plus que l'État».

Pour François Fillon, cette critique d'un État qui viderait les poches des collectivités est «infondée». Car c'est justement l'État qui s'endette pour «apporter des financements» aux collectivités. Avant d'en appeler à l'esprit républicain : «Nous sommes collectivement responsables de cet endettement.»

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