France : Débat Territoires

Mardi 5 mai 2009
TRIBUNE LIBRE
LES ECHOS
[ 23/02/09  ]

Cette tribune libre sur les frontières et le modèle de gouvernance du Grand Lyon peut également nourrir notre réflexion territoriale parisienne, d'autant qu'à ce jour, nous ne sommes dotés d'aucune intercommunalité.

Par BERNARD CONSTANTIN

Bernard Constantin est professeur des universités associé à l'IEP de Lyon et ancien responsable de l'aménagement du territoire à la préfecture de région Rhône-Alpes

Les réflexions du comité Balladur sur la réforme institutionnelle suscitent un débat passionné et passionnant mais contribuent à créer une certaine confusion. C'est le cas pour la question des métropoles. De quoi parle-t-on ?

Gérard Collomb, maire de Lyon et président de la Communauté urbaine de Lyon, nouveau président de l'Association des communautés urbaines de France, affirme (« Les Echos » du 2 février) qu'« il faut conforter les communautés urbaines, qui sont la forme la plus intégrée de l'intercommunalité, au sein desquelles nous devons faire émerger cinq ou six grandes agglomérations à l'échelle européenne ». Il cite ensuite des références de « métropoles... le Grand Barcelone en Espagne, la région urbaine de Manchester en Angleterre ». C'est la démonstration d'une confusion entre deux réalités complètement différentes : celle de la ville-métropole, d'une part, et celle de la métropole-réseau, d'autre part.

Jean-Paul Lacaze, théoricien et praticien de l'aménagement du territoire dans les années 1980-1990, nous a fait comprendre ces deux conceptions différentes et même opposées de la métropole : l'une, s'inspirant du modèle romain, rigide, hiérarchique, intégrateur ; l'autre, s'inspirant du modèle grec, souple, partenarial, en réseau, correspondant étymologiquement à la ville mère et à son système de comptoirs partenaires. Ces deux types de logique servent toujours aujourd'hui de références..., Lyon n'y échappe pas.

Depuis une vingtaine d'années, déjà, Lyon affiche l'ambition de devenir une métropole européenne. Mais, tel un défi, deux questions indissociables et récurrentes se posent : comment atteindre la « taille critique européenne » ? avec quel système d'organisation du territoire métropolitain ?

Si l'on observe les grandes métropoles européennes, il faut aujourd'hui un poids démographique d'au moins 3 millions d'habitants (Barcelone est à 5, Milan à 4, Manchester, Francfort, Munich ou Stuttgart à 3...). La taille de la population n'est pas un objectif en soi ; elle est révélatrice d'un potentiel économique, d'un niveau de services et d'une synergie possible entre les différentes composantes du territoire, permettant ainsi d'être visible, attractif et compétitif au plan international.

Pour atteindre ce seuil, une nouvelle échelle territoriale doit être recherchée. Pour Lyon, une seule le lui permet, celle de sa région urbaine, la RUL, sur quatre départements (Ain, Isère, Loire, Rhône), incluant les principales agglomérations environnantes (Saint-Etienne, Roanne, Bourg, Villefranche, Vienne, Porte de l'Isère...). C'est le modèle grec... La seule Communauté urbaine de Lyon, même renforcée dans ses compétences et ses pouvoirs dans la perspective des nouvelles dispositions institutionnelles, est trop limitée, avec 1,2 million d'habitants. C'est le modèle romain...

Même si l'on considère à juste titre que le couple Lyon - Saint-Etienne est le moteur principal d'une grande métropole lyonnaise, le projet qui semble se dessiner d'une coopération renforcée entre la Communauté urbaine de Lyon et les communautés d'agglomération de Saint-Etienne et Porte de l'Isère n'est pas suffisant, avec 1,7 million d'habitants ; il présente en plus le double risque de relations en fait trop « bilatérales » et donc asymétriques entre partenaires de niveaux très différents, et de suspicions légitimes de la part des autres partenaires de la RUL, laissés pour compte...

Pour Lyon, comme ailleurs, le modèle grec s'impose : les décideurs politiques doivent organiser et animer, à une échelle large, une métropole multipolaire, en définissant une stratégie claire et partagée par l'ensemble des pôles et en mettant en place un dispositif de gouvernance fondé sur la confiance, la responsabilité et le travail en équipe. Force est de constater aujourd'hui que Lyon, à l'échelle métropolitaine pertinente de sa région urbaine, n'a ni l'une ni l'autre.

Pourtant, l'affaire était plutôt bien partie : en 1989, Michel Noir crée la RUL et fait approuver en 1994 une stratégie multipolaire ambitieuse, « RUL 2010 ». A cette époque, la RUL apparaît en France comme un modèle original et prometteur de coopération métropolitaine, qu'il faut imiter... Lyon est en avance. En 1995, Raymond Barre confirme cet outil stratégique, qui lui permet de convaincre l'Etat d'engager un exercice de directive territoriale d'aménagement à cette échelle métropolitaine, ce qu'il obtient en 1998 (cette DTA aboutit en 2007 par décret en Conseil d'Etat)... Lyon continue de s'affirmer dans la dure compétition des métropoles européennes.

En 2001, Gérard Collomb met un coup d'arrêt à ce processus de métropolisation, méfiant à l'égard de la RUL et de sa démarche stratégique globale, privilégiant plutôt des approches bilatérales et empiriques, au risque de rester dans des jeux tactiques. Le résultat, après huit ans, est que Lyon est très en retard dans la construction de sa métropole et, de ce fait, menacée... en dépit de son potentiel économique, culturel et universitaire incontestable...

Il y a urgence : les métropoles concurrentes, bien sûr en Europe (Barcelone, Milan, Francfort, Munich, Stuttgart, Manchester...) mais aussi en France (en particulier Lille et son eurométropole transfrontalière de 3,4 millions d'habitants), sont en train de s'organiser ou le sont déjà...

Certes, la tâche est difficile pour Lyon, contrainte par un système institutionnel particulièrement complexe. Mais l'enjeu est d'importance, à la fois pour l'activité économique, les emplois et le cadre de vie. C'est la raison pour laquelle la Société d'économie politique de Lyon s'est risquée à formuler des propositions concrètes et immédiatement applicables, dans un document récent intitulé « Construire Lyon Métropole : renforcer le travail en équipe entre Lyon et les villes environnantes pour créer une métropole multipolaire ». L'objectif est de développer un « modèle lyonnais » de métropole, à la fois industrielle et verte, rayonnante, attractive et agréable à vivre, avec une densification raisonnable des villes, un système de transport efficace et une valorisation des espaces naturels et des paysages.


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Mardi 5 mai 2009
TRIBUNE LIBRE
LES ECHOS
[ 09/03/09  ]

DENIS VIGNOLLES

Denis Vignolles, président de l'Association syndicale des contrôleurs généraux économiques et financiers, s'exprime ici à titre personnel

Une fois de plus un débat aux enjeux majeurs pour notre démocratie sera confisqué par ceux qui sont juges et parties : les « grands » élus locaux qui cumulent mandats nationaux et locaux. A peine connues, les propositions du comité Balladur pour la réforme des collectivités locales ont subi un feu nourri de critiques, souvent contradictoires. Qu'en est-il réellement ?

La plupart des observateurs de la chose politique s'accordent pour reconnaître que l'enchevêtrement des compétences des différents niveaux de collectivités alourdit considérablement les processus de décision et les coûts de fonctionnement. C'est de tout notre système politique dont il est question, fournissant des milliers de mandats électifs de plus en plus rémunérateurs, contrairement au misérabilisme complaisamment véhiculé. En effet aux côtés des 35.000 maires ruraux dont les mandats relèvent d'un véritable sacerdoce, les caciques des partis politiques et ceux qui aspirent à les remplacer se partagent des sièges de conseillers généraux et régionaux avec de multiples vice-présidences, les présidences de syndicats intercommunaux ou, moins connues, les sinécures des conseils économiques et sociaux régionaux. Chacun de ces postes représente l'assurance d'une rémunération mensuelle de plusieurs milliers d'euros totalement défiscalisée par une pseudo-retenue à la source, de généreuses retraites complémentaires et divers avantages non moins recherchés. Dans ces conditions, on comprend mieux l'acharnement mis à défendre l'ordre établi et la perpétuation des mandats électifs.

Cette emprise politicienne transparaît nettement dans les propositions du comité Balladur. Redessiner la carte des régions, aujourd'hui quasi intégralement détenues par des majorités socialistes, aurait été perçu comme une agression politique. Edouard Balladur ne pouvait se le permettre, et il ne le souhaitait probablement pas tant les régions sont perçues comme l'échelon administratif « porteur d'avenir ». Le comité a cependant proposé de réduire leur nombre par regroupements volontaires. Pourquoi pas, mais au nom de quelle logique ? Contrairement aux idées reçues, l'importance géographique ou démographique des régions françaises se situe dans la moyenne européenne.

La question des départements était autrement plus délicate. Il convenait de lire entre les lignes les déclarations de la délégation socialiste entendue par le comité pour percevoir une position implicite : « L'avenir est dans les régions et les communautés urbaines. » Exit les départements. Mais pas question de l'exprimer clairement lorsqu'une soixantaine de conseils généraux sont dirigés par des socialistes. Pressentant des réactions hostiles de tous bords, le comité n'a pas non plus osé proposer la suppression des départements dont, pourtant, le niveau géographique fixé il y a deux siècles ne correspond plus aux enjeux économiques ou sociaux contemporains.

Les autres propositions du comité suscitent moins de clivages politiques, à l'exception notable du « Grand Paris ». L'élection au suffrage universel des organes délibérants des Epci (Eablissements publics de coopération intercommunale) répond aux voeux des deux bords politiques ; l'intercommunalité est plébiscitée ; la création d'une nouvelle catégorie de collectivité, les métropoles, semble admise. Seule la suppression de la compétence générale des régions et départements fait encore discussion. Le Parti socialiste défend peu ou prou l'existant : l'idée de blocs de compétences mais en maintenant des compétences partagées avec les autres collectivités.

Il est cependant dommage que la recherche délibérée d'un consensus politique ait conduit le comité à ne proposer que des aménagements somme toute mineurs au regard des véritables enjeux : les regroupements de régions ou de départements sur la base du volontariat demeureront une clause de style ; la transformation de communautés urbaines en métropoles, dotées de certaines prérogatives des départements, achèvera de complexifier un millefeuille administratif déjà largement indigeste ; la seule source d'économies préconisée et sur laquelle s'accordent toujours les élus locaux, concerne la contraction des services déconcentrés de l'Etat. C'est peu. Très peu, compte tenu de l'explosion des coûts de fonctionnement des régions et départements imputés facilement aux transferts de compétences de l'Etat. Il n'est qu'à observer la prolifération des hôtels de région et de département, la croissance de leurs parcs immobiliers ou automobiles et, par comparaison, relever la paupérisation des administrations d'Etat, dont la justice, l'éducation ou les hôpitaux ne sont que des illustrations emblématiques. La maîtrise du train de vie des grandes collectivités est aujourd'hui un impératif incontournable qui pourrait un jour cristalliser le rejet de la politique par nos concitoyens, s'ils en mesuraient la réalité. De même, probablement par facilité, la question du cumul des mandats et des indemnités n'a pas été abordée alors qu'elle constitue la pierre angulaire du système.

Les responsables politiques doivent comprendre que la dépense publique ne peut plus se permettre d'ignorer la crise économique qui frappe nos concitoyens. L'élection ou la réélection, fût-elle au suffrage universel, ne peut suffire à donner un blanc-seing aux élus face à des citoyens dépourvus des moyens d'exercer un véritable contrôle de l'exécution des mandats électifs. Il leur appartient de gérer désormais avec rigueur les finances locales pour éviter que la dérive observée ne s'aggrave dangereusement. La maîtrise des déficits publics ne pourra se faire sans réduire les coûts de fonctionnement excessifs engendrés par la superposition des niveaux de collectivités. Il convenait aussi de donner plus de simplicité à une organisation administrative devenue illisible pour les citoyens. Prudent ou timoré, en renonçant à proposer une révision constitutionnelle, le comité Balladur a malheureusement refermé le dossier avant que de l'ouvrir.

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Mardi 5 mai 2009
TRIBUNE LIBRE
LES ECHOS [ 20/03/09  ] 

PHILIPPE BAS

Philippe Bas est conseiller général de la Manche et ancien ministre

Le rapport Balladur sur notre organisation territoriale n'est pas un rapport comme les autres. Il épargne au lecteur la sécheresse de la langue administrative par laquelle les comités Théodule se protègent habituellement de la curiosité du public... Par les temps qui courent, on se dit qu'il est plus agréable d'être entraîné dans le XXIe siècle des territoires à la suite de Saint-Simon que derrière Carlos Ghosn.

La méthode politique qui se dissimule derrière la suavité du ton rend également admiratif : 1 - on inquiète, 2 - on rassure, 3 - on condamne.

On inquiète : à lire le rapport, la France serait un peuple conservateur qui n'a pas su se débarrasser de ses petites communes, de ses départements et créer des régions à taille européenne. Résultat : le service rendu aux usagers est insuffisant, coûteux et la démocratie n'y trouve pas son compte ; de plus, nous serions la risée de toute l'Europe.

On rassure : malgré l'extrême gravité du mal, les solutions passeront par le volontariat et l'incitation, à l'exclusion de toute contrainte, les évolutions seront lentes, aucun échelon d'administration ne sera supprimé, tout pourra rester comme avant : nos communes, nos départements, nos régions pourront survivre dans leurs frontières actuelles. Soulagement !

On condamne : la disparition des cantons proposée par le rapport va priver les départements de leurs racines territoriales, ils seront dépendants des régions, et seront attaqués à la fois par le bas et par le haut, groupements de communes et régions se taillant la part du lion dans la distribution des compétences et des finances locales. C'est condamner le département à la mort lente après avoir renoncé à l'exécuter !

Ainsi, ce ne sera pas seulement par la loi que le système devra évoluer mais aussi par le mode de scrutin, adjuvant politique bien connu, par l'argent, nerf de la guerre, et par le temps, par lequel doit s'accomplir le dépérissement programmé des départements.

Mais est-ce vraiment si simple ? Où sont les économies promises, que l'auteur du rapport s'est refusé à chiffrer ? Où est le gain d'efficacité et de proximité dans le service des populations ?

L'action de réforme peut-elle se résumer à l'application de ces propositions d'apparence innocente mais en réalité mortifères ? Certainement pas. Le comité présidé par M. Balladur, pourtant composé d'élus connaissant bien les territoires, ressort malheureusement les mêmes arguments d'autorité, la même vision parisienne sous couvert de bonne gestion, la même pensée unique qui avaient déjà inspiré pour partie le rapport Attali. Bien loin des réalités humaines et sociales de notre pays, il entend substituer au centralisme d'Etat, qui nous a fait tant de mal, un nouveau centralisme régional, tout aussi distant de la base, qui n'a aucune chance de nous faire du bien.

On le sait, la France n'est pas un pays comme les autres. Bien sûr, nos voisins ont construit différemment leur organisation territoriale. Mais ils n'ont pas inventé de toutes pièces leurs territoires : ils en ont hérité ! La plupart des grands pays d'Europe sont des conglomérats de principautés, de royaumes et de villes libres. Nous sommes au contraire une nation unitaire, profondément marquée par l'impératif d'égalité. Le rapport Balladur postule l'infériorité de notre organisation territoriale, mais derrière les arguments énoncés sur le mode de l'évidence, derrière les consensus établis qui se passent d'explication, aucune démonstration ne vient étayer ce postulat.

Partons de ce qui existe et cherchons à l'optimiser ! Nous ne sommes pas à la recherche d'un nouveau modèle territorial venu de nulle part. Nous voulons que fonctionne au mieux, au bénéfice des populations et des acteurs économiques, notre réalité territoriale. Ce n'est pas un Meccano ni une pâte à modeler. Les territoires sont aussi affaire d'identité. L'identité ne se décrète pas. Si l'on transposait ce type de raisonnement à l'échelle des nations, il faudrait dire que l'Autriche et la Suisse sont trop petites et l'Allemagne trop grande ! Oui, mais la Suisse est la Suisse, et l'Allemagne, l'Allemagne ! Nous aurons d'autant plus de chances d'être efficaces que nous saurons respecter l'identité de nos territoires, à commencer par celle des départements.

Un principe simple nous permettrait de répondre à l'immense besoin de repères exprimé par nos compatriotes : privilégier toujours la proximité. Il faut trouver pour chaque problème le niveau d'action le plus approprié. Sans aller jusqu'au bout de la démarche, le rapport Balladur le propose justement, de même qu'il propose de mettre fin aux cumuls excessifs de mandats (par exemple, maire, président de communauté de communes et député).

La région est nécessaire et utile, mais elle doit encore conquérir le coeur des Français. C'est une construction récente et fragile. Elle est loin, et parce qu'elle est loin, elle anime des politiques d'aménagement du territoire mais gère peu de services à la population (formation professionnelle, lycées et transports ferroviaires). Elle ne peut ainsi répondre aux besoins des territoires par une action de proximité, celle offerte par les départements. Clarifions les rôles, préservons les départements et les pays qui ont su apporter des services adaptés dans des zones à taille humaine. N'oublions pas que la force d'une collectivité vient aussi du sentiment d'appartenance qu'elle inspire.

Alors, regrouper les petits cantons, pourquoi pas ? Mais n'inventons pas de toutes pièces un scrutin reposant sur des listes de conseillers d'arrondissement éloignés du terrain et politisés, qui formeraient des assemblées lointaines et partisanes. La région n'est pas aujourd'hui un territoire d'identification. Ne mettons pas sous tutelle régionale les départements : les citoyens n'y comprendraient plus rien et auraient encore plus le sentiment d'être les oubliés de la politique. Spécialisons davantage les collectivités pour éviter qu'elles se fassent concurrence. Et donnons à chacune les ressources nécessaires pour assumer ses missions, dans le respect du principe d'autonomie financière que Jean-Pierre Raffarin a fait inscrire dans notre Constitution.

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Mardi 5 mai 2009
TRIBUNE LIBRE
LES ECHOS [ 20/03/09  ] 

ROMAIN PASQUIER

Romain Pasquier est chercheur au CNRS et enseignant à Science-Po Rennes

Avant même d'avoir lu le rapport du comité Balladur sur la réforme des collectivités locales, des commentateurs ont annoncé un futur big bang pour l'organisation territoriale de la République. Si l'on prend la peine de lire ce rapport on est surpris, au contraire, par le grand pragmatisme et finalement le grand classicisme des propositions. Les points d'achoppement de la décentralisation française sont bien connus : un empilement des structures marqué par le nombre bien trop important de communes (36.783 communes contre 8.414 en Allemagne) ; un enchevêtrement des compétences et des financements illustrés par la concurrence entre départements et les régions ; une fiscalité locale vieillissante ; et enfin, un système illisible pour le citoyen contribuable.

En quoi aurait pu donc consister une révolution ? Réduire tout d'abord drastiquement le nombre de communes, c'est-à-dire faire la réforme que tous les pays occidentaux ont fait ces vingt dernières années. Instaurer un principe de hiérarchie entre les collectivités territoriales dans le but de clarifier et de rendre visible les responsabilités politiques et institutionnelles des uns et des autres. Le principe de non-hiérarchie entre les collectivités territoriales est en effet la véritable - peut-être la seule - exception française au regard de toutes les grandes démocraties européennes (Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni) qui ont fait le choix d'une décentralisation régionale. Contraindre, enfin, l'Etat à jouer le jeu de la décentralisation. Nombre des doublons ou des débordements de compétences que l'on constate dans les territoires sont dus à un Etat qui n'a cessé de transférer de nouvelles charges aux collectivités territoriales tout en les contraignant à financer ses propres compétences.

Or, que dit le rapport Balladur ? Il plaide pour une intercommunalité renforcée, en particulier en milieu urbain (11 grandes métropoles). Ceci se situe dans la droite ligne de l'histoire de l'intercommunalité en France depuis l'échec magistral de la loi de fusion municipale en 1971. Il se prononce également pour une réduction du nombre de régions (de 22 à 15) et la création d'un « Grand Paris » faisant directement écho au vieux rêve des aménageurs des années 1960 de doter la France d'entités territoriales de « taille européenne ». Quant au sujet de la fiscalité, qui n'était pas le coeur de sa mission, le comité reprend à son compte nombre de propositions de rapports antérieurs visant à simplifier et à clarifier la répartition des impôts locaux pour le contribuable.

Au total, ce rapport décline, à partir de droits existants (droit à l'expérimentation pour le rapprochement entre collectivités), des propositions pragmatiques qui permettent pour l'essentiel de contourner l'obstacle d'une réforme constitutionnelle. Supprimer certains échelons ou instaurer une hiérarchie entre les collectivités territoriales auraient en effet nécessité de modifier la Constitution à une période où le gouvernement ne dispose que d'une majorité relative au Sénat, ce dernier étant lui-même très largement favorable au statu quo territorial... Le big bang n'est donc pas pour demain.

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Mardi 5 mai 2009
TRIBUNE LIBRE
LES ECHOS [ 28/04/09  ]
Jacques Bichot, économiste, est professeur émérite à l'université Lyon-III

Selon « Insee Première » no 1229 de mars 2009, « la valeur du patrimoine économique national a été multipliée par huit entre 1978 et 2007 : elle a doublé en termes réels, tandis que les prix des actifs ont plus que quadruplé, portés notamment par la vive progression de ceux des biens immobiliers sur les dix dernières années ».

Les logements, et les terrains sur lesquels ils sont ou pourront être bâtis, sont davantage entre les mains des personnes relativement âgées que des plus jeunes. Ainsi, dans l'enquête patrimoine 2003-2004, l'Insee relève-t-elle les taux suivants de détention de la résidence principale, selon l'âge de la « personne de référence » du ménage :

- 13,7 % si elle a moins de 30 ans ;

- 46,1 % si elle a entre 30 et 39 ans ;

- 60,9 % si elle a entre 40 et 49 ans ;

- 67,5 % si elle a entre 50 et 59 ans ;

- 69,5 % si elle a entre 60 à 69 ans ;

- 61,4 % si elle a 70 ans ou plus.


Cela signifie que les achats nets de terrains bâtis ou à bâtir (directs, ou par promoteur interposé dans le cas des appartements) ont lieu surtout entre 30 et 50 ans. Qui sont les vendeurs nets, bénéficiaires de l'envolée des prix ? Des ménages qui en possèdent, le cas échéant à la suite d'un héritage (l'âge moyen de l'héritage s'est élevé en même temps que l'âge moyen des décès), et trouvent qu'ils peuvent s'en défaire en tout ou en partie, c'est-à-dire surtout des personnes à la retraite ou qui en sont proches.

Or le prix du terrain bâti ou à bâtir a explosé. L'indice des prix des « terrains sous-jacents » - ceux qui supportent une habitation ou sont achetés dans ce but - a été multiplié par vingt entre 1978 et 2007, indique l'Insee, tandis que le multiplicateur est de quatre pour l'ensemble du patrimoine. En 2007 les terrains sous-jacents représentaient 35 % du patrimoine des ménages, contre 27 % pour les logements stricto sensu.

Cela implique un transfert considérable des jeunes ménages vers les plus âgés, et particulièrement vers les retraités. Les jeunes qui rentrent sur le marché du travail ont aujourd'hui la perspective de céder à ces derniers une forte proportion de la richesse qu'ils vont créer par leur travail : en cotisant aux caisses de retraite par répartition et à l'assurance-maladie (financée à 90 % par les actifs, celle-ci affecte plus de 40 % de ses dépenses aux retraités) ; sous forme de loyers ; en effectuant des achats (éventuellement implicites) de terrain bâti ou à bâtir ; et en versant des intérêts sur leurs gigantesques emprunts immobiliers (partie de ces intérêts que les banques reversent aux titulaires de placements financiers).

Pour les jeunes ménages, dont beaucoup, on en conviendra, n'entrent pas dans la vie professionnelle avec une extrême facilité, la situation est devenue intenable. Dans « Les Echos » du 5 novembre 2008, Jacques Friggit estime que l'achat de la résidence principale en est arrivé à absorber en moyenne cinq années de revenus du couple, contre trois en l'an 2000. Certes, la baisse des prix immobiliers qui est en cours améliorera la situation, mais sera-t-elle suffisante en ce qui concerne les terrains si l'on ne remédie pas à certaines causes de leur cherté ?

La France a une densité de population deux à trois fois inférieure à celle de nombre d'autres pays européens : Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Royaume-Uni, etc. Pourquoi alors des prix si élevés pour le terrain bâti ou à bâtir ? L'insuffisance de l'offre tient à des facteurs autres que la rareté physique du terrain. Il serait fort utile de déterminer lesquels (plans d'occupation des sols ? politique des transports ? etc.) ainsi que leur importance respective, et d'étudier quels moyens permettraient de modifier la situation. Ne pas le faire reviendrait à se résigner à ce que notre pays soit le lieu d'une exploitation abusive des actifs par les inactifs.

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Jeudi 7 mai 2009
PRESSE
LIBERATION 06/05/09

Laurent Gobillon chercheur à l’Ined (Institut national d’études démographiques) et au Crest (Centre de recherche en économie et statistique), Thierry Magnac chercheur à l’Ecole d’économie de Toulouseet Harris Selod chercheur au Crest.

Les techniques de «testing» utilisées par des associations pour dénoncer les discriminations à l’embauche, par les agences immobilières ou à l’entrée des boîtes de nuit jouent un rôle important dans la prise de conscience de la discrimination en France. Elles sont un outil efficace de la lutte contre les discriminations. Néanmoins elles ne peuvent donner une mesure fiable de la prévalence des discriminations en France. Il faut pour cela des enquêtes ou des données administratives.

Ainsi dans nos travaux sur le chômage en Ile-de-France à la fin des années 1990, nous montrons que le taux de sortie du chômage, vers l’emploi, des ressortissants d’Afrique (Maghreb et Afrique subsaharienne) est à peu près moitié moindre que celui des personnes de nationalité française. Et ceci en comparant des personnes de mêmes sexe, âge et niveau d’éducation. A titre d’indication, cet écart est aussi fort qu’entre une personne de niveau d’éducation primaire et une personne ayant un diplôme du supérieur. Autrement dit, un ressortissant africain diplômé du supérieur sort du chômage aussi difficilement qu’un Français de niveau d’éducation primaire.

Qui plus est, l’importance de la population concernée par ce problème, évaluée à 1 million de personnes en Ile-de-France, est très probablement sous-estimée, car, en l’absence de statistiques «ethniques», nous sommes obligés de l’appréhender sous le seul angle de la nationalité.

Les disparités de situation par rapport à l’emploi ne s’arrêtent pas là puisque les écarts liés aux nationalités sont renforcés par les disparités spatiales : nous montrons qu’à caractéristiques individuelles égales, un habitant d’une commune où les personnes ont des difficultés à trouver un travail trouvera lui-même moins facilement un travail. La corrélation entre les difficultés individuelles et communales de sortie du chômage est donc très forte et pour les plus désavantagés, il y a «double peine», individuelle et collective. Ainsi les communes où les personnes ont le plus de mal à trouver un emploi sont les communes où vivent beaucoup de ressortissants étrangers et surtout ceux du continent africain qui constituent 9 % de la population en Ile-de-France. Dans une commune où vit 1 % de plus de ressortissants africains, le taux de sortie du chômage au bout d’un an sera 1 % plus faible.

Bien sûr, ces disparités liées simultanément à la nationalité et au lieu de résidence peuvent ne pas refléter uniquement des discriminations. Des biens publics utiles dans la recherche d’emploi, comme les transports, peuvent être insuffisamment développés, les réseaux sociaux peuvent être plus ou moins efficaces. Néanmoins, ce qui est clair, c’est que les disparités se renforcent l’une l’autre, l’adresse s’ajoutant au faciès.

Les spécialistes des questions urbaines comprennent encore très mal la manière dont se forment des ghettos. Il y a sans doute multiplicité de configurations spatiales possibles résultant du jeu entre tous les acteurs. La ségrégation résidentielle et les problèmes de chômage sont beaucoup plus forts dans certaines que dans d’autres. Il revient dans ce contexte à la puissance publique d’intervenir pour s’assurer que la société s’installe dans la situation la plus conforme aux choix collectifs de la République, ici parfaitement liés, d’intégration résidentielle et d’emploi.

Les politiques de la ville doivent donc, selon nous, être plus matérielles que symboliques, comme elles ont trop tendance à l’être. Elles sont bien connues : investir dans l’éducation, redistribuer les ressources entre communes sur tous les fronts et pas seulement sur le marché du travail, répartir les logements sociaux dans toutes les communes. Cette dernière politique contribue à affaiblir les préjugés car il faut empêcher au maximum que se fasse dans les esprits un lien entre nationalité et adresse de résidence. Pour cela il faudrait confier la gestion de l’espace urbain à une agence indépendante, dotée de pouvoirs forts et jugée à l’aune d’un cahier des charges établi par la représentation nationale.

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Lundi 25 mai 2009

TRIBUNE LIBRE

LES ECHOS 25/05/09

THIERRY DUCLAUX

Thierry Duclaux, président de l'Association des ingénieurs des Ponts et Chaussées, directeur général de VNF.


Au royaume de la Révision générale des politiques publiques, la RGPP, la machine à fusionner les corps tourne à plein régime. A tel point qu'au sein de l'administration, plus personne ne semble se poser la question de savoir comment réussir une fusion à haut niveau. Il serait pourtant urgent de réfléchir à l'art et à la manière de réussir le rapprochement prévu entre le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées et celui du Génie rural, des eaux et des forêts. Il est facile aux équipes d'audit, appelées par Bercy, de redessiner crayon levé les contours de ces corps. Il est en revanche plus difficile d'en connaître les objectifs précis. La réforme oui, mais dans la clarté de l'ambition et dans le dialogue.

Les ingénieurs des Ponts et Chaussées, qu'ils exercent dans le public ou dans le privé, n'attendent que cela. Or il semblerait que la fusion précède la vision. Il est temps cependant d'y remédier en respectant quelques principes de base. Il fautun corps bien formé, avec une gestion de carrière ouverte sur ses voisins comme sur le monde... Regardons les expériences du secteur privé. Des méthodes existent pour intégrer dans un même ensemble des cultures différentes, pour empêcher la perte des connaissances accumulées, etpour créer des savoirs plus riches et partagés.

Encore faut-il que l'Etat définisse de quel type de compétence il a besoin. Serait-il prêt à renoncer à des corps d'ingénieurs d'élite capable de gérer, en équité, la complexité ? Ce n'est pas qu'une affaire d'expertise à haut niveau, il en va de la vie démocratique du pays. Car derrière la complexité, il y a la décision politique. Et c'est pourquoi derrière la complexité, il faut l'éclairage impartial de l'ingénieur d'Etat, seul à même de garantir la neutralité des analyses devant lescitoyens. Que l'on pense aux avenirs possibles, il y a quinze ans, pour la zone de l'aéroport de Roissy. Chaque lobby était l'arme au pied avec sa propre solution ! C'est notre expertise qui a permis de trouver le compromis optimum pour l'intérêt collectif. Aujourd'hui, le trafic a doublé, à 60 millions de passagers, sans troisième aéroport et sans nuisances supplémentaires. En pilotant cette opération dans le cadre d'un Epic, le corps des Ponts a permis au pouvoir politique de garder la main sur les choix essentiels. A l'heure où les autorités indépendantes en tout genre ont tendance à s'émanciper du pouvoir central, c'est un exemple à méditer. Il serait paradoxal, au moment où la puissance publique réinvestit le territoire, qu'elle se prive de l'autorité naturelle des Ponts.

Dans cet esprit, l'administration doit réfléchir aux orientations possibles. Il importe, en particulier, de cultiver les compétences sans tomber dans le piège de la spécialisation. Il faut probablement permettre le passage de la fonction publique d'Etat à la fonction publique territoriale. Gérer les ressources humaines de ce « nouveau corps » en s'inscrivant dans le long terme pour construire une société durable est un vrai défi. Le moindre n'étant pas de tenir compte de l'immense défi de la formation : un « corpsard » à bac plus sept ne peut être noyé dans la banalisation des filières. N'en doutons pas, il y a encore beaucoup d'autres pistes constructives et accessibles.

Par Association Grand Paris
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Jeudi 18 juin 2009
PRESSE
LEMONDE.FR | 18.06.09

Sans attendre le contenu de la réforme des collectivités territoriales que Nicolas Sarkozy doit présenter lundi 22 juin devant le Congrès, le Sénat renâcle.

Dans un rapport publié mercredi 17 juin, la commission mise en place par son président Gérard Larcher et confiée à Claude Belot, sénateur (UMP) de Charente-Maritime, a très nettement pris ses distances avec quelques-unes des modifications majeures que devrait annoncer le chef de l'Etat. Au "big bang" de l'organisation des territoires provoqué par M. Sarkozy, l'assemblée représentative des collectivités préfère la recherche du consensus entre les groupes politiques et les associations d'élus.

A l'issue de huit mois de travaux, ce groupe de travail a retenu 85 propositions pour "améliorer un système qui ne marche pas aussi mal qu'on le dit souvent", selon son président. Mais, "faute d'accord politique", a reconnu le rapporteur Yves Krattinger, sénateur (PS) de Haute-Saône, il a évité de se prononcer sur la création des conseillers territoriaux, à la fois conseillers généraux et régionaux, une proposition défendue par l'UMP dont l'objectif est de réduire de 6000 à 3000 le nombre d'élus. Cette initiative majeure du comité Balladur est un risque majeur de division du Sénat, où le texte de la future loi doit être présenté en première lecture à l'automne.

REDÉCOUPAGE

Revendiquant un "nouvel espace de liberté" face au gouvernement, M. Belot a prévenu "qu'à titre personnel, il ne votera aucun amendement qui ira à l'encontre des propositions de la commission". Les sénateurs admettent la nécessité de clarifier les compétences et de mieux coordonner les politiques entre les communes, les départements et les régions. Mais plutôt qu'un bouleversement qui nécessitera un redécoupage général de la carte des cantons, ils préconisent "la création de conseils des exécutifs" auxquels seraient aussi associés les présidents des agglomérations. Partisan de cette réforme qui devrait "mettre un terme à la concurrence institutionnelle et parfois financière entre les départements et les régions", Rémy Pointereau, sénateur (UMP) du Cher reste malgré tout convaincu "qu'une majorité finira bien par se dégager sur le texte".

Le débat devrait aussi être tout aussi serré à propos des métropoles, cette autre idée phare du rapport Balladur qui devrait être reprise par le chef de l'Etat. La commission a retenu le principe de la création de sept à huit métropoles (Lyon, Lille, Marseille, Toulouse, Nice, Bordeaux, Nantes et Strasbourg). Mais elle refuse d'envisager qu'elles soient dotées des compétences des départements, notamment dans l'action sociale.

En matière de clarification, les sénateurs renvoient la balle dans le camp du gouvernement. "Il serait souhaitable que l'Etat rappelle, en préalable, les missions régaliennes qu'il entend assumer", a relevé Jacqueline Gourault, sénatrice (Union centriste) du Loir-et-Cher.
"Le conflit n'est pas la solution pour faire avancer la réforme descollectivités. Le spectacle du déchirement des élus locauxdevant les citoyens serait la pire des solutions", met en garde M. Krattinger. Un avertissement de sénateur qui a peu de chances d'être entendu.

Michel Delberghe
Par Association Grand Paris
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Jeudi 18 juin 2009
PRESSE
LE MONDE | 18.06.09

Réforme des collectivités locales et des retraites : Nicolas Sarkozy explore ces deux pistes pour réaliser des économies à long terme sans annoncer de plan de rigueur, en dépit de l'explosion de la dette et des déficits publics. "Le président croit aux anticipations des acteurs économiques", explique l'un de ses conseillers. Hors de question d'annoncer une politique d'austérité qui saperait la confiance et tuerait dans l'œuf toute reprise.

Le président de la République fera de la réforme des collectivités locales un des axes de son discours devant le Congrès, qui réunira députés et sénateurs lundi 22 juin à Versailles.

Il compte faire mentir les Cassandre qui avaient annoncé l'enterrement de la réforme lorsqu'Edouard Balladur avait remis ses propositions en mars 2009. "Il y a une petite musique sur le thème 'il ne va rien faire'. Le président de la République souhaite aller loin sur cette réforme. Elle ne va pas du tout faire pschitt", commente l'entourage de Nicolas Sarkozy. Selon l'Elysée, les enquêtes d'opinion attestent d'un soutien des Français sur ce sujet.

De là à laisser planer la menace d'un référendum en cas de difficulté parlementaire, il n'y a qu'un pas. La rumeur court au Parlement. Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, le dément fermement : "Le référendum est une éventualité qui n'a jamais été discutée. Le débat parlementaire se présente plutôt dans de bonnes conditions."

La réforme, pilotée à l'Elysée par Emmanuelle Mignon, n'exige pour l'instant pas de modification constitutionnelle. Le projet de loi devrait être transmis au Conseil d'Etat début juillet, le texte serait adopté lors du dernier conseil des ministres, le 27 juillet, ou au retour de vacances en août. Il serait examiné par le Sénat en première lecture en septembre.

Le but est d'avoir une adoption définitive début 2010. Juste avant les élections régionales, où la droite espère reconquérir quelques régions, même si la bataille s'annonce difficile en dépit du bon score de l'UMP aux élections européennes.

Cette réforme est soutenue par les conseillers financiers du président de la République. Elle permettrait de faire des économies sur plusieurs plans : division par deux du nombre des élus dans les régions et les départements qui siégeraient à la fois au conseil général et à la région; simplification des intercommunalités, etc.

Surtout, l'Elysée cogite sur la manière de maîtriser les dépenses des collectivités locales. "Depuis sept ans, les dépenses de l'Etat ont été très sages. Cela ne s'est pas accompagné d'une maîtrise similaire des dépenses sociales et des collectivités locales", affirme un conseiller de l'Elysée. Et l'on réfute que la dérive soit exclusivement due à l'Etat qui délègue aux collectivités des missions toujours plus vastes sans leur en donner les moyens financiers.

Les plus audacieux rêvent d'un système qui plafonnerait la croissance de leurs dépenses. Il s'agirait d'un casus belli pour la gauche, élue dans les territoires. "Il n'est pas question d'introduire un plafonnement. Ce serait contraire à la Constitution", recadre M. Guéant.
La réforme impliquerait la nomination d'un ministre responsable du dossier. Le nom de Dominique Perben, ancien ministre de la justice, des transports, du logement, circule.

"ÉVITER DE SE LAISSER ENFERMER DANS UN DÉBAT IDÉOLOGIQUE"

Second axe d'économies, les retraites. Il n'est pas certain que Nicolas Sarkozy entre dans les détails devant le Congrès, laissant cette tâche à François Fillon, qui avait conduit la réforme des retraites en 2003. L'Elysée planche sur le sujet, alors que rendez-vous est pris avec les partenaires sociaux en 2010.

L'idée est de reporter l'âge légal du départ en retraite tout en restant souple sur les modalités. "Il faut éviter de se laisser enfermer dans un débat idéologique sur les 60 ans", explique-t-on à l'Elysée, où l'on fait valoir la nécessité de bouger: le taux d'emploi des seniors est le plus faible dans les pays où l'âge légal du départ en retraite est le plus bas: la France et l'Italie. Le couperet de 60 ans inciterait les entreprises à ne plus former leurs salariés à partir de 50 ans et à s'en séparer sans douleur à l'approche des 60 ans.

L'Elysée ne remet pas en cause le pouvoir d'achat des retraités mais veut continuer dans l'esprit de la réforme de 2003, qui allonge la durée d'activité. Le comité d'orientation des retraites explore l'expérience de la Suède, qui a introduit une retraite à points, dont la valeur est indexée sur le ratio actifs-inactifs.

L'Elysée a noté la modération des syndicats : "Les comptes passeront dans le rouge à partir de 2012. Les syndicats ne seront pas enthousiastes mais ils négocieront sur d'autres sujets comme la pénibilité pour que l'âge de la retraite ne soit pas le même pour l'ouvrier de Sandouville et l'inspecteur général des finances", espère-t-on à l'Elysée.

Arnaud Leparmentier
Par Association Grand Paris
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Jeudi 18 juin 2009
PRESSE
LE FIGARO 17/06/2009

Jean-Baptiste Garat et Judith Waintraub

Face aux résistances attendues de la part des élus, Xavier Bertrand va mobiliser les adhérents du parti.

Foi de Sarkozy, «cette réforme, on va la faire». Dès le lendemain du scrutin européen, le président a renouvelé, devant la direction de l'UMP, son intention d'obliger les collectivités à se réformer. Mercredi dernier, il en a signifié l'urgence aux sénateurs, particulièrement concernés puisque leur assemblée, d'après la Constitution, représente les collectivités territoriales. Et la question sera à nouveau au cœur de l'intervention présidentielle devant le Congrès, lundi.

Après écrémage du rapport commandé à Édouard Balladur par l'Élysée, la création de conseillers territoriaux pour remplacer les conseillers généraux et régionaux est devenue «le cœur de la réforme», selon l'ancien ministre des DOM-TOM puis de la Décentralisation, Dominique Perben. Le député du Rhône a été chargé de mettre en forme la contribution de l'UMP au réaménagement territorial, avec le sénateur de Saône-et-Loire Jean-Patrick Courtois. Pour Xavier Bertrand, la réforme des collectivités a beau être un sujet rébarbatif, «elle est majeure aux yeux de l'électorat de la majorité, qui y voit une déclinaison de notre engagement de réduire les dépenses publiques». «Quand on explique que l'on va passer de quelque 4 000 conseillers généraux et 2 000 conseillers régionaux à environ 3 000 conseillers territoriaux, tout le monde comprend l'intérêt de la chose» , renchérit Perben.

Le tandem Perben-Courtois vient d'achever une tournée d'une cinquantaine de réunions publiques sur le sujet. Objectif avoué : «Rallier les militants de base à la réforme pour obliger les élus à l'accepter.»«À chaque fois, ça a marché, raconte Dominique Perben. Dès qu'un élu local prônait le statu quo, il se faisait huer par la salle», souligne avec un sourire en coin Dominique Perben, pour qui «les élus ont l'idéologie de leur chapeau à plume».

 

«Contre-pouvoirs» 

À droite comme à gauche, les adversaires les plus farouches de la réforme sont parmi ceux qui cumulent le plus de mandats. Plus de 220 députés et sénateurs, toutes tendances confondues, sont conseillers généraux et une trentaine d'autres conseillers régionaux. À gauche, la réforme est vécue comme une attaque en règle contre les «contre-pouvoirs», qui se trouvent être aux mains de l'opposition. Elle dirige 58 des 102 départements et 20 des 22 régions. À droite, même si on concède que la réforme se traduirait quasi mécaniquement par un rééquilibrage en faveur de la majorité, on préfère voir supprimer le siège du voisin plutôt que le sien.

Pour contourner les résistances des élus, Bertrand va s'appuyer sur les militants. Il demandera aux adhérents de l'UMP de se prononcer par vote électronique sur les points fondamentaux de la réforme. Le scrutin sera organisé «quand le texte sera connu» juste avant l'été ou à la rentrée. En tout cas à temps pour «alimenter la campagne des régionales», selon le vœu de Nicolas Sarkozy.


Par Association Grand Paris
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