Violences urbaines : vingt ans d'atermoiements

Publié le par Association Grand Paris

PRESSE I LE FIGARO 09/10/09 Jean-Marc Leclerc

Face à la dérive des groupes de casseurs, l'État cherche toujours la parade.

«Pour renforcer les outils de connaissance des bandes, des groupes spécialisés seront créés dans les services de renseignement des directions départementales de la sécurité publique concernées.» Cette an­non­ce du président de la République, le 18 mars, une semaine après les heurts de Gagny, n'a guère ému. Et pourtant, ces structures existaient autrefois. La section villes et banlieues des RG fut mise en place dès 1991 par la commissaire normalienne Lucienne Bui Trong. Elle avait bâti une échelle de mesure des violences dans les cités. Un outil d'analyse utile pour prévenir les risques d'embrasement dans les quartiers. Seulement voilà : les chiffres des RG commençaient à indiquer une dégradation de la délinquance encore plus forte que ce que laissait entrevoir la statistique officielle. À la veille de la bataille présidentielle de 2002, le gouvernement Jospin a préféré casser le thermomètre. L'arrivée de Nicolas Sarkozy place Beauvau devait marquer la résurrection de ce travail d'analyse. Mais la commande n'a abouti qu'à une querelle de criminologues.

 

La clé de l'équation

Pendant ce temps, la situation se dégradait sur le terrain. D'une voix douce et sans la moindre amertume, Lucienne Bui Trong fait ce constat clinique : «La réforme du Renseignement qui a vu la création de la DCRI en 2007 a achevé de dissoudre les reliques de la section violences urbaines. Le chef de l'État a visiblement pris conscience de ce gâchis.» Pour Nicolas Sarkozy, en effet, la réorganisation policière dans les secteurs sensibles ne va pas assez vite. Les unités territoriales de quartier (Uteq), sorte de police de proximité à vocation opérationnelle, vont donc se développer. Tout comme les compagnies de sécurisation, destinées à les épauler en cas de coup dur. «L'objectif est de constituer 100 Uteq et 23 compagnies dès la fin de l'année 2010, et non pas en 2012, comme prévu initialement» , prévient-il. En clair : il faut trouver 4 000 hommes et femmes motivés. Dans un contexte de réduction du format de la police pour cause d'économies. Ce qui ne sera pas simple.

Au reste, comment faire en sorte que la police n'épuise pas ses forces à courir toujours derrière les mêmes individus ? Là est sans doute la clé de l'équation. Pour le chef de l'État, il faut «doter notre Code pénal d'une disposition qui réprimera de 3 ans d'emprisonnement le fait de faire partie, en connaissance de cause, d'un groupement, même formé de façon temporaire, poursuivant le but de commettre des atteintes volontaires contre les personnes et contre certains biens». Comme une école, par exemple. La loi anticasseur sera-t-elle ressuscitée, s'inquiète-t-on à gauche ? Pour l'heure, arrêter l'émeutier en plein troubles ne suffit pas. Il faut en plus prouver que la main du jeune homme a bien lancé le caillou que l'agent a reçu sur le crâne. Faute de pouvoir l'établir, la justice libère systématiquement le voyou. Avec la future loi Sarkozy, le simple fait que le délinquant se trouve au cœur de l'émeute avec les poches pleines de cailloux devient constitutif d'un délit. Et cela change tout.

Publié dans Banlieues - Sécurité

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