La revanche des infrastructures

Publié le par Association Grand Paris

TRIBUNE LIBRE I LES ECHOS 30/10/09
FELIX MARQUARDT EST PRESIDENT DE MARQUARDT & MARQUARDT ET ANCIEN DIRECTEUR DE LA COMMUNICATION DE L'« INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE ».
A l’heure où, dans le monde entier et aux Etats-Unis en particulier, les infrastructures reprennent leurs lettres de noblesse, j’invite les critiques du TGV à prendre place à bord de l’ACELA, le train « rapide » qui relie Boston à Washington en passant par New-York, Philadelphie et Baltimore. Excessivement lent, rarement ponctuel, inconfortable au possible et hors de prix, ce serait faire injure à notre Train à Grande Vitesse national que de l’appeler son parent pauvre. Qu’en 2009, le principal axe politico-économique de la première puissance du monde ne soit pas desservi par un moyen de transport ferroviaire digne de ce nom à de quoi laisser songeur.

Depuis le début de la crise, la France a quant à elle continué de fonctionner mieux que d’autres depuis le début de la crise. Sa meilleure résistance à la récession planétaire s’explique par son modèle social excessivement généreux, le fort taux d’épargne des ménages d’un pays qui, à deux reprises, a tout perdu au cours du vingtième siècle, le volontarisme de son gouvernement… Mais la qualité de ses infrastructures a joué un rôle prépondérant elle aussi.

La rentabilité des grands projets d’infrastructures n’est jamais à court terme. Il faut du temps pour les concevoir, il en faut pour les réaliser, pour les amortir, voire les rendre profitables ; cela demande une vision et du savoir-faire, mais aussi une vertu peu répandue sur les marchés financiers : la patience. Le sens du « temps long », pour paraphraser Braudel. Il faut dire qu’au pays de Colbert, de l’école des Ponts et Chaussées et des politiques de grands travaux, on a depuis longtemps fait le pari de miser sur des financements mixtes pour mener ces derniers à bien.

Le Club des Investisseurs de Long Terme fondé par la Caisse des Dépôts et Consignations, une autre institution bien française, connaît un essor considérable depuis sa création il y a quelques mois, avec des adhésions venues du monde entier : des fonds souverains du Golfe aux fonds de pension nordiques en passage par les Chinois et les Russes, on se dispute quasiment pour le rejoindre. Signe s’il en est que le monde a pris conscience que les grands projets d’infrastructure, dont la pérennité se mesure à 30, 40, voire 60 ans, ne peuvent être uniquement financés par le privé. Il n’est par un hasard non plus que sur pareils projets, la France soit systématiquement en avance sur les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, qui font moins appel aux financements publics et où bon nombre d’infrastructures sont désuètes, très lourdes en termes de coûts et consommatrices d’une quantité d’énergie de moins en moins compatible avec les impératifs du développement durable…

Mon métier consiste entre autres à aider des personnes physiques ou morales à acquérir une visibilité internationale et, jusqu’à une date récente, ma clientèle était presque exclusivement étrangère. En dehors de quelques originaux, les politiques et les dirigeants d’entreprise français se moquaient comme d’une guigne d’être cités dans le Financial Times, interviewés par CNN, portraiturés dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung ou de signer une tribune dans les pages éditoriales de l’International Herald Tribune.

Les temps ont changé


Et comme un bonheur ne vient jamais seul, alors que la France et ses dirigeants commencent à se soucier de ce qui se passe au-delà de ses frontières et de ce qu’on y dit de la France, un autre phénomène est à l’œuvre : le monde s’est mis à s’intéresser à la France. Rien n’est plus prisé depuis quelques temps, dans la presse anglo–saxonne, que de louer les mérites de son modèle social ou, pour en revenir au TGV, des ses infrastructures. Même lorsque c’est avec une moue dubitative, on regarde la France d’un autre œil.

La vieille dame éreintée et tant décriée jusqu’à peu se découvre, dans la crise et les remises en cause des schémas dominants, une énergie et des trésors de séduction insoupçonnées. Elle s’offre du même coup une seconde jeunesse. Certes, un pays dont les résultats sont systématiquement plus médiocres que ceux de ses voisins en période de croissance et qui va un peu moins mal qu’eux lorsqu’arrive la crise est loin d’être un modèle et de nombreuses réformes restent à accomplir, pour transformer que cette nouvelle perception du pays se transforme en réalité.

« America is back », disait naguère un candidat à la Maison-Blanche. Sortant de l’autarcie qui a caractérisé l’ère Miterrand et plus encore l’ère Chirac, c’est au tour de la France qui est de retour. Et, chose rare à ce jour, le monde en redemande.

Felix Marquardt
Ancien directeur de la communication de l’International Herald Tribune
Président de Marquardt & Marquardt, cabinet de communication stratégique spécialisé dans les relations internationales.
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