RATP : la grève du RER rallume la guerre entre Mongin et Huchon

Publié le par Association Grand Paris

Toute occasion est bonne pour nourrir le conflit entre Pierre Mongin, le PDG de la RATP, et Jean-Paul Huchon, président du STIF (Syndicat des transports d'Ile-de-France) et président PS de la région Ile-de-France. Dernier épisode en date, la grève d'hier qui a paralysé le RER A - un million de passagers par jour - et le RER B - 800.000 usagers journaliers - en région parisienne. Le mouvement social a été très suivi, notamment sur la ligne A, où seulement un train sur dix a roulé hier, à l'initiative d'un préavis de syndicats de la RATP (CGT, CFDT, CFTC, FO, Indépendants, SUD et Unsa) portant sur les effectifs, la rémunération et le droit de grève.

La mobilisation a été moindre sur le RER B (un train sur 4 en circulation), mais le conflit sera reconduit aujourd'hui. Les syndicats de la SNCF et de la RATP se sont unis pour contester la mise en place d'une nouvelle organisation du travail pour les conducteurs des deux entreprises, qui auparavant se relayaient à la gare du Nord puisque les deux entreprises se partagent l'exploitation de la ligne. L'interopérabilité doit permettre dans les prochaines semaines aux conducteurs de rouler sur toute la ligne.

Devant cette mobilisation forte, Jean-Paul Huchon n'a pas hésité à dégainer, ciblant ostensiblement la RATP, alors que la SNCF était également concernée. « Force est de constater que[les agents], particulièrement à la RATP, ne sont pas satisfaits des conditions internes d'organisation du travail, ce qui engendre des grèves très pénalisantes pour les usagers », souligne-t-il dans un communiqué. Enfonçant le clou, le président du STIF cible précisément la direction de la Régie : « A l'heure où Pierre Mongin, PDG de la RATP, se félicite d'une augmentation de ses bénéfices nets (106 millions d'euros annoncés au premier semestre 2009, soit, + 16,3 %), je m'interroge sur la gestion sociale interne à l'entreprise. » Jean-Paul Huchon a également réclamé des compensations financières pour les usagers. La RATP a fait savoir hier qu'elle allait indemniser les usagers des lignes A et B.

Accrochages multiples

Les accrochages se sont multipliés ces derniers mois entre la Régie et le STIF. C'est d'abord le financement au printemps des nouvelles rames du RER A qui a posé problème, avant la crise survenue en septembre sur la détention des infrastructures du métro, finalement confiées au groupe public. « C'est un coup monté de la RATP ! », a dénoncé récemment Jean-Paul Huchon dans « Ville, Rail et Transports ».

Est-ce une mesure de rétorsion ? En tout cas, le STIF est aux abonnés absents depuis plusieurs semaines sur le prolongement du tramway parisien T3 vers l'est (« Les Echos » du 26 octobre). Celui-ci devrait logiquement revenir à la RATP, qui exploite le reste de la ligne. Mais Jean-Paul Huchon n'a jamais officialisé cette décision et ne semble pas pressé de le faire. Or il y a urgence : si rien n'est signé avant le 3 décembre, alors la nouvelle réglementation européenne sur la mise en concurrence entrera en vigueur, obligeant à repartir de zéro. Dans un bégaiement de l'Histoire, le groupe communiste d'Ile-de-France est venu hier au secours du gaulliste Pierre Mongin, réclamant à Jean-Paul Huchon d'attribuer avant le 3 décembre le T3 à la RATP.

R. HO., Les Echos I 09/11/09

Publié dans Transports

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