La région capitale est devenue un champ de bataille politique

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE FIGARO 08/10/09 I Sophie de Ravinel

De gauche, bien sûr, mais aussi de droite, les élus locaux craignent les tentations supposées de l'Etat de porter atteinte à la décentralisation. Sur fond de campagne pour les régionales, le combat est âprement mené.

Nicolas Sarkozy voulait que le Grand Paris soit l'incarnation «du Vrai, du Beau, du Grand». Dans son discours du 29 avril à la Cité de l'architecture, le président de la République rêvait aussi «de la citoyenneté, du lien civique, du lien social, de la convivialité et de la solidarité». Pour le moment, l'espace francilien est surtout un vaste champ de bataille politique. La rédaction du projet de loi a suscité de vives tensions au sein du gouvernement (nos éditions d'hier). Une première étape a été franchie hier avec l'examen du texte en Conseil des ministres. Mais entre le gouvernement et les élus franciliens - socialistes bien sûr, mais aussi de droite -, le débat politique est loin d'être achevé. Les élus locaux s'élèvent contre les tentations supposées de l'État de porter atteinte à la décentralisation ; ceux de la grande couronne se méfient des ambitions hégémoniques de Paris… Piment : la bataille est menée en concomitance avec la campagne des régionales pour laquelle chacun fourbit ses armes.

«Ils ne se rendent pas compte, mais s'ils continuent à passer en force, ils vont s'enfoncer dans un urbanisme de guérilla», a prévenu Jean-Marie Le Guen. Député PS du XIIIe arrondissement de Paris, il croit au Grand Paris. «Passionné» par le travail des architectes, il ne veut pas «que ce projet ambitieux s'enlise» mais s'inquiète de «l'absence de concertation avec les élus» qui «fera forcément réagir les habitants».

 

La Gauche demande le retrait du projet de loi

Certes, les leaders de la gauche francilienne, le maire de Paris Bertrand Delanoë et le président de la région Jean-Paul Huchon, ont respectivement dénoncé hier une volonté de «reprendre la main sur les territoires stratégiques sans aucune vision cohérente» et «demandé au gouvernement» le retrait du projet de loi, suivi de «l'engagement dans les plus brefs délais d'une réelle concertation». Mais des élus de droite ont aussi joint leur voix au concert. Maire UMP de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), le député UMP Henri Plagnol a prévenu : «Si le projet devait rester ce qu'il est», il ne le votera «pas». «Il est choquant, a-t-il estimé hier, que l'État prétende passer en force et profite de l'occasion pour dessaisir les maires d'une partie de leurs compétences.» Henri Plagnol craint de voir sa ville se densifier autour de la gare prévue sans qu'il puisse faire jouer son droit de veto. Pour le maire qui soupçonne «les ingénieurs d'État» de vouloir «reprendre la main» sur l'Ile-de-France , «il en va du cadre de vie des habitants». Ce député, avec d'autres, est invité à dîner ce soir chez Blanc. Élu de Seine-et-Marne et patron des députés UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé tempère. «On est sur un beau projet.» Il promet qu'il n'y aura «pas de levée de boucliers» à l'Assemblée lors de l'examen qui, selon Christian Blanc, aura lieu «fin novembre». Mais il prévient aussi : «On n'est plus à l'époque de Delouvrier avec un État qui préempte et qui exproprie.»

Certains élus de gauche se veulent pourtant pragmatiques. Député PCF et président de la communauté d'agglomération de Plaine Commune (Seine-Saint-Denis), Patrick Braouezec «refuse la politique politicienne». Ce possible candidat aux régionales participe déjà aux travaux du cabinet de Blanc - ce qui lui vaut la critique d'Huchon, candidat lui aussi - et dit viser «l'intérêt de la population» . « Quand une opportunité se présente, il faut la saisir sans rien renier de nos principes et de nos valeurs», assure-t-il.


Publié dans Actualité Grand Paris

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