PRESSE
Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d'Île-de-France
LE MONDE POUR DIRECTMATINPLUS | 25.09.08
Dès le début de son mandat à la présidence de la république, Nicolas Sarkozy a signifié son intérêt pour la Région capitale et sa volonté de contrôler le cœur politique et économique de la
France. Bien avant l'échéance municipale de 2008, la ville de Paris était considérée comme perdue pour la droite, c'est donc sur la région Ile-de-France que la majorité présidentielle a jeté son
dévolu. Jean-Paul Huchon, président socialiste de la région Ile-de-France l'affirmait à la veille de l'élection de Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007 : "Je suis la prochaine cible."
L'ancien président du conseil général des Haut-de-Seine n'a pas attendu pour engager le fer contre le président de région et ses projets : dans un discours, prononcé le 26 juin 2007, il porte les
premiers coups : "Il n'y aura pas de France forte et ambitieuse si l'Ile-de-France se recroqueville sur elle-même." La volonté présidentielle de reprendre la main s'incarne avec la
création d'un secrétariat d'Etat à la Région capitale et la nomination en mars 2008 de Christian Blanc à sa tête. Son rôle est de proposer "une vision globale du périmètre et de
l'organisation de l'agglomération parisienne à l'horizon 2030". Etrangement silencieux depuis sa prise de fonction, Christian Blanc semble insensible au calendrier institutionnel de la
région. Toutefois, c'est bien les 25 et 26 septembre prochains que les élus de la région voteront le shéma directeur pour les trente prochaines années.
Les élus de la région Ile-de-France doivent voter pour ou contre le projet de schéma directeur (Sdrif) que vous avez construit. Quels sont les principaux objectifs de ce plan ?
Jean-Paul Huchon : L'Ile-de-France est une région de 11,5 millions d'habitants qui doit relever quatre défis.
Premièrement, rester la région la plus attractive d'Europe, et donc rivaliser avec les autres grandes métropoles voisines comme Londres ou Berlin. Nous devons, pour cela, nous préoccuper de la
santé du système de transports, de la compétitivité des universités et du secteur de la recherche. Nous investirons également pour encourager le développement de l'emploi. Le Sdrif table sur la
création de plus de 700 000 emplois au cours des 25 prochaines années.
Ensuite vient le problème du logement. La région compte entre 350 000 à 400 000 mal logés. Le prix des terrains et la réticence d'un certain nombre de maires à construire ont contribué à créer un
déficit de logements. Nous devons donc encourager la construction d'habitations à proximité des bassins d'emploi.
Le troisième défi, c'est rapprocher emplois, transports, logements, s'inspirer d'un modèle de ville dense et développer des déplacements plus économiques au point de vue énergétique.
Enfin, il faut regagner des espaces verts, mettre fin à l'urbanisation sauvage conduite durant la période précédente.
Aucun des objectifs du précédent Sdrif de 1994 n'a été atteint. A quoi attribué vous cet échec ?
En préalable, j'aimerais souligner que cet échec a été constaté en commun par la région et par l'Etat, donc par ce gouvernement. Il a échoué car il n'a été accepté par aucune des collectivités
locales concernées. Il a été imposé par l'Etat et Edouard Balladur, alors Premier ministre, sans aucune concertation. Le Sdrif doit entraîner l'adhésion des populations, des élus et des
opérateurs privés pour pouvoir engendrer une dynamique constructive.
Les chambres de commerce de Paris-Ile-de-France jugent insuffisant plusieurs points clefs de votre projet, comme la croissance ou l'offre foncière. Les élus de droite derrière Roger Karoutchi
et le gouvernement y sont opposés. Ce schéma directeur ne souffrira-t-il pas d'un défaut d'adhésion ?
Depuis que la gauche a pris le Val-d'Oise, lors des dernières élections cantonales, six département de la région ont voté ce projet. Les autres ne l'ont pas fait pour des raisons politiques, pas
des raisons de fond. C'est le fruit de centaines de réunions en concertation avec des milliers de personnes et l'ensemble des élus de la région. Par ailleurs, il ne faut pas mythifier Roger
Karoutchi. Il n'est, au sein de la région, que le chef de l'opposition, il est candidat aux élections régionales de 2010, son objectivité réelle sur ce projet est sujette à caution.
Ce projet a été réalisé de concert avec le préfet de région et l'Etat. De l'avis général des services de Jean-Louis Borloo, ministre du Développement durable et de l'Aménagement du territoire, ce
projet a été bien modifié dans le sens de l'attractivité économique. Ceux qui demeurent dans la surenchère en exigeant des objectifs irréalisables, comme une croissance à 5 %, ne font que de la
gesticulation politique.
Néanmoins, est-il possible pour un président de région de gauche de mener des projets ambitieux face à un gouvernement de droite ?
Nous verrons. L'Etat est clairement devant ses responsabilités. C'est à lui de choisir s'il veut retarder l'approbation de ce texte qu'il doit transmettre au Conseil d'Etat dans les six mois qui
suivent son vote. Nous attendons donc le bon vouloir du gouvernement, mais quoi qu'il en soit les projets se feront ! Si le gouvernement, parce qu'il n'accepte pas le Sdrif, empêchait la
réalisation de grands projets indispensables comme Arc Express (Rocade banlieue-banlieue à 7 ou 8 km de Paris), il se mettrait lui-même dans le corner.
Un projet qui trace les lignes de développement de la région pour les trente prochaines années, n'est-ce pas irréaliste ? Comment savoir aujourd'hui le besoin et les contraintes de l'année
2035 ?
L'argument ne tient pas. S'il est nécessaire de faire une évaluation dans dix ans nous la ferons. Les lignes de ce plan ne sont pas gravées ad vitam. Il y a un système d'évaluation prévu, c'est
un outil de politique publique moderne, pas un "gosplan".
Est-ce que le Sdrif ne risque pas néanmoins de souffrir d'une campagne pour les régionales lancée très tôt par la droite ?
Les Franciliens, la campagne, ils s'en tamponnent. On ne démarre pas une campagne un an et demi avant l'échéance. Moi, je continue de faire avancer nos projets.
Propos recueillis par Eric Nunès
Le projet de Schéma directeur régional de l'Ile-de-France prévoit la création de 60 000 logements par an (contre 33 000 actuellement), de 28 000 emplois
(contre en moyenne 23 000 par an depuis 1975), et table sur une croissance économique de 2 % par an sur les trente prochaines années. "Contre 1,7 % en moyenne sur les vingt ans passés",
souligne Mireille Ferri, adjointe (Verts) de Jean-Paul Huchon, président PS de la Région. "Ce schéma est inacceptable", assène Christian Blanc. Le secrétaire d'Etat chargé de la
région-capitale estime que l'ambition devrait être 4 % à 5 % de croissance. "Il ne suffit pas de dire "Croissance ! croissance !" pour qu'elle existe", s'agace M. Huchon.
"Quand nous présenterons notre projet, les gens diront : 'Y'a pas photo !'", confie au Monde M. Blanc. (Le Monde)
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