Nicolas Sarkozy veut marquer le territoire

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LIBERATION 20/10/09
Par ALAIN AUFFRAY
Le Président a présenté hier la réforme censée simplifier le partage des compétences entre régions, départements et communes.

Une population «exaspérée», des élus «ulcérés» : Nicolas Sarkozy n’avait pas de mots assez durs, hier à Saint-Dizier (Haute-Marne), pour démontrer qu’il est urgent d’en finir avec le grand «gaspillage» des collectivités locales. L’opposition a répliqué sur le même ton, qualifiant le projet dévoilé par le chef de l’Etat, et présenté ce matin en Conseil des ministres, de réforme «scélérate», «démagogique», «anachronique», «antidémocratique». Le débat parlementaire s’annonce particulièrement rude. A gauche, comme à droite, on promet d’en faire, au début de l’année prochaine, l’un des thèmes majeurs de la campagne pour les élections régionales.

Selon Nicolas Sarkozy, la clarification des compétences et la simplification du millefeuille administratif sont une nécessité absolue. Ne rien faire, ce serait rien de moins qu’«un déni de démocratie», car dans le système actuel l’électeur ne sait plus «qui fait quoi, qui dépense quoi, qui est responsable de quoi» dans les communes, intercommunalités, régions et départements.

Le «paquet législatif» présenté par le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, et par le secrétaire d’Etat aux Collectivités locales, Alain Marleix, renforce l’intercommunalité et fusionne les élus régionaux et départementaux. Préconisées dans le rapport Balladur, ces mesures sont censées permettre, en 2014, la clarification et la simplification de l’organisation territoriale.

Confusion. Si la réforme est nécessaire, c’est que les collectivités ne peuvent plus «rester à l’écart de l’effort de modernisation du pays», a assuré Nicolas Sarkozy. S’excusant de devoir dire des choses «désagréables», il a dressé un bilan calamiteux de trente ans de décentralisation. La confusion des compétences entre les différents échelons du millefeuille a favorisé «les surenchères, les saupoudrages, le clientélisme». Bilan : les collectivités ont créé 36 000 emplois en 2008 quand l’Etat en supprimait dans la douleur 35 000. Entre 2003 et 2007, les dépenses locales ont augmenté de 40 milliards d’euros «en dehors de tout transfert de compétence. […] C’est-à-dire cinq fois celui de la recherche», s’est emporté le chef de l’Etat.

Manifestement sans illusions, Nicolas Sarkozy a fait le vœu «utopique» que l’opposition ne manque pas ce «rendez-vous historique pour la décentralisation», comme la droite avait, à tort, manqué celui des lois Defferre en 1982. Mais les dirigeants du PS ne lui ont laissé aucun espoir sur ce point. Pour le maire de Paris, Bertrand Delanoë, le «véritable objectif» de la réforme est d’assurer à la droite une victoire aux municipales de 2014, grâce à l’instauration du mode de scrutin majoritaire «uninominal à un tour». Gérard Collomb, maire PS de Lyon, dénonce un «hold-up électoral».

Magouilles. Nicolas Sarkozy a répondu par avance à cette critique. Si le gouvernement propose de ne mettre en œuvre la réforme qu’en 2014, c’est précisément pour se mettre à l’abri d’un procès en magouilles électorales. «Nul ne sait ce que sera alors le paysage politique de la France», a fait valoir le chef de l’Etat.

Dans le périlleux débat parlementaire qui s’annonce, la majorité devra aussi compter avec l’opposition interne de ses élus locaux qui voient se profiler, non sans raison, un affaiblissement de l’échelon départemental. Pour leur faire entendre raison, le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, a promis de consulter dans les jours qui viennent les militants. Ils ne manqueront pas de se prononcer massivement pour la «simplification du millefeuille». Les dirigeants de la majorité espèrent que le vote des militants désamorcera la grogne des milliers d’élus que la réforme fera disparaître.

L’ex-Premier ministre socialiste Laurent Fabius propose, lui, de soumettre à référendum un texte qu’il juge «archaïque» et «contraire à la démocratie locale». Il a peu de chances d’être entendu. Nicolas Sarkozy a rappelé que le général de Gaulle, l’homme qui eut «l’intuition» du fait régional, a dû quitter le pouvoir quand les Français lui ont dit non.

 


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