Dimanche 19 novembre 2006
LE MONDE | 23.05.06 | 15h05 • Mis à jour le 23.05.06 | 15h05
Les grandes manoeuvres reprennent entre la gauche et la droite autour du "Grand Paris", un projet qui reviendrait à créer un échelon intermédiaire, tant sur le plan géographique que sur le plan politique, entre l'Ile-de-France et la commune de Paris. Dans les deux camps, le constat est le même : Paris, à l'étroit dans ses 105 kilomètres carrés, ne peut plus régler ses problèmes de transports, de logements ni assurer son rayonnement économique sans rechercher des accords avec les villes qui l'entourent.
47 % de la population francilienne vit sur 4 % du territoire de la région
L'expression "Grand Paris" date des années 1920. A l'époque, élus et urbanistes se proposaient d'élargir les frontières administratives de la capitale pour tenir compte de son essor démographique. Mais leur projet n'a jamais vu le jour. En 1964, la suppression du département de la Seine a isolé Paris au sein d'un espace morcelé entre les sept départements franciliens actuels, rendant, de ce fait, encore plus hypothétique l'idée du "Grand Paris".
Dans les faits, pourtant, l'interdépendance entre la capitale et les 79 communes les plus proches est devenue une réalité pour la population. Cette "zone dense" concentre 47 % de la population sur 4 % du territoire de la région. Y sont rassemblés 60 % des emplois et 90 % des déplacements de la région. Y sont aussi localisés plus de 80 % des logements sociaux d'Ile-de-France. 300 000 Parisiens travaillent en proche banlieue. Plus de 500 000 habitants de la Petite Couronne exercent leur activité professionnelle à Paris.
Depuis 2001, la ville a multiplié les accords de coopération avec les villes de cette "zone dense". Paris réaménage une dizaine de ses "portes" et finance des programmes de construction de logements à Saint-Denis et à Saint-Ouen.
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Mais les divergences réapparaissent sur les contours de ce Grand Paris : la gauche parisienne souhaite créer une structure informelle, la droite défend une solution plus institutionnelle avec, à la clé, des transferts de compétences. Les positions des uns et des autres diffèrent aussi selon que les élus sont parisiens ou franciliens.
Le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, devait recevoir, mercredi 24 mai, une bonne dizaine d'édiles de banlieue ainsi que le président (PS) de la région, Jean-Paul Huchon, pour préparer la tenue d'une "conférence métropolitaine", si possible avant l'été. Lancée en 2003, l'idée consiste à créer un "lieu d'échanges, sans domination institutionnelle", entre élus, pour élaborer des propositions communes en accord avec la région et les départements, explique Pierre Mansat, adjoint (PCF) au maire de Paris. Ce chargé des relations avec les collectivités territoriales affirme avoir recueilli l'adhésion d'une petite trentaine d'élus de toutes étiquettes.
Toutefois, cette conférence métropolitaine ne fait pas l'unanimité : la gauche régionale est pour le moins réservée sur une initiative qu'elle juge menaçante pour elle-même. Huchon préférerait, à tout prendre, qu'elle se tienne au niveau régional. "En limitant l'agglomération à la petite couronne, expose-t-il, les communistes parisiens cherchent à sauvegarder ce qui reste de la "ceinture rouge". La droite veut en faire un outil d'encerclement de Delanoë. Pour moi, la taille de l'agglomération, c'est la région." D'autres élus à gauche soutiennent M. Huchon : Jean-Luc Laurent, le maire chevènementiste du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), et Jean-Paul Planchou, maire (PS) de Chelles (Seine-et-Marne) et président du groupe socialiste de la région.
Candidate (UMP) à la Mairie de Paris, Françoise de Panafieu a battu le rappel sur le même thème, lundi 22 mai, à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) devant une centaine d'élus de droite : "Il nous faut aller au-delà de la coopération pour envisager un mariage entre Paris et ses voisins et créer une structure qui soit opérationnelle", a-t-elle affirmé en se référant à l'exemple du "Grand Londres". Pour la droite, même si le terme est tabou, l'idée d'aller vers une forme de communauté urbaine est dans les esprits.
En charge de ce dossier dans l'équipe de campagne de Mme de Panafieu, le député (UMP) de Paris, Claude Goasguen, préconise dans son livre, Allô Paris bobo (Ramsay, 2006) de créer un "établissement public de coopération intercommunal", incluant Paris et les communes limitrophes. Les villes transféreraient à cet échelon leurs compétences en matière de développement économique et de "politique sociale de l'habitat".
Mme de Panafieu, qui n'écarte pas le scénario Goasguen, se donne jusqu'au mois de décembre pour affiner ses propositions, après concertation avec les élus UMP. "Paris ne peut plus pratiquer la politique autoritaire actuelle", déclare-t-elle, prenant l'exemple du tramway parisien, décidé et réalisé, selon elle, "sans aucune concertation" avec les communes limitrophes. Tout en se défendant d'exploiter la grogne des élus banlieusards contre la "politique anti-voitures" de Paris, la candidate UMP aux municipales de 2008 veut faire de ce dossier un cheval de bataille contre M. Delanoë.
Béatrice Jérôme
Article paru dans l'édition du 24.05.06
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