Le Président de la Région IDF demeure sceptique sur la création d'une véritable intercommunalité à l'échelle métropolitaine. Nous regrettons sa position qui
n'est justifiée que par un protectionnisme excessif de l'échelle régionale. Il faut rappeller que Paris et la première couronne ne représentent que 6% du territoire régional !!!
L'existence d'un Grand Paris, au-delà de son extrème nécessité pour régler les problèmes urbains, sociaux, économiques et administratifs du coeur d'agglomération, ne représente guère une
menace sérieuse sur les prérogatives régionales. La plupart des projets" annoncés par Christian Blanc, notamment en matière de transport, vont dans le sens d'une réelle amélioration des transports
régionaux et vont nécessiter une contribution de l'Etat qui facilitera leur mise en oeuvre et soulagera les finances régionales...
Jean-Paul Huchon devrait prendre la mesure de l'enjeu politique et citoyen de la réalisation d'un Grand Paris et se rallier à la cause...
Antonio Duarte
Propos recueillis par Bertrand GRECO
Le Journal du Dimanche
Le président PS du Conseil régional d'Ile-de-France, également président du Syndicat des transports en Ile-de-France (Stif) et fidèle strauss-kahnien, répond à
Christian Blanc sur "Région capitale", Jean Sarkozy sur la RN13, évoque ses relations avec le maire de Paris Bertrand Delanoë et Dominique Strauss-Kahn. Il revient aussi sur les "élucubrations
du sénateur Dallier".
Christian Blanc, le secrétaire d'Etat chargé de la "Région capitale", est sorti de son silence cette semaine. Etes-vous rassuré par ses intentions?
Je m'attendais à une issue de ce type. Je note avec plaisir qu'il n'est plus question des billevesées institutionnelles. Le secrétaire d'Etat exclut même le vocable "Grand Paris". Il ne parle plus
de bâtir une hypothétique nouvelle institution venant surajouter une structure au mille-feuille francilien et créant une sorte d'agglomération dans l'agglomération. Fini de jouer, on passe enfin à
un travail sur les projets. Je connais bien Christian Blanc, c'est un homme qui ne parle pas sans réfléchir et qui a beaucoup de bon sens; et il est arrivé à la même conclusion que moi.
Vous avez l'air de penser que le Grand Paris est enterré. Dans sa lettre de mission, Nicolas Sarkozy requiert pourtant "l'invention d'un nouveau mode de gouvernance et de
financement"...Franchement, le machin fait un peu pschitt! Christian Blanc dit que la priorité, ce sont les projets. Ensuite seulement, on pourra examiner les questions de gouvernance, sur
lesquelles personne n'est d'accord. L'échéance est fixée à fin 2009, on peut donc considérer qu'il donne du temps au temps. Quand vous proposez de faire voter une loi en pleine campagne électorale
des régionales de 2010, il y a deux significations possibles: soit vous voulez faire un coup politicien électoral -je ne suis pas tellement sûr que ce soit le style de Christian Blanc-, soit vous
enterrez le machin de façon habile. Je vous parie que ça n'aboutira pas.
Au départ, vous vous sentiez menacé par la nomination de Christian Blanc...
Il y avait de bonnes raisons de penser que la cohérence et l'unité de la région pouvaient être menacées par des velléités scissionnistes. Regardez les élucubrations du sénateur Dallier qui voudrait
supprimer les départements centraux. L'Etat semble enfin s'être rappelé que la Région existe... et qu'elle a des moyens! Rien ne peut se faire sans la Région.
Ne trouvez-vous pas suspect que le secrétaire d'Etat à la Région capitale soit précisément un ancien rocardien, que vous connaissez très bien, depuis très longtemps?
Que certains au gouvernement veuillent lancer ainsi la campagne des régionales, c'est leur problème. Christian Blanc reste mon ami et, visiblement, nous sommes à peu près sur la même longueur
d'onde. Il y a trois points sur lesquels je me sépare de lui. 1) Moi qui suis attaché à la décentralisation, je ne comprends pas qu'on puisse nommer un ministre sur une région. C'est une vision
jacobine. 2) Je ne crois pas que l'Ile-de-France soit en déclin. Je constate même le contraire: jamais elle n'a été aussi attractive, le taux de chômage est nettement plus bas ( 6,9%) que dans les
autres régions, l'implantation de sièges de grandes entreprises internationales bat des records, devant le Grand Londres. D'ailleurs, je suis sûr que les décideurs économiques et ceux qui célèbrent
le mythe du Grand Londres vont commencer à déchanter, avec la crise des subprimes. 3) Je ne vois rien, dans le projet de Christian Blanc, sur l'urgence absolue de résoudre la crise du logement, qui
est aussi un élément d'attractivité..
Deux grands projets sont évoqués par Nicolas Sarkozy et Christian Blanc: un "cluster technologique et scientifique d'envergure mondiale" à Saclay et l'aménagement de la Plaine de France, entre
Roissy et Saint-Denis. Ça vous convient?
Bien sûr. Je dis depuis longtemps que le plateau de Saclay est la future Silicon Valley de l'Ile-de-France et qu'il faut lui donner les moyens de se développer. C'est d'ailleurs la Région qui
finance l'essentiel des outils de recherche, le Synchrotron, les nanotechnologies, Neurospin,la rénovation de l'université d'Orsay, etc. Quant au grand centre d'affaire à l'est, complémentaire à la
Défense, je salue cette idée avec d'autant plus de ferveur que je l'ai inscrite à notre schéma directeur, comme un élément de rééquilibrage à l'Est de l'activité. C'est même un des points sur
lesquels l'Etat nous critiquait, nous reprochant de ne pas assez défendre la Défense. Je vois que le Grenelle de l'environnement et que la réflexion personnelle de Christian Blanc ont permis à
l'Etat de s'aligner sur nos positions. Il se trouve que je suis le président de l'établissement public de la Plaine de France. On a justement pleins de projets sur cette zone, comme la prolongation
de la ligne 7 jusqu'au Bourget ou l'extension du grand musée de l'air (l'équivalent du musée de Washington sur l'espace).
Comment financer ces grands projets?
J'ai bien compris que le secrétaire d'Etat n'a aucun moyen financier. Et il n'a dégagé aucune piste de ressources supplémentaire, alors que le projet Arc Express [la rocade de banlieue], qu'il n'a
même pas évoqué, a un coût estimé entre 6 et 10 milliards d'euros. J'attends toujours que le gouvernement m'explique comment il compte financer ces travaux. Et j'attends toujours la part que
l'Etat, s'est engagé à mettre sur le contrat de Projet 2007-2013: il est en retard de plus de 110 millions par an. Mes adversaires politiques disent que l'Etat doit se "réinvestir" en
Ile-de-France. Pour cela, il faut d'abord investir. Moi, je n'ai pas peur de dire que la Région devra lancer un grand emprunt pour réaliser Arc Express. La seule idée nouvelle émanant du
gouvernement semble résider dans ce qu'on appelle la récupération de la rente foncière: quand on fait une opération de promotion immobilière ou d'activité, une partie des ressources de cette
opération doit être utilisée à développer des infrastructures et des services publics. Ce peut être une piste intéressante.
Que pensez-vous de l'idée de Jean Sarkozy d'organisez un référendum à Neuilly sur l'enfouissement de la RN13 entre la Porte Maillot et la Défense?
Lors du Grenelle de l'environnement, Jean-Louis Borloo a dit qu'il manque 28 milliards d'euros pour rénover et améliorer le système de transports en Ile-de-France. Vous croyez que je vais utiliser
un milliard pour couvrir l'avenue du général de Gaulle, alors que le projet n'est pas techniquement au point et que le maire de Neuilly lui-même, M. Fromantin, ne semble pas très motivé? Jean
Sarkozy peut penser ce qu'il veut, il est jeune, plein de fougue, mais il doit peut-être travailler sa vision de l'intérêt général.
Alors que la ministre de l'Intérieur s'apprête à annoncer un plan d'amélioration de l'offre de taxis, Bertrand Delanoë propose la création d'une "agence du taxi" à l'échelle de la métropole. Y
êtes-vous favorable?
Pourquoi pas? Mais il aurait été utile de me consulter... surtout si c'est à l'échelle de la métropole. Quant à la l'idée de réserver une voie aux taxis sur l'A1, j'y souscris totalement. Je suis
même prêt à payer la peinture pour matérialiser la séparation.
A propos de la crise du logement, Christine Boutin _ministre du Logement_ et le préfet de région ont clôturé cette semaine des états généraux. Partagez-vous leurs propositions?
J'ai participé loyalement à ces états généraux, mais je n'ai pas attendu Mme Boutin pour faire un constat alarmant. Il faut construire 60.000 logements en Ile-de-France, 374 000 personnes sont en
attente d'un logement social. Problème: l'Etat ne fait pas appliquer la loi SRU [20% des logements sociaux]. Mme Boutin propose de territorialiser les objectifs, je dis banco... et bon courage!
Elle propose aussi de diminuer le plafond de ressource HLM, c'est-à-dire d'exclure 10% des demandeurs (près de 50.000 personnes): cela revient à casser le thermomètre pour ne pas voir la fièvre. Et
à pénaliser la classe moyenne. Mme Boutin voudrait aussi proposer des solutions d'hébergement temporaires, de piètre qualité pour les plus pauvres, et vendre une partie du parc HLM, alors qu'il
faut en construire davantage. Je ne peux pas être d'accord. Avec les mesures de Mme Boutin, la situation du logement ne va pas bouger d'un caramel.
Que proposez-vous pour le logement?
Il faut que le gouvernement accepte de financer un grand plan pour le logement social. Il faut multiplier par trois, quatre ou cinq les pénalités de la loi SRU, si l'on veut créer une incitation à
construire. Actuellement, elles sont d'un montant ridicule. Je propose enfin la création d'un Syndicat du logement (Slif) -sur le modèle du Stif (transports)- qui aurait autorité sur la
programmation de construction de logements.
Le Schéma directeur de la région (Sdrif) -projet d'aménagement pour les 30 prochaines années- en discussion depuis trois ans doit bientôt être définitivement voté. L'Etat ne l'approuvait pas
jusqu'ici. Etes-vous optimiste?
Le 11 juin, la commission d'enquête publique remettra son rapport. Début septembre, le conseil économique et social de la région donnera son avis. Et la dernière semaine de septembre, le conseil
régional adoptera le Sdrif définitif... bien avant les propositions du secrétaire d'Etat. Après, le gouvernement peut ou non décider de transmettre le dossier au conseil d'Etat. S'il ne le transmet
pas, on revient au schéma de 1994. Mais j'ai des raisons de penser que le gouvernement ne s'opposera pas frontalement au Sdrif. Car le dossier a beaucoup évolué. Nous avons pris beaucoup de
précautions pour rapprocher les points de vue entre le gouvernement et la Région. Quand il sera mis en oeuvre, le Sdrif deviendra une loi prescriptive, c'est-à-dire qu'il s'imposera à tous les PLU
des communes franciliennes.
Vos relations avec Bertrand Delanoë se sont-elles dégradées? Pourquoi n'avez-vous pas signé sa contribution pour la rénovation du PS?
Pour la signer, il aurait fallu qu'il me l'envoie. Je n'ai pas été sollicité. En tout état de cause, je pense qu'il nous faut un dirigeant qui se préoccupe surtout de remettre le parti sur ses
pieds idéologiquement et d'organiser une opposition intelligente face à la majorité. Il faut protéger nos présidentiables. Mes relations avec Bertrand Delanoë ne sont pas dégradées: je lui donne un
sacré coup de main sur le tramway, sur la navette fluviale, sur le logement social, sur l'amélioration de la station Châtelet-Les-Halles... Je continue à aider Paris chaque fois qu'il en a besoin.
Par ailleurs, je suis un ami de Dominique Strauss-Kahn et je n'ai pas renoncé à l'idée qu'il soit candidat en 2012.
De battre, ma gauche s'est arrêtée, de Jean-Paul Huchon et Denis Jeambar (Seuil, 2008).
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