Petite révolution territoriale

Publié le par Association Grand Paris

EDITO I LE FIGARO 20/10/09

Nicolas Sarkozy a donné le coup d'envoi de la réforme des collectivités territoriales. La gauche crie à la régression démocratique, à la mort de la décentralisation. C'est de bonne guerre puisqu'elle est à l'origine, avec Gaston Defferre, des lois qui ont desserré notre carcan jacobin en 1982. C'est logique puisqu'elle dirige actuellement la majorité des grandes villes, départements et régions de notre pays. C'est enfin inévitable puisqu'elle en tire une partie de ses financements.

Il n'est pas sûr que sa colère soit populaire et pertinente. Pour beaucoup de Français, la décentralisation, avec ses bataillons d'élus, ses enchevêtrements de compétences, ses majestueux hôtels de région ou du département, est synonyme d'abus. Sentiment sans doute excessif, mais qui contribue à la défiance vis-à-vis des élites, de la France d'en haut.

Donc, en présentant sa réforme avec des arguments chocs, le chef de l'État mécontente une partie du personnel politique, mais sait qu'il parle d'or pour de nombreux contribuables électeurs. Les impôts locaux, le nombre des fonctionnaires territoriaux et les dépenses des collectivités ont partout considérablement augmenté. Bilan à relativiser, car, dans le même temps, l'État a transféré certaines de ses charges. Néanmoins, en appelant à davantage d'ordre et d'économies d'échelle, Nicolas Sarkozy ne peut qu'être entendu des Français.

Est-ce un big bang territorial, ou pas ? Peu importent les formules. Si cette réforme dérange tant l'opposition et en perturbe quelques-uns à droite, c'est qu'elle va changer le visage politique de la France. La création de 3 000 conseillers territoriaux en lieu et place des 6 000 conseillers généraux et régionaux actuels constitue une petite révolution. La plus visible, la plus compréhensible parmi une série de propositions compliquées dont les parlementaires feront leur miel en séance de nuit. Entre eux.

Au-delà des joutes et des effets de manches, les Français, eux, jugeront la réforme à ses résultats. À l'aune de la qualité des services rendus. À l'aune, surtout, du montant des impôts locaux à acquitter. Beaucoup dépendra du dispositif destiné à remplacer la taxe professionnelle. Celle-ci était injuste pour les entreprises. Sa remplaçante ne devra pas l'être pour les particuliers...

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