Débat sur le Grand Paris

Dimanche 19 novembre 2006
 

La conférence de l'agglomération parisienne doit poser les bases d'une vraie intercommunalité.

Rebonds Par Philippe LAURENT

Paru dans Liberation - QUOTIDIEN : Jeudi 6 juillet 2006 - 06:00

On appelle cela le «Grand Paris» parce que la formule est simple. Mais les élus qui se réuniront le 7 juillet, pour la première conférence métropolitaine, éviteront soigneusement cette expression, qui évoque trop la puissance de la capitale. La conférence métropolitaine est la première tentative d'organiser un dialogue pérenne entre Paris et ses voisins, peut-être même la préfiguration d'une intercommunalité. La municipalité parisienne est à l'origine de l'initiative mais joue les modestes : on se réunira à Vanves (Hauts-de-Seine), et l'invitation émane d'un groupe de maires. L'idée du «Grand Paris» progresse. Pour sa réalisation, tout reste à faire. Philippe Laurent, maire UDF de Sceaux, plaide pour une «gouvernance des maires». Alain Renk, urbaniste, défend le modèle informel du réseau Internet.

Philippe LAURENT maire (UDF) de Sceaux et vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine.

 

La réunion de la première conférence métropolitaine de l'agglomération parisienne est une bonne nouvelle. D'abord, parce qu'il est essentiel que les maires, élus de terrain, se parlent dans une structure informelle, en dehors des institutions lourdes comme les conseils généraux, voire les intercommunalités, des réseaux partisans et des jeux de pouvoir.

 

Ensuite, parce que cette conférence vient après cinq années d'effort de la municipalité parisienne pour tenter de nouer les fils d'un dialogue improbable avec les maires de «banlieue». Jamais, au cours des deux derniers siècles, Paris n'avait accompli une telle démarche. Bien au contraire, Paris ignorait superbement sa banlieue et y déversait ce qu'elle ne voulait pas, ou plus, sur son propre territoire. Ce dialogue nouveau est possible parce que les communes de l'agglomération ont, de leur côté, perdu peu à peu leurs complexes, en assumant leur histoire, en mettant en valeur leur patrimoine, en redonnant une âme à leur centre-ville, en implantant d'importants lieux de création et de diffusion culturelle...

Enfin, parce que les difficultés que rencontrent les ménages franciliens, et surtout ceux résidant dans la zone dense de l'agglomération, n'ont jamais été aussi préoccupantes: inaccessibilité des logements par le prix et le nombre insuffisant, qualité des transports en commun insuffisante, angoisse face à une insécurité montante du fait, entre autres, d'incivilités répétées et impunies...

C'est avec ces idées en tête que, maire d'une ville de 20 000 habitants située à quelques kilomètres au sud de Paris, avec lequel elle était reliée par le chemin de fer voici déjà plus de cent-cinquante ans, ancienne sous-préfecture du département de la Seine et fière de sa vocation d'accueil de nombreux établissements d'enseignement supérieur, je me rendrai à cette première réunion de la conférence métropolitaine.La région parisienne est singulière: ses maires et ses conseils municipaux n'y exercent pas tout à fait les mêmes responsabilités qu'en province. La notion de «développement territorial» ­ qui puise dans les ressources du territoire les moyens de son développement ­ y est moins prégnante, sinon ignorée. La création, voici une cinquantaine d'années, des départements de la petite couronne répondait surtout à la nécessité de réinstaller l'Etat au coeur de banlieues grouillantes et redoutées du pouvoir central. La mise sur pied récente de plusieurs communautés d'agglomération n'a presque jamais répondu à une démarche cohérente sur le plan territorial, mais plutôt à la création de fiefs politiques autour de grands élus auxquels les préfets n'ont rien eu à refuser. La région s'est vu confier par la loi l'élaboration du schéma directeur, alors qu'ailleurs cela relève pour l'essentiel de structures intercommunales cohérentes où les maires ont toute leur place. Même les transports en commun, après avoir été l'affaire de l'Etat, sont désormais celle de la région, qui ne maîtrise pas davantage l'énorme et technocratique machine qu'est la RATP. Les maires sont de fait exclus du jeu normal des pouvoirs, qu'ailleurs ils exercent pleinement, notamment à travers les structures intercommunales, communautés urbaines pour les plus importantes, ou communautés d'agglomération pour les autres.Les collectivités territoriales du territoire comprenant Paris et la petite couronne regroupent plus de 6 millions d'habitants et «pèsent» budgétairement 20 milliards d'euros, dont 12 pour les seules communes et leurs groupements, 4 pour les départements et autant pour la région. Dans l'état actuel des choses, le conseil régional ne peut prétendre au rôle qu'exerce, ailleurs, une structure intercommunale émanant des conseils municipaux et placée sous le contrôle direct des maires. Il s'agit sans doute, à l'avenir, de faire preuve d'imagination dans l'organisation institutionnelle et la répartition des compétences dévolues à la région et aux autres collectivités territoriales d'Ile-de-France. Le droit à l'expérimentation en matière de décentralisation ne doit pas être réservé à quelques territoires insulaires de la République...En outre, le territoire de l'agglomération parisienne reste marqué, plus que tout autre en France, par de fortes inégalités de ressources et de pression fiscales locales, à peine corrigées par de timides mécanismes de péréquation. Alors même que les frontières administratives sont quasi transparentes et que la mobilité des habitants est très importante, les bases de taxe professionnelle par habitant ­ véritable mesure de la richesse d'une ville ­ accusent un écart allant de 1 à 100 selon les villes. Les taux cumulés d'imposition à la taxe d'habitation vont de moins de 10 % à près de 30 %; les taux de la taxe professionnelle varient, eux, entre 10 et 40 %. Au-delà de l'inévitable réforme des finances et de la fiscalité locales, les maires de l'agglomération parisienne, s'ils veulent être pleinement acteurs de leur territoire, maîtriser collectivement l'organisation des services publics dont ils sont responsables vis-à-vis de leur population et développer la solidarité territoriale, pourraient envisager, à terme, la création d'une structure institutionnelle. La prise du pouvoir territorial, ici comme ailleurs, par les élus locaux et l'instauration de nouvelles solidarités ­ dont Paris devra prendre sa part, au prix notamment d'une hausse fiscale ­ provoqueraient la nouvelle dynamique institutionnelle qui manque à l'agglomération et l'empêche de concilier la recherche de la qualité de vie de ses habitants et le nécessaire développement économique.Pourtant, l'insistance avec laquelle certains élus de l'opposition parisienne proposent désormais, et tout de suite, une «communauté urbaine» ­ après n'avoir rien dit pendant qu'ils assumaient la responsabilité de la ville, et sans concertation particulière avec les autres maires de la zone dense ­ est suspecte, comme s'ils savaient que vouloir aller trop loin et trop vite était le plus sûr moyen de ne rien faire du tout... Car la démarche intercommunale n'est à l'évidence pas applicable à Paris et sa petite couronne comme elle l'est en province. Si l'intercommunalité de gestion existe et fonctionne bel et bien dans certains domaines techniques (eau, assainissement, déchets...), la prise de conscience d'oeuvrer sur un territoire suppose le respect mutuel des élus et une mobilisation collective de tous les maires de la petite couronne parisienne, en faveur d'une intercommunalité renforcée dans un cadre juridique renouvelé. En effet, sans volonté politique forte des maires, seule capable de peser sur une évolution législative ambitieuse, l'Etat, la région et les départements de la petite couronne rechercheront le statu quo, qui leur convient sans doute très bien, mais ne constitue pas un mécanisme de gouvernance approprié aux exigences du territoire de la zone dense de l'agglomération.Notre région mérite donc qu'on la laisse trouver, sous l'impulsion des maires, une organisation du territoire plus pertinente et plus conforme aux réalités vécues. Par leur proximité et leur légitimité, les maires de l'agglomération parisienne sont les acteurs incontournables du consensus nécessaire dans la recherche de cette nouvelle organisation. Ils sont à même de concilier la nécessaire préservation de l'identité communale et l'indispensable renforcement d'une vraie coopération intercommunale afin de gérer efficacement les services publics destinés aux habitants d'Ile-de-France et d'assurer un développement équilibré du territoire francilien. Il faut choisir de leur faire confiance.

Par Philippe LAURENT
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Dimanche 19 novembre 2006
 L’appel publié pour un Grand Paris n’a pas suscité que des ovations.

 

En expert, Pierre Merlin revient sur une ambition nécessaire qui piétine.

 

L’appel publié pour un Grand Paris n’a pas suscité que des ovations.

 

Un appel pour le Grand Paris [notre n° du 10 mars], signé par une vingtaine d’architectes et d’urbanistes de renom. Il y a sans doute un audacieux projet derrière. Déception sur toute la ligne. Que proposent nos concepteurs ? L’institution d’une conférence métropolitaine et d’un Atelier de la métropole parisienne dont le rôle serait on ne peut plus vague. Quel territoire pour ce Grand Paris ? « […] le territoire desservi (sic) par les quatre premières zones de la carte orange ». Un coup d’œil à la carte montre qu’on exclurait ainsi les villes nouvelles, la vallée de Chevreuse et l’aéroport de Roissy-CDG. A l’appui de cette surprenante frontière, une kyrielle de chiffres grossièrement faux quant à sa surface (6 % et non 4 % de la région), de sa population (7 millions et non 5), de sa part dans les déplacements régionaux (60% et non 90%), de sa part dans le PIB (20% et non 30%, ce qui dépasserait la totalité du PIB régional).

Il y a certes à réfléchir sur l’occasion unique offerte par l’élaboration du nouveau schéma directeur régional. Ce schéma sera-t-il un document de plus sans prise sur la réalité ? Ouvrira-t-il, comme son devancier de 1994, les portes grandes ouvertes aux appétits fonciers des promoteurs ? Ou saura-t-il proposer une organisation urbaine économe en espace et donc en énergie, réduisant les émissions de polluants et de gaz à effet de serre ? Bref, traduira-t-il, dans des prescriptions précises et non dans des mots, la notion d’Eco-Région avancée par son président, Jean-Paul Huchon ? Proposera-t-il les moyens d’une restructuration de l’agglomération autour de quelques centres urbains polyfonctionnels drainés par un réseau de transports en commun enfin prioritaire ? Il y a là des enjeux lourds. Ce n’est pas la création d’une « conférence » et d’une « Agence » de plus qui y répondra. Les compétences et les idées existent déjà. Ce qu’il faut, c’est davantage de volonté politique.

Pierre Merlin, Paris (3 e )

http://obsdeparis.nouvelobs.com/articles/p228_2120/a271772.htm

Par Pierre MERLIN
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Dimanche 19 novembre 2006
 

La multiplicité inventive des banlieues doit rejoindre la ville historique pour créer une nouvelle entité.

Rebonds par Par Alain RENK

LIBERATION QUOTIDIEN : Jeudi 6 juillet 2006 - 06:00

Alain Renk architecte-urbaniste, anime la structure de recherche urbaine Host (http://host.uing.net).

Dernier ouvrage paru: Construire la ville complexe?, éditions JM Place.

La mutation de la métropole parisienne aux 10 millions d'habitants vers plus de qualité de vie, avec une accélération du développement économique et une meilleure gestion environnementale est-elle possible ?

Alors que les déséquilibres augmentent, la capitale parisienne est confrontée à la méfiance persistante de ses partenaires naturels, communes périphériques et région Ile-de-France, envers toute idée conduisant vers la création d'un Grand Paris. L'histoire récente d'un Paris dominateur peut expliquer les réticences, mais les responsabilités politiques des partenaires pourront-elles longtemps s'abriter derrière le tabou du Grand Paris pour éviter une réflexion de fond ? Au-delà de la quasi sidération provoquée par l'effet Grand Paris se dissimule au moins deux a priori:

1. La modification des structures administratives de la Région Ile-de-France serait un préalable à la réalisation du Grand Paris. Or les rapports de forces politiques figent la situation.

2. La définition d'une échelle pertinente pour le Grand Paris (première couronne ou deuxième couronne?) serait un autre préalable. Cependant, l'enjeu posé par les limites n'a pas de solution politique aujourd'hui. Il existerait ainsi au moins deux raisons évidentes et suffisantes pour ranger le Grand Paris parmi les utopies.

Peut-on, pour autant, se satisfaire de la situation actuelle?

L'exemple des métropoles européennes comme Londres, Berlin ou Rome montre par contraste la bizarrerie de notre exception française avec une coupure Paris banlieues marquée, qui pérennise un territoire élu, face à une périphérie déclassée. Au contraire, les villes de Londres, Berlin ou Rome ont intégré les communes périphériques et sont ainsi plus grandes et plus peuplées que Paris... De façon paradoxale, les instances politiques des communes et des communautés de communes rejettent, au nom de leur désir respectable d'émancipation, le principe d'un Grand Paris qu'elles devraient pourtant prendre d'assaut, à certaines conditions, pour bénéficier de son attrait et de sa dynamique. A contrario, le combat de la Défense pour s'appeler Paris-la Défense est évocateur d'une logique plus financière que politique. Pour l'instant, les chiffres économiques globaux de la région parisienne restent bons par rapport au Grand Londres, cependant, cette situation pourrait changer, au moment où les questions d'énergie, de qualité de vie et d'équité sociale font partie intégrante de la réussite économique d'un territoire.

Un Grand Paris inventé par la société civile peut-il devancer l'organisation administrative? Puisque les représentants politiques ne comprennent pas l'urgence des populations et des entreprises à vivre dans une métropole délivrée d'une coupure aussi arbitraire que le périphérique, la prise en main par la société civile de son devenir est-elle si absurde ? Les internautes ont-ils attendu des modifications législatives pour télécharger ? Les communautés de communes elles-mêmes ont souvent commencé sur des bases informelles avant de préciser leur fonctionnement, et ceci en découplage total avec les divisions administratives établies. Une structure surplombante n'a plus, aujourd'hui, la capacité d'inventer des solutions définitives pour un sujet aussi complexe que l'espace d'une métropole. Quand bien même elle aurait cette lucidité extraordinaire, elle n'aurait pas les moyens d'imposer ses propositions. Le précédent schéma directeur de la région Ile-de-France, avec ses bonnes idées restées lettres mortes, l'illustre parfaitement. Pourtant, en passant d'une organisation pyramidale à une organisation plus horizontale, la société contemporaine a produit les moyens de dépasser ses propres contradictions. Le Grand Paris administratif existera un jour, non pas comme organisateur ou décideur tout-puissant, mais comme accélérateur et facilitateur du projet de coélaboration de la métropole, initié par ses habitants, et des structures de conceptions décentralisées.

Un Grand Paris à dimension évolutive est-il possible ? Poser la question de la taille de la métropole parisienne, c'est un peu comme poser la question de la taille de l'Europe à sa création. L'échelle de la métropole est multiple. C'est justement ce qui différencie une grande ville (structure urbaine déterminée) d'un système métropolitain (organisant des relations vivantes entre des territoires).

Vers le Grand Paris Fractal. Imaginons un instant que la frontière Paris banlieues disparaisse, non pas dans l'intégration des banlieues à un majestueux et unique Grand Paris, mais qu'à l'inverse la multiplicité inventive des banlieues rejoigne la ville historique, pour donner naissance à une nouvelle entité, constituée par exemple d'une quinzaine de quartiers métropolitains, organisés à partir des bassins de vie parcourus quotidiennement par les habitants. Certains quartiers métropolitains regrouperaient sans distinction communes de la première couronne et arrondissement parisien. D'autres seraient plus extérieurs et intégreraient des espaces de nature ou agricoles. L'autonomie ainsi organisée des nouveaux quartiers garantirait toute tentation de retour à un Grand Paris unitaire. L'évolution serait ainsi définitive vers une métropole fractale vivante et expérimentale, aux multiples facettes, constituées de l'identité différenciée des territoires. L'équilibre global de l'écosystème urbain sera lié à l'équilibre de chacune de ses parties. Ainsi, au sein de chaque quartier métropolitain, un atelier d'urbanisme aurait la mission d'inventer un futur urbain singulier, avec les élus, les habitants et les acteurs de l'aménagement public et privé, les programmistes, géographes, ingénieurs, sociologues, paysagistes, artistes, musiciens, philosophes, passants, skateurs et architectes... L'ensemble construisant par touches ce Grand Paris Fractal qui aurait le mérite de redistribuer les cartes. Nous pourrions ainsi construire le monde commun en jouant notre avenir sur l'intelligence collective et concrète du territoire.

Par Alain RENK
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Lundi 20 novembre 2006

Analyse par Bertrand Le Gendre

Parue dans LE MONDE | 20.11.06 | 13h59 •

Paris vit à l'étroit. Seulement 105 kilomètres carrés, contre 889 pour Berlin et 1 579 pour Londres. Si à l'étroit qu'elle courtise les communes voisines, non pour les absorber ou les mettre sous tutelle, mais pour resserrer des liens que l'éclatement du département de la Seine, en 1964, a distendus.

Les Franciliens n'auraient rien à y perdre. Pour les six millions d'habitants du "9-2", du "9-3" et du "9-4", et pour les deux millions de Parisiens, la capitale et sa "petite couronne" sont un tout. Pour eux, le "périph" n'a de périphérique que le nom. A égale distance du Châtelet et de l'anneau de l'A86, il est moins perçu comme une frontière que comme une césure qui complique les échanges entre Paris et sa banlieue.

De cette césure et de ses dommages, il a été de nouveau question lors de la Conférence métropolitaine de l'agglomération parisienne qui s'est réunie le 9 novembre à Montreuil (Seine-Saint-Denis) après avoir tenu une première session à Vanves (Hauts-de-Seine) en juillet. Un débat de plus sur la capitale et sa région ? Il est beaucoup question de l'avenir de Paris et de son hinterland en ce moment. Urbanisme, transports, schéma directeur, PLU, PDP, SDRI... Au point que les Franciliens y perdent souvent leur latin.

Pour ne rien simplifier, les partisans du Grand Paris avancent masqués. S'ils utilisent ce terme de "Grand Paris", ils le font avec mille précautions, ou ils l'évitent, à l'instar des élus franciliens qui participent, sur une base informelle et volontaire, à la Conférence métropolitaine. L'initiative de cette conférence revient à l'un des adjoints au maire de Paris, Pierre Mansat (PCF), qui sait le poids des mots et du passé, et entend ménager le particularisme des communes qui jouxtent la capitale.

 

Paris ne veut rien imposer, certes, mais les préoccupations de la plupart de ces édiles se rejoignent. Logements sociaux, équipements collectifs, santé, les inégalités d'une commune à l'autre sont criantes (Neuilly-sur-Seine, Clichy-sous-Bois...). De fait, il y a beaucoup d'hôpitaux dans Paris et dans la banlieue ouest, alors que l'on en manque ailleurs.

 

Un rééquilibrage est urgent. Il suppose davantage de concertation entre les municipalités, qui se livrent souvent à une concurrence préjudiciable. Beaucoup de communes, par exemple, se disputent les entreprises de biotechnologies alors qu'à Barcelone elles sont concentrées sur quelques kilomètres carrés.

 

Conclusion : le coeur de l'agglomération doit plus que jamais être pensé comme un tout, surtout en matière de pollution et de circulation, car les pics d'ozone et les bouchons se jouent des frontières administratives.

 

Ces frontières administratives sont autant de carcans. En Ile-de-France, en plus de l'Etat, chaque collectivité territoriale a son mot à dire : la Région, Paris, les sept conseils généraux, les 1 300 communes...

 

Le contraste est frappant entre cet enchevêtrement et le Grand Londres (Great London Authority), dont la compétence s'étend sur un territoire grand comme quinze fois Paris, sous la férule de Ken Livingstone, malgré la résistance de certains boroughs. Une autorité que le mayor of London tire de son élection au suffrage universel direct, à la différence du maire de Paris et du président de la région Ile-de-France.

 

Les féodaux franciliens, Bertrand Delanoë (PS), Jean-Paul Huchon (PS) et quelques autres (André Santini, UDF, dans les Hauts-de-Seine, Patrick Braouezec, PCF, en Seine-Saint-Denis...), ne voient pas tous le Grand Paris du même oeil. Jean-Paul Huchon, même s'il reconnaît que la "zone dense" (Paris et les départements riverains) a été quelque peu oubliée ces dernières années, craint un affaiblissement de ses pouvoirs.

 

Beaucoup d'élus sont plus coopératifs, mais tous, autant que les représentants de l'Etat, se méfient de Paris. Une méfiance qui mêle le passé lointain (la Commune de 1871) au passé proche (les années où Jacques Chirac et Jean Tiberi étaient maire de la capitale).

 

 

L'EX-"CEINTURE ROUGE"

 

 

L'élection d'un socialiste à la tête de la ville de Paris a atténué ces préventions car en même temps la "ceinture rouge" avait rosi. Politiquement parlant, la frontière est tombée entre les deux blocs qui, hier, se partageaient la région, les gaullistes d'un côté (dans la capitale et les Hauts-de-Seine) et les communistes de l'autre (en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne). Cela facilite les rapprochements.

 

Les murs sont tombés, mais l'histoire continue de peser sur l'avenir du Grand Paris. Paris étouffe dans ses limites actuelles, fixées en 1860 par Napoléon III et le baron Haussmann. Et la banlieue proche souffre encore d'avoir servi de dépotoir à la capitale, où elle déversait les activités dont elle ne voulait pas, à faible valeur ajoutée : logements sociaux, usines de retraitement, asiles, gares de triage, cimetières, etc.

 

Malgré ce passif, le Grand Paris ne surgirait pas du néant. Les communes coopèrent de longue date dans des domaines techniques comme l'eau, l'assainissement, les déchets et les transports. Et de nombreux partenariats existent entre municipalités, comme celui qui fédère sous le nom de "Plaine commune" huit villes de Seine-Saint-Denis.

 

Paris ne se veut pas en reste. La Ville entretient des relations suivies avec quelque 130 collectivités de la région et s'est attelée avec les communes limitrophes à la restructuration complète de huit accès à la capitale. Porte des Lilas, actuellement, des ouvriers couvrent le "périph" afin de jeter un pont entre les 19e et 20e arrondissements, Les Lilas et Le Pré-Saint-Gervais.

 

Peut-on aller plus loin ? Certains spécialistes, comme le géographe et biographe d'Haussmann, Michel Carmona (Fayard, 2000), parlent avec nostalgie de l'ancien département de la Seine. Jusqu'au début des années 1960, ce "Grand Paris" avant l'heure regroupait la capitale et quatre-vingts communes de ce qui est devenu les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne.

 

Faut-il créer, dans ce périmètre, une communauté urbaine à l'image de celle de Lille ou de Bordeaux ? Quelle part de la taxe professionnelle, que versent les entreprises, mettre au pot commun ? C'est le nerf de la guerre, sans quoi rien n'est vraiment faisable.

 

Ces interrogations rappellent les débats sur la construction européenne. Au commencement, dans les années 1950, personne ne savait où l'on allait, quels Etats rejoindraient la communauté et à quel abandon de souveraineté ils consentiraient. Mais, vaille que vaille, l'union avançait.

 

Bertrand Le Gendre

Article paru dans l'édition du 21.11.06

Par LE MONDE
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Jeudi 12 juillet 2007

Point de vue

Le Grand Paris ? Chiche !, par Guy Burgel

LE MONDE | 12.07.07 | 14h39 • Mis à jour le 12.07.07 | 14h39

 

par Guy BURGEL

Professeur à l'université Paris-X et au CNAM


Nicolas Sarkozy fait vraiment bouger les lignes. Idéologiquement, on peut le regretter. Mais politiquement, il faut le reconnaître. Ainsi en est-il du destin de la capitale. En quelques phrases, à l'occasion de l'inauguration du satellite 3 de Roissy, voici plus de quatre décennies de fausses orientations bousculées, qui coûtent cher à Paris et à la France.

 

D'abord, la conviction, longtemps portée par la Datar, que tout ce qui pouvait favoriser la capitale nuisait au pays. Ainsi, les métropoles provinciales - et c'est bien - se sont relevées, et Paris a perdu des points face aux grandes métropoles mondiales. Le sous-investissement dans l'université et la recherche en est un témoin dramatique. Il faudra beaucoup de confiance dans les pôles d'excellence, de foi dans l'autonomie nouvelle des établissements et des financements massifs dans les infrastructures et les hommes pour remonter la pente.

La priorité soulignée aux équipements de transports lourds en proche banlieue (métrophérique) plutôt qu'au joli tramway constitue le deuxième choc, pour servir de levier, par une mobilité efficace retrouvée, à la relance du logement et de l'emploi et à la promotion d'une ville plus durable. Ensuite, l'éloge appuyé et univoque de la densité urbaine à taille humaine s'inscrit en rupture de l'urbanisation périphérique, de l'éclatement des centralités qui ont été si dévastateurs par la dispersion de l'urbanité et la mystification des rêves de nos contemporains. Voilà une stratégie d'urbanisme claire et sans ambiguïté qui lie l'avenir de la capitale au seul devenir de l'agglomération centrale.

Mais c'est sans doute dans la préfiguration d'une autre "organisation des pouvoirs" que le président est le plus novateur. En parlant ouvertement d'une "communauté urbaine" parisienne, les certitudes que les meilleurs spécialistes et quelques grands commis de la chose publique tenaient encore pour immuables il y a quelques semaines en ressortent ébranlées : que l'Etat n'admettrait jamais la concurrence d'une puissance démographique, économique et politique de cette importance, que les collectivités territoriales d'Ile-de-France (municipalités, départements, etc.) feraient de la résistance ultime au nom de la décentralisation, ou que les citoyens s'effraieraient au titre de la démocratie de proximité.

Rien n'est joué. Et un discours n'est pas un acte. Mais la gauche francilienne - Ville de Paris et région en tête - serait bien inspirée de dire chiche au président et de relever ensemble le défi du Grand Paris plutôt que de s'arc-bouter sur des conflits de compétences. Paris méritait une messe pour Henri IV ; la capitale mérite bien un compromis historique au XXIe siècle.




Par Grand Paris
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Jeudi 26 juillet 2007
Roger KAROUTCHI signe dans Le Figaro une tribune assez caricaturale sur le débat gauche droite en prônant plus de transports automobiles et moins de logements sociaux ! Sortons de ce paradoxe français pour rassembler les franciliens plutôt que de les opposer...

TRIBUNE LIBRE
LE FIGARO
Débats & Opinions

N'abandonnons pas l'avenir de l'Île-de-France aux idéologues
de l'écologie extrêmes
.
Publié le 20 juillet 2007

Par Roger Karoutchi, secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement, président du groupe majorité présidentielle au conseil régional d'Île-de-France.

Qui connaît le SDRIF ? Le Schéma directeur de la Région Île-de-France (SDRIF) n'évoque sans doute pas grand-chose pour le grand public. Et pourtant, il s'agit d'un document de planification essentiel pour l'avenir de la Région capitale. Les enjeux sont considérables puisque ce schéma, opposable à l'ensemble des documents d'urbanisme, devra réglementer l'utilisation des sols de l'ensemble du
territoire francilien jusqu'en 2030 !

Concrètement, il s'agit de déterminer le nombre de logements que l'on doit construire, de décider si l'on doit densifierle coeur de l'agglomération ou urbaniser les zones rurales.
Les transports en commun sont-ils adaptés aux déplacements en grande couronne ? Les choix de développement économique vont-ils permettre de créer de l'emploi ?

Ne nous y trompons pas, il s'agit bien évidemment de définir l'Île-de-France de demain. En définissant le schéma directeur, nous devons répondre à une seule question : comment améliorer le quotidien des Franciliens ? Or, le schéma directeur tel qu'il est présenté ne se préoccupe pas de savoir si les Franciliens seront mieux logés, s'ils se déplaceront mieux ou s'ils trouveront plus facilement un emploi dans leur région. Non, ce schéma, qui a été adopté le 15 février dernier par la majorité PS-PC-Vert du conseil régional d'Île-de-France est un document idéologique et déconnecté des réalités et des attentes de nos concitoyens.
Il veut faire de l'Île-de-France un champ d'expérimentation des thèses environnementalistes extrêmes.


En matière de transport, par exemple, la quasi-totalité des grands projets routiers et autoroutiers est rejetée. Cela démontre une méconnaissance des déplacements des Franciliens. Si chacun s'accorde aujourd'hui sur la nécessité de favoriser l'utilisation des transports en commun, il n'est pas raisonnable d'écarter tous les projets routiers et autoroutiers structurants pour la région.
Parallèlement, la réflexion sur le maillage des transports publics, notamment en grande couronne, est insuffisante, encore beaucoup trop de crédits ne se concentrent que dans l'extrême centre de la Région.

De même, le document contient de graves dérives en matière de logement. Si l'objectif de construction de 60 000 logements par an, fixé avec les services de l'État, correspond à la demande et aux besoins du territoire francilien, les taux imposés de logements sociaux dans le projet de SDRIF outrepassent la loi. En effet, le taux global à atteindre dans vingt ans est de 30 % de logements sociaux, ce qui est irréaliste pour de nombreuses communes.
Cela implique un rythme de construction qui devrait être de 53 % du total des logements construits chaque année avec des sanctions financières ou des modulations négatives de subventions régionales à la clé !

En ce qui concerne la création d'emplois, là encore, le SDRIF fait preuve d'une idéologie aveugle. Sous couvert d'un rééquilibrage Est-Ouest, le schéma écarte purement et simplement le plan de développement de la Défense sans rien proposer de manière concrète pour un grand pôle à l'est... Tout cela pénalise l'ensemble du territoire francilien et son attractivité.


Sur la forme, les élus locaux n'ont pas été suffisamment consultés. Le document tel qu'il est présenté va générer de l'insécurité juridique et des contentieux. En effet, la cartographie approximative qui définit le SDRIF risque de fragiliser l'ensemble du document et engendrer une multitude de recours et annulations de plans d'occupation des sols (POS) ou de plans locaux d'urbanisme (PLU). Pour preuve, la mise en oeuvre du SDRIF suscite de nombreuses craintes de la part des communes et de l'ensemble des conseils généraux de droite comme de gauche de la Région Île-de-France. Ainsi, les conseils généraux des Yvelines, des Hauts-de-Seine et du Val-d'Oise ont émis un avis négatif sur le SDRIF. De même,
les chambres consulaires (chefs d'entreprise, artisans, commerçants...) ont condamné ce schéma, qui est un frein au développement économique et à l'emploi.

De nombreuses lacunes et dérives entachent ce document. Ainsi, le groupe majorité présidentielle UMP que je préside au conseil régional avait voté contre la délibération au mois de février 2007, l'exécutif PS-PC-Vert ayant refusé la plupart des amendements que nous avions proposés.

Aujourd'hui, alors que l'autorité administrative de l'État vient de rendre un avis environnemental réservé sur l'avant-projet de SDRIF et que le premier ministre, François Fillon, vient de préciser au président de la Région Île-de-France l'opposition de l'État à l'actuelle rédaction, il est nécessaire de revoir les grandes lignes de ce schéma qui ne satisfait personne.

Je propose donc la mise en place d'un nouveau groupe rédactionnel composé d'élus régionaux de toutes sensibilités politiques en liaison avec le préfet de région, pour parvenir à l'établissement d'un SDRIF plus réaliste, plus équilibré et plus consensuel qui permette de définir une stratégie globale de développement pour l'avenir de l'Île-de-France.

Au-delà des clivages politiques, il y va de l'amélioration de la vie quotidienne en Île-de-France pour les générations futures.

Par Grand Paris
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Jeudi 16 août 2007
[TRIBUNE LIBRE]

Les déclarations de Sarkozy révèlent le manque de projet de la majorité pour la première région de France.

Par Jean-Pierre Caffet, adjoint au maire de Paris, chargé de l’urbanisme et de l’architecture, et Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, chargé des relations avec les collectivités territoriales d’Ile-de-France.


LIBERATION / QUOTIDIEN : jeudi 16 août 2007


La déclaration du chef de l’Etat en juin ­dernier sur l’aménagement futur de la ­région Ile-de-France ainsi que la possible création d’une communauté urbaine s’inscrit dans un contexte régional dominé par de multiples défis : résoudre la crise du logement, développer un réseau de transports performant au sein même de l’agglomération, favoriser l’émergence de pôles économiques. Le tout en respectant notre environnement et en s’assurant d’une véritable équité sociale et territoriale.

Dès 2001, Bertrand Delanoë a souhaité ouvrir un débat politique, d’égal à égal. Depuis, 450 opérations de coopération avec plus de 120 collectivités ont été mises en œuvre dans des domaines ­allant de l’aménagement urbain aux espaces verts, en passant par les déplacements ou le logement. Ce dialogue enfin restauré a ouvert la voie à une étape supplémentaire : en juillet 2006, la Conférence métropolitaine est créée, réunissant quarante-deux élus qui répondent ainsi à l’appel du maire de Paris, du président de la région et d’une quinzaine de maires de sensibilités politiques diverses. Lieu structuré mais souple de débat politique et de consensus, elle produit incontestablement des actes : par exemple, l’inscription dans le Schéma directeur de la région Ile-de-France (Sdrif) d’une ligne de transports lourde en rocade en petite couronne.

C’est pourquoi l’intervention du chef de l’Etat, au lieu de nous éclairer sur les intentions concrètes de l’Etat, se limite à l’expression de principes en contradiction avec les faits. Ainsi, comment rendre compatibles une préoccupation environnementale nécessaire et l’attitude de l’UMP à la région, qui pourfend tout renoncement à de nouveaux projets de voies autoroutières ? Comment prôner — à juste ­titre — le développement des transports collectifs quand les cinq années écoulées ont vu le gouvernement diminuer de près de 50 % les budgets dédiés à leur expansion ? Et comment souligner la nécessité d’un effort massif en faveur du logement social, quand l’UMP Paris affiche un projet municipal qui remet en cause le respect même des objectifs de la loi SRU ?

Ces contradictions internes à la majorité actuelle sont finalement révélatrices d’un flou pesant à la fois sur l’objectif recherché et sur les financements. Certains, et c’est commode, proclament «vive le partenariat public-privé !». Pourquoi pas ? Mais seulement lorsque cela a un sens. On a vu, notamment, à quel échec ce principe avait conduit dans la tentative de couverture du périphérique Porte-Maillot ! Dans ces conditions, la dénonciation brutale du Sdrif par l’Etat et l’évocation unilatérale d’une communauté urbaine semblent d’autant plus surprenantes. Sur le premier point, trois années de concertation ont abouti à un projet équilibré qui réintègre Paris dans son environnement. ­Balayer ce travail d’un revers de manche serait inacceptable. Des divergences existent ? Certes. Par exemple sur CDG Express (liaison ferroviaire entre Paris et l’aéroport Charles-de-Gaulle)ou sur le développement du quartier de la Défense. Ces sujets ­devront donc être examinés dans le cadre de l’enquête publique à venir. Mais est-ce suffisant pour remettre en cause l’ensemble de l’édifice ? Rien, dans notre République, ne doit se concevoir sans les élus (a fortiori «par-dessus»). Nous ne pensons pas qu’un comité interministériel puisse avoir vocation à initier une telle dynamique. Seule, une démarche authentiquement démocratique permettra d’avancer. Entre une métropole où se côtoient pôles d’excellences et cités reléguées, productivité élevée et pauvreté récurrente, et un territoire qui donne aux notions de partage, de progrès et d’innovation une dimension concrète, nous avons choisi. Un dialogue constructif s’imposera-t-il ? L’abstention spectaculaire de l’UMP au Conseil de Paris sur le vote du Sdrif peut le laisser espérer. L’avenir de la première région française mérite mieux que louvoiements et approximations. Pour travailler, sur le fond, Bertrand Delanoë ­l’a répété il y a peu : nous sommes disponibles.

Par Grand Paris
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Jeudi 3 janvier 2008
[TRIBUNE LIBRE]

Par Claude Bartolone
Député PS de Seine-Saint-Denis.
LIBERATION QUOTIDIEN : mercredi 2 janvier 2008
     

Le Grand Paris, pourquoi pas, mais pour quoi faire ? Ce qui est d’abord en jeu, ce sont les inégalités territoriales et sociales qui n’ont cessé de se creuser ces dernières années dans la région capitale et en son cœur, tout particulièrement. Le revenu moyen après impôts des foyers fiscaux de Seine-Saint-Denis a diminué de 3,5 % en euros constants entre 1984 et 2004 tandis qu’il augmentait de 21 % en Ile-de-France et de 41 % à Paris. Les foyers fiscaux parisiens déclarent un revenu après impôts supérieur de 69 % à celui des foyers de Seine-Saint-Denis en 2004, alors que l’écart n’était que de 16 % en 1984. Face à ces évolutions une deuxième série de disparités viennent freiner aujourd’hui toute velléité de correction des premières, ce sont les inégalités de ressources entre les territoires. Les écarts de potentiel fiscal varient de 1 à 7,5 entre communes d’Ile-de-France. Les départements de Paris et des Hauts-de-Seine concentrent 47 % des bases de taxe professionnelle de l’Ile-de-France contre 17 % pour le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis.

Pendant ce temps, les richesses produites par l’Ile-de-France ont progressé sans cesse, fort heureusement. Certes, ce phénomène de métropolisation, en concentrant les industries et les services les plus performants, les centres universitaires et de recherche d’excellence sur les mêmes lieux, accentue ces disparités. Nous savons malgré tout qu’il serait vain et dangereux de freiner ce processus de métropolisation car nous sommes engagés dans une compétition internationale entre villes. Pour autant, pas question de renoncer, pas question de laisser faire les seuls mécanismes du marché. Les violences urbaines de 2005 nous ont rappelé que la juxtaposition de zones de richesses et de territoires de grande pauvreté n’est pas tenable à terme. Au bout de toutes les explications, chacun doit reconnaître, sans aucune complaisance, ni justification d’une violence inacceptable, que ces événements de 2005 comme ceux plus récents de Villiers-le-Bel ont été une nouvelle fois la manifestation d’une profonde crise sociale.

Alors, que faire ? Un préalable, le débat démocratique. Il ne faudrait pas que la majorité politique nationale du moment veuille imposer une organisation qui ne recueillerait pas un large consensus. Le débat sur l’avenir de l’agglomération parisienne ne doit pas servir de masque à une opération visant à installer une domination durable de la droite sur le cœur politique du pays.

Constatons aussi que la relance de l’idée du Grand Paris intervient dans une géographie politique loin d’être figée. Depuis plusieurs années, nombre de territoires de projets se sont organisés en Ile-de-France. La ville de Paris comme la région d’Ile-de-France ont joué le jeu. Faut-il cependant aller plus loin ? Pourquoi pas, si la question institutionnelle est abordée avec le souci de mieux répondre aux enjeux de vie quotidienne des habitants d’Ile-de-France. La voie avancée par certains de la création d’une communauté urbaine du Grand Paris est, dans cette perspective, loin d’être évidente. Il apparaît ainsi clairement que le niveau régional est le plus pertinent pour les transports. De même, pour ce qui relève de l’aménagement de l’espace, à quoi peut servir un niveau supplémentaire entre la région et la commune, sauf à franchir un nouveau pas décisif, transférer le droit des sols, le permis de construire, à un pouvoir métropolitain. Sommes-nous prêts à cette révolution qui ôterait aux maires leur responsabilité majeure ?

Enfin, la politique de l’habitat. Force est de constater que construire des logements à des prix abordables pour une majorité de nos concitoyens, c’est d’abord une question de volonté politique et de mobilisation de moyens financiers. Or, la droite n’a pas su répondre depuis 2002 à la crise majeure que nous connaissons. Faisons déjà appliquer, partout en Ile-de-France, avec rigueur, l’obligation de 20 % de logements sociaux dans toutes les villes, que j’avais fait voter au Parlement il y a sept ans. Ainsi, nous voyons bien que la création d’une communauté urbaine de Paris métropole n’est pas la solution miracle.

Dans l’immédiat, favorisons plutôt les projets communs qui débouchent sur un développement durable, donc plus équilibré et plus solidaire. Ainsi, et alors même que la deuxième vague de décentralisation a confié aux conseils généraux des responsabilités majeures dans la politique de solidarité, pourquoi ne pas créer dès demain, un pot commun de toutes les ressources financières des collectivités locales et au delà, fédérer les quatre départements de l’agglomération parisienne en une seule entité, autour de ces enjeux de solidarité ?

Par Grand Paris
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Samedi 12 avril 2008
PRESSE

Edito du Monde

par Bertrand Le Gendre

LE MONDE | 11.04.08

Capitale du XIXe siècle, Paris n'en finit pas de courir après son passé. New York l'a depuis longtemps éclipsée comme ville symbole, et Londres lui fait constamment la leçon. Nicolas Sarkozy s'en inquiète. Le président de la République sait qu'à l'heure de l'économie-monde un grand pays doit s'identifier à une grande métropole, sous peine de déclassement. D'où son projet de Grand Paris.

Il est plus que temps de revivifier l'espace francilien, estime M. Sarkozy. De desserrer l'étau du périphérique, qui ampute la capitale de son hinterland naturel. De lever les obstacles qui entravent la croissance économique de l'Ile-de-France. Obstacles politiques, institutionnels, psychologiques... En un mot, de réveiller la belle endormie.

Cette tâche a été confiée à un nouveau secrétaire d'Etat, chargé du développement de la région capitale, Christian Blanc, qui a la réputation d'être un habile négociateur. Son entregent ne lui sera pas inutile pour accorder les violons d'une myriade d'acteurs qui, tous, ont leur mot à dire : l'Etat, la Région, la Ville de Paris, les sept conseils généraux d'Ile-de-France et ses 1 300 maires...

En plus de cet enchevêtrement politico-administratif, Christian Blanc aura à surmonter deux obstacles de taille : le dogme de la décentralisation, qui fait de chaque édile un souverain en son royaume ; et la religion de l'écologie qui, sous prétexte de préserver l'environnement, complique - retarde, bloque... - les grands projets de développement.

Morcelée, polycentrique, l'organisation de la région métropole doit être repensée. Elle date de 1964, et, le temps passant, la plus vaste des régions françaises (11 millions d'habitants) est devenue ingouvernable. En 1964, quatre entités ont vu le jour en lieu et place du département de la Seine : Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne. Le Grand Paris de 1929, celui que les pouvoirs publics voudraient peu ou prou reconstituer aujourd'hui, avait vécu.

Ce découpage, cet émiettement, était dans l'air du temps. Sursaut antijacobin, il avait ses hérauts et sa Bible : Paris ou le désert français, de Jean-François Gravier (Flammarion, 1947), un livre qui a profondément influencé les élites d'alors. La thèse de cet ouvrage, selon laquelle la croissance de la capitale nuisait au développement de la province, a beaucoup fait pour l'éclatement de la région parisienne. Hydrocéphale, la France, disaient les "graviéristes", devait être rééquilibrée.

Les lois de décentralisation de 1982 et 1983 ont entériné ce constat. Pour le meilleur : la France souffrait d'un jacobinisme excessif. Et pour le pire : ces lois donnent à chaque collectivité territoriale des pouvoirs étendus sinon exorbitants à l'heure où la croissance d'un pays implique de grands espaces urbains cohérents.

C'est dire si la tâche de Christian Blanc s'annonce compliquée. Sa nomination est perçue comme une incongruité par les "décentralisateurs". Comme un retour inquiétant du refoulé jacobin, une menace pour les libertés locales chèrement acquises. Jean-Paul Huchon, le président (PS) de la région Ile-de-France, parle de lui comme d'un "proconsul". Et les Verts d'un "scandale démocratique".

Lesdits Verts ont beaucoup oeuvré pour figer Paris, donc l'Ile-de-France, dans la naphtaline. Ils se sont opposés avec succès à la construction d'immeubles de grande hauteur dans la capitale, indispensables pourtant à son développement, car Paris étouffe dans ses limites actuelles : 105 kilomètres carrés, contre 1 579 pour Londres.

Comment remédier à cette pénurie de terrains, sinon en construisant des tours d'habitation et de bureaux, à des emplacements adéquats, conçues par des architectes de talent ? La tour Montparnasse et le Front de Seine, dans le 15e arrondissement, deux désastres urbains, ne peuvent servir éternellement de repoussoir.

Le surmoi écologique des élus de la région parisienne freine son développement. C'est vrai aussi pour les transports. Cela fait trente ans qu'a été mis en chantier l'A86, un super-périphérique de 80 kilomètres destiné à faciliter la circulation d'une banlieue à l'autre. Et il n'est toujours pas bouclé, victime de multiples recours en justice, parfois justifiés, souvent inspirés par des égoïsmes locaux.

DELANOË, L'HOMME DE LA SITUATION

Il manque, dans l'organisation de la région métropole, une autorité capable de dominer les intérêts particuliers, à la manière de Paul Delouvrier (1914-1995), devenu, en 1961, délégué général au district de la région de Paris.

Le parallèle entre Christian Blanc et Paul Delouvrier, l'archétype du "proconsul" gaulliste, est éclairant. Il montre que, comme aux débuts des années 1960, Paris et sa région sont à un moment décisif de leur histoire, même si Paul Delouvrier n'a pas laissé que de bons souvenirs. Au rebours des opinions "graviéristes" de son temps, il a eu le mérite de concevoir un "schéma directeur" ambitieux pour la région parisienne (les villes nouvelles, le RER...). Mais l'éclatement de celle-ci en de multiples pôles était une erreur, on s'en rend compte aujourd'hui.

Politiquement, la situation dont a hérité son lointain successeur est inextricable. Les élus de l'UMP sont divisés - c'est un défi supplémentaire - sur le sens à donner au Grand Paris de Nicolas Sarkozy. Les uns, comme Roger Karoutchi, le chef de file de la droite francilienne, prônent des formules de coopération souple, librement consentie. Les autres, tel le sénateur Philippe Dallier, sont partisans d'une fusion de Paris et de ses trois départements limitrophes. Jean-Paul Huchon, lui, aborde affaibli son duel avec Christian Blanc. Il a été condamné, en février 2007, à six mois d'emprisonnement avec sursis et, surtout, à un an d'inéligibilité pour "prise illégale d'intérêt". Son procès en appel est imminent.

Bertrand Delanoë apparaît du coup comme l'homme de la situation. Le maire (PS) de Paris s'est opportunément démarqué du président de région en expliquant qu'il était prêt à dialoguer avec Christian Blanc. Il sait que Paris, parce que c'est Paris, a tout à gagner à un rapprochement avec ses voisins, décidé par l'Etat. Jusque-là, il devait déployer des trésors de diplomatie pour parler avenir commun avec les élus de la région, tant leur susceptibilité est à vif. Surtout, à la faveur des élections municipales, M. Delanoë s'est débarrassé des Verts, qui ne forment plus, au Conseil de Paris, un groupe charnière. Les tours voulues par le maire se feront, c'est un signe.


Courriel : legendre@lemonde.fr.
Bertrand Le Gendre (Editorialiste)

Par Grand Paris
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Mardi 20 mai 2008
TRIBUNE LIBRE
LE MONDE | 20.05.08

par Stéphane Gatignon et Pierre Mansat

Stéphane Gatignon
, maire de Sevran, conseiller général de Seine-Saint-Denis
Pierre Mansat
, adjoint au maire de Paris

Maire de Sevran, commune parmi les plus pauvres de la métropole, et adjoint au maire de Paris, capitale riche et attractive, ensemble nous prenons position : la métropole est la bonne échelle pour résoudre les inégalités entre nos villes. Nos réalités sont distinctes, notre avenir est commun. Le statu quo serait à coup sûr source d'étouffement. Il faut inventer un cadre démocratique, une gouvernance pour ce territoire. if ( undefined !== MIA.Pub.OAS.events ) { MIA.Pub.OAS.events["pubOAS_middle"] = "pubOAS_middle"; }

La métropole parisienne est un lieu de vie, d'échanges. Les villes, les départements qui la composent sont dépendants les uns des autres. La métropole a besoin de penser les politiques publiques en phase avec cette communauté de destin. A défaut, les écarts pourraient se creuser entre les territoires trop souvent oubliés et les autres. Très loin d'une relation de domination entre Paris et la "banlieue" sur laquelle s'est construite l'histoire de l'agglomération, il faut maintenant passer à la culture de coopération et de solidarité.

Les inégalités sont éthiquement inacceptables, socialement inopérantes. Nous ne croyons pas à l'illusion de territoires dorés côtoyant les zones de grande pauvreté. Une ville, un département ne peuvent se développer au détriment de leurs voisins. Pour les grands projets - transports, logements, écologie, emplois -, les décisions doivent être cohérentes, les ressources comme les bénéfices doivent être partagés.

Prenons les transports. Aujourd'hui, tout le monde est d'accord : il faut construire le métrophérique (métro de la petite couronne). Nous n'acceptons pas que ce projet mette trente ans pour voir le jour. Il est urgent de permettre aux habitants de banlieue de pouvoir se déplacer sans passer par le centre. Il est urgent de désengorger les lignes de métro intra-muros, et plus encore le réseau express régional (RER), dont les dysfonctionnements deviennent des obstacles à l'embauche. Mettre cette question au coeur des préoccupations est une des clés du développement et du respect de l'environnement. Alors il faut faire vite. Il faut griller les étapes. Il faut que tous les partenaires de la métropole en prennent la décision ensemble ; et en donnent les moyens au syndicat des transports (STIF).

Autre enjeu, le logement. Pour sortir de la crise du logement, il faut construire 60 000 logements par an, dont beaucoup de logements sociaux. Cela dans un contexte de raréfaction des terrains et de flambée des prix du foncier en petite couronne. Nous ne relèverons pas ce défi chacun dans notre coin. Il faut mutualiser les moyens, chercher de nouveaux financements, inventer de nouveaux règlements. Il faut créer un nouvel équilibre entre l'est et l'ouest.

A la croisée de ces deux sujets, une meilleure répartition territoriale des pôles de développement est nécessaire, autant pour l'équilibre de la métropole que pour le rapprochement des bassins d'emploi et d'habitat. Les collectivités concernées doivent travailler ensemble pour apporter des réponses à ces questions d'intérêt général sans a priori concernant les formes de gouvernance et loin des débats d'ego. Une réforme de la fiscalité locale fondée sur la péréquation financière doit permettre la mutualisation des moyens.

Une nouvelle culture doit éclore. Le travail en commun, la transversalité, le respect autour de projets cohérents et crédibles à l'échelle métropolitaine en sont la base. Et puis, il faut des actes pour contribuer à l'émergence d'une identité commune. Par exemple, des lieux culturels communs.

La conférence métropolitaine réunira en juin des assises de la métropole parisienne, pour porter le débat devant la population. Nous y serons porteurs de cette nouvelle vision de notre avenir commun. Avec l'ambition de contribuer avec les représentants de toutes les collectivités de la métropole, toutes sensibilités confondues, à construire ensemble une métropole attractive et solidaire.


Par Grand Paris
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