Un Havre d'enthousiasme pour le Grand Paris

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I 20 MINUTES I16.10.09 Envoyé spécial Au Havre, Alexandre Sulzer

Antoine Grumbach est un « homme heureux ». Il est celui qui a proposé à Nicolas Sarkozy, il y a quelques mois, que Le Havre devienne le port du Grand Paris. Et hier, l'architecte accompagnait le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, dans la ville normande pour installer un conseil de coordination interportuaire entre Paris, Rouen et Le Havre. Un comité de pilotage de la future ligne TGV - qui reliera Paris au Havre en moins d'une heure et quart - a aussi été créé. Antoine Grumbach s'étonne encore que huit cents Havrais soient venus l'écouter lors d'une conférence. « Et pas une seule critique ! »

Sur place, habitants et décideurs n'ont pas peur du projet. « Le Havre est une ville de province qui n'a aucun complexe vis-à-vis de Paris », décrypte Thierry Schwarz, directeur du collège Europe-Asie de Sciences-Po Paris qui s'est installé face au port il y a trois ans. « Nous sommes déjà une école du Grand Paris. Nous avons choisi Le Havre pour ses liens historiques avec l'Asie et sa proximité avec la capitale. » Face à l'école, les anciens docks à café viennent de se convertir en grande surface commerciale, et le parking moribond verra bientôt s'élever une tour de 100 m de haut, imaginée par Jean Nouvel : le Centre de la mer et du développement durable. Un renouveau tertiaire qui va dans le sens d'Antoine Grumbach, pour qui le port « ne peut plus se contenter de faire de la simple logistique de marchandises ». « Il faut des compétences nouvelles pour agir sur les produits importés. Par exemple, monter des pièces sur place ou mettre les chemises arrivant d'Asie dans des boîtes différentes selon les marchés de consommation », ajoute-t-il.

« La réflexion est inévitable, mais il existe un risque : faire du nettoyage social. La ville doit garder sa vocation industrielle », s'inquiète Nadine Lahoussaine, chef de l'opposition (PCF) municipale, qui ajoute qu'« à Anvers, un village de plusieurs milliers d'habitants a été rasé pour permettre l'extension du port. » La métropole belge, justement, est le premier adversaire du Havre et fait figure, de facto, de port principal de l'Ile-de-France. « C'est vrai qu'Anvers a une bonne part de trafic », reconnaît Laurent Castaing, directeur général du port du Havre. Celui-ci a un handicap notable : la part très faible du trafic ferroviaire et fluvial (à peine 15 %, contre 40 % à Anvers). Le port à conteneurs a ainsi été conçu sans liaison avec la Seine. Un projet de plate-forme multimodale de 160 millions d'euros est sur le point d'être adopté pour réduire les ruptures de charge. « Notre ambition est de tripler en dix ans la part des péniches et des trains », poursuit Laurent Castaing. Et le prolongement d'un canal du port à la Seine (environ 200 millions d'euros) est à l'étude. « Mais on n'en aura besoin que le jour où on aura atteint un niveau de trafic fluvial suffisant. » Le jour où Le Havre sera vraiment devenu le port de Paris. W

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